Cinéma

RÉSUMÉ. Une plage, une jeune fille sur le sable, une chanson; on est bien chez Ozon, celui d’ Une robe d’été , celui des adolescents. Elle s’appelle Isabelle. Demain, on fêtera son anniversaire. Quelques heures avant de souffler les bougies, elle se débarrasse de quelque chose d’encombrant, sa virginité. " Voilà, c’est fait ", dit-elle à son petit frère Victor, son confident. Enfin, il aura juste l’info, pas les détails. Septembre arrive, c’est la rentrée des classes. Dans son grand sac, il n’y a pas que les poèmes de Rimbaud, "on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans" . Elle cache aussi un petit tailleur strict, un chemisier en soie grise, des chaussures à talons, une tenue d’escort girl. Son premier client pourrait être son grand-père. C’est 300 euros.

NOTRE AVIS. Pourquoi Isabelle est-elle devenue Léa, pourquoi cette double vie ? Le spectateur s’interroge alors qu’Ozon, lui, ne cesse de montrer ce dédoublement de personnalité survenu lors de la scène originelle. Il multiplie les vitres, les miroirs, les reflets. Il avance des pistes, mais aucune ne mène à une explication.

L’argent ? Elle vit dans le confort, ne manque de rien, ne manifeste aucune envie précise. Elle empile ses gros billets dans une enveloppe sans destination. Le sexe ? Si plaisir il y a, il ne semble guère l’épanouir. La mère ? Cherche-t-elle à la tuer métaphoriquement, en arrachant violemment ce qui lui reste de cordon ? L’absence du père ? La dissolution des repères ? L’hypocrisie des adultes ? La monotonie de la vie de famille ? Ou bien veut-elle connaître sa valeur dans un monde marchand : 300, 400, 500 € ?

Elle n’a pas de raisons, elle n’a pas d’excuses, elle n’a pas de regrets. On ne comprend pas, c’est un trou noir. Ozon aime d’ailleurs la montrer sur un escalator, plonger ou sortir de ce trou noir. C’est un mystère total contre lequel vient se fracasser sa mère qui ne reconnaît plus son enfant, se culpabilise, vrille sa conscience. Quand a-t-elle perdu le contrôle de son éducation ? Qu’a-t-elle mal fait pour que son adorable petite fille se transforme en ce monstre vicieux ? C’est bien cette transformation qui est au cœur du film, la prostitution n’est qu’un moyen de la rendre d’autant plus spectaculaire et dangereuse.

S’il renonce à fournir une explication, s’il affectionne, comme d’habitude, de désarçonner brutalement le spectateur, Ozon ne l’abandonne pas complètement en invitant Françoise Hardy à lui tenir compagnie avec ses chansons mélancoliques. Au contact de la toile, celles-ci se chargent d’une surprenante intensité. En fait, elles servent de fondation à sa mise en scène. D’ailleurs, la comédienne Marine Vacth est coiffée comme la chanteuse et dégage ce charme délicat, ce pouvoir de séduction silencieux, ce parfum qui résiste au temps. Dans le rôle de sa mère, Géraldine Paillas allie classe et désarroi dans une situation qui la dépasse. Ozon et Hardy, en somme.


Jeune et jolie

Drame

Réalisé par François Ozon

Avec Marine Vacth, Géraldine Pailhas, Frédéric Pierrot, Johan Leysen

Durée 1 h34