Le Petit canaillou s'en est allé

Patrick Laurent Publié le - Mis à jour le

Cinéma Darry Cowl, le maître du zozotement, est décédé hier à 80 ans, d'un cancer des poumons

NEUILLY-SUR-SEINE L'art du zozotement humoristique vient de perdre son maître. Souffrant d'un cancer des poumons qui l'avait déjà empêché de fêter son 80e anniversaire sur scène comme il en rêvait, le 27 août dernier, il s'est éteint dans la nuit de lundi à mardi à son domicile de Neuilly-sur-Seine, aux côtés de son épouse, Rolande. On n'entendra plus jamais son célébrissime «Petit canaillou, va!» Et cela va nous manquer.

Pur produit du music-hall (il accompagnait notamment Bourvil sur scène), ce pianiste surdoué lauréat du Conservatoire de Paris qui avait américanisé son nom (il est né André Darricau à Vittel) dans l'espoir de séduire les maisons de disques au milieu des années 50 n'a commencé à goûter de la scène qu'en remplaçant Robert Lamoureux au pied levé. Son numéro de gaffeur maigrichon et bouclé au phrasé si particulier, imaginé pour l'occasion, devient immédiatement son image d'artiste. Sacha Guitry, admiratif de son sens de l'improvisation, le pousse à faire du cinéma. Il franchit le pas en 1955, dans Quatre jours à Paris.

En 50 ans, il enchaîne 130 fictions. Comme son célèbre Triporteur, Les tribulations d'un Chinois en Chine, Touche pas à la femme blanche, Les saisons du plaisir ou Pas sur la bouche, qui lui rapporte le César du meilleur second rôle en 2004, trois ans après son César d'honneur. «Je ne le méritais pas, nous avait-il déclaré à l'époque. Je ne méritais rien. J'ai souvent été mauvais.»

Et c'est vrai que sa filmographie regorge de comédies purement alimentaires, dans lesquelles il cachetonnait pour payer ses dettes. «Marginal dans le milieu du cinéma, je reconnais, toute honte bue, avoir trop longtemps sacrifié mon métier d'acteur non pas à la musique ni même à la fantaisie, mais au jeu, déclarait-il dans son autobiographie. Avec le recul, il me semble que le joueur est tout simplement un imbécile doublé d'un masochiste. Car la souffrance fait partie du plaisir de jouer.»

Du plaisir, il en a pourtant donné beaucoup. En osant absolument tout devant une caméra. Ou en composant des chansons pour Brigitte Bardot, Annie Cordy, Eddy Mitchell ou son ami Francis Blanche. «Gagner sa vie en jouant du piano, c'est savoir compter sur ses doigts», lançait-il en guise de boutade. Avant d'ajouter: «Le public ressemble à une femme, on ne le trompe pas impunément». Peut-être, mais cela n'enlève pas les sentiments. Darry Cowl, c'était l'acteur drôle et sympa par excellence.

© La Dernière Heure 2006

Patrick Laurent