Cinéma Jean-Pierre Jeunet reproche au favori des Oscars d’avoir plagié Delicatessen et Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain.

La polémique tombe particulièrement mal pour Guillermo del Toro. À quelques semaines de la cérémonie des Oscars (le 4 mars prochain), et alors qu’il part très largement favori avec treize nominations (à une seule marche du record absolu), son film, La Forme de l’eau, est… triplement accusé de plagiat.

L’auteur de théâtre David Zindel a mis le feu aux poudres dans les colonnes du Guardian, en trouvant trop de ressemblances avec sa pièce de 1969, Let Me Hear You Whisper, qui retrace l’histoire d’amour entre une femme de ménage timide et un dauphin. "Nous sommes choqués qu’un grand studio puisse faire un film aussi visiblement dérivé du travail de mon défunt paternel sans que personne ne le reconnaisse ou ne vienne vers nous pour obtenir les droits", avait dénoncé Zindel.

Ensuite, des cinéphiles ont attaqué le cinéaste mexicain pour s’être inspiré d’un court métrage. Mais le réalisateur batave a éteint le feu lui-même : "The Shape of Water et The Space Between Us ont des identités très différentes."

Manque de chance pour Guillermo del Toro, voilà que Jean-Pierre Jeunet vient de lui écrire pour dénoncer un "copier-coller" de certaines scènes de ses propres films, comme il l’a confié à Ouest France. "Je lui ai dit : Tu as beaucoup d’imagination, beaucoup de talent. Pourquoi aller piquer les idées des autres ?"[…] Il m’a répondu : On doit tout à Terry Gilliam. Selon lui, il ne vole rien aux autres, c’est Terry Gilliam qui nous a tous influencés."

Point de vue qu’il ne partage d’évidence pas. "On m’avait prévenu avant d’aller le voir, tout le monde m’avait parlé du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. Effectivement, il y a un petit côté au début avec le peintre, l’appartement, la jeune fille un peu candide… Mais c’est surtout Delicatessen. Quand il pique la scène du couple assis au bord du lit qui danse avec les pieds, avec la comédie musicale en arrière-plan à la télé, c’est tellement copié-collé de Delicatessen qu’il y a un moment où je me dis qu’il manque d’amour-propre."

Si l’influence peut se défendre, le plagiat, par contre, nous paraît moins évident. Alors que Dominique Pinon et Karin Viard s’enfoncent en rythme dans un lit sur une musique hawaïenne, Richard Jenkins et Sally Hawkins livrent un numéro de claquettes assis sur un fauteuil sur une vieille musique hollywoodienne.

Quoi qu’il en soit, ça fait tâche pour le favori des Oscars. Qui pourrait en subir les conséquences le 4 mars prochain.