Cinéma Il a disséqué les moindres pensées et gestes du Dr Lecter

ENVOYÉ SPÉCIAL EN FRANCE PATRICK LAURENT

PARIS Tout comme son personnage d'Hannibal Lecter, Anthony Hopkins aurait pu embrasser la carrière de psychiatre. Avant, pendant et après le tournage, il ne cesse d'analyser ses moindres gestes, paroles, idées, pour tenter de toujours mieux comprendre les ressorts d'une personnalité complexe, délicate et bestiale en même temps. Il ne se contente donc pas d'habiter son personnage: il veut saisir les moindres arcanes de sa pensée. `J'aimerais le rejouer maintenant, confie-t-il d'une voix posée. J'en ai beaucoup discuté avec la presse, et cela a changé ma vision: je suis sûr que je l'incarnerais différemment.´
L'amener à plus de précision n'est pas chose aisée. A 63 ans, Anthony Hopkins prend toujours un malin plaisir à retourner les questions à ses interlocuteurs. `Quand on me demande ce qui me fascine chez Hannibal, je réponds: Qu'est-ce qui vous fascine, vous, chez lui? Les femmes, en particulier, se sentent attirée par lui, et elles en éprouvent un peu de honte. Il n'y a aucune raison à cela: c'est un symbole. C'est un homme de la Renaissance, cultivé, intelligent, un esthète passionné d'art, gourmand de la vie qui adore les femmes, enfermé dans son propre côté noir. Il est à la fois la Belle et la Bête. Sa vie ressemble à une montagne russe, mais j'estime qu'il est plus brillant, lumineux, que sombre. En ce sens, on ne pouvait pas mieux choisir que Florence pour situer l'action. Cette ville incarne le bien et le mal: c'est le berceau de l'art, mais aussi le théâtre de nombreuses horreurs perpétrées par les Borgia ou les Medicis. Elle symbolise le paradoxe des ténèbres à l'intérieur de l'homme.´
Loquace, même assis sur un fauteuil de style faussement Louis XV (on n'ose imaginer ce que cela donne sur un divan: son psy doit avoir les oreilles qui bourdonnent à la fin de la séance), Anthony Hopkins rebondit sur chaque remarque pour mieux poursuivre son raisonnement, sans se soucier d'apporter les éclaircissements demandés. `Hannibal est plus mature qu'il y a dix ans, dans Le silence des agneaux. Il aime Clarice et veut la protéger. Je crois qu'il en attend plus qu'elle-même. Il désire lui montrer la terreur absolue, pour la forcer à découvrir la face la plus noire de l'âme humaine, pour qu'elle en prenne bien conscience. Mais il le fait avec beaucoup d'esprit, en s'amusant. C'est pour cela qu'il dit parfois okey-dokey? Il arrondit les angles avant de faire peur: c'est comme cela qu'on joue, y compris avec les enfants.´
D'évidence, la star sait ce qu'elle veut. Et son producteur aura bien du mal à la faire changer d'avis pour les prochaines aventures du Cannibale. `Dino (De Laurentiis) et moi ne sommes pas tout à fait d'accord sur ce point. Il pense avant tout à la genèse, pour expliquer comment le psychiatre est devenu le cannibale. Moi, je préférerais ne pas revenir en arrière, mais s'il me présente le script, je le lirai. Hannibal Lecter est entré dans l'imaginaire collectif. C'est un archétype, un héros noir. Mais j'estime qu'il doit y avoir un dénouement, une conclusion. Il doit délivrer Clarice Starling; l'ange doit affronter le monstre. Clarice ne se rend pas encore compte qu'elle aime Hannibal. Comme dans ce film-ci, il doit donc la guider à travers des actions qui restent à écrire, faire en sorte que son amour la libère. Elle va devoir affronter les forces noires qui se trouvent aussi en elle, et elle le fera, pour se révéler. Hannibal va lui donner les moyens de se libérer en combattant le mal, le mal étant naturellement Hannibal. Et en agissant de la sorte, elle lui donnera, à lui aussi, la possibilité d'enfin se libérer de ses démons. En tout cas, c'est comme cela que je vois les choses.´ Le scénariste sait déjà sur quelle base travailler