Le cannibale croque et choque

Patrick Laurent Publié le - Mis à jour le

Cinéma Hannibal. Entre raffinement et barbarie

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BRUXELLES Cette fois, vous allez savoir pourquoi Hannibal est surnommé Le cannibale. Dans cette suite sanglante du Silence des agneaux, Ridley Scott ne tourne pas sur le fil du rasoir: il tranche dans le vif du sujet. Avec la même aisance que le Dr Lecter, il élimine sans pitié tous les éléments perturbateurs de l'intrigue, pour se concentrer sur la personnalité du serial killer le plus intrigant de l'histoire du cinéma.
Alors que Jonathan Demme, avec la complicité de Jodie Foster, avait fait du Silence des agneaux un thriller raffiné, basé sur la complicité intellectuelle de deux êtres à la psychologie hyperdéveloppée, Ridley Scott déséquilibre le couple, transformant l'agent Sterling (incarné - honnêtement - par Julianne Moore) en simple faire-valoir du monstre. Manipulée par un vieil ennemi du psychiatre carnivore, la forte tête du FBI reprend la traque, dix ans après, pour le plus grand plaisir de son gibier. Une nouvelle partie d'échecs avec celle qu'il admire mais qui lui ressemble si peu ne pourrait qu'égayer sa retraite florentine.
Anthony Hopkins, extraordinaire de froideur dans les scènes cruelles ou de charme tranquille face à ses futurs repas, inquiète et éblouit en même temps. En dépit d'un comportement de tortionnaire fou, sa culture et son intelligence peuvent éblouir. Ce pouvoir de fascination met très mal à l'aise, renvoyant une image glaçante de tous ces êtres charismatiques qu'on admire tant sans connaître leur véritable personnalité. Ce jeu de séduction - répulsion constitue le plus grand attrait du film: il fait remonter à la surface cette barbarie que la civilisation tente d'enfouir définitivement au plus profond de nous.
Hélas!, à la sortie de la projection, l'heure n'est pas plus à la réflexion qu'à un bon steak saignant. Même si on a l'estomac solide. Les scènes abominables occultent tout le reste. Cette fois, le cannibale chic et choc croque et choque. Entre deux promenades paisibles, dans des décors sublimes (Ridley Scott n'a rien perdu de son goût pour l'esthétisme et les ambiances fantasmagoriques), il fait subir à ses victimes des sévices d'un sadisme jamais montré dans un long métrage grand public. Les miroirs et les sangliers rejoignent désormais les haches et les guillotines au musée de l'horreur. Quant au final, d'une délicatesse que n'aurait pas reniée le Dr Mengele, il redonne tout son sens au mot insoutenable. Qu'il est loin, Le silence des agneaux ...

P.L.
Patrick Laurent