Cinéma

L'enthousiasme payant de Patrick Bruel

BRUXELLES Faut-il y voir un signe ? À la veille d'un déjeuner avec Claude Miller, Patrick Bruel, que la lecture d'Un secret de Philippe Grimbert, a bouleversé, découvre que c'est le metteur en scène qui en possède les droits d'adaptation pour le cinéma. "Je faisais partie des gens qui avaient eu la chance de lire le livre avant sa sortie, parce que ma femme faisait une chronique chez Michel Field... Et ça m'avait dévasté. Je m'étais tout de suite dit qu'il y avait un film à faire. Il n'y avait qu'un rôle possible pour moi : celui de Maxime. Je pouvais lui donner une certaine humanité, parce que dans le livre, il est dur... Pendant ce déjeuner, Claude voulait me parler de trois projets qui ne m'intéressaient pas du tout. Mais à la fin du déjeuner, il était clair pour lui aussi que je serai Maxime, le héros de son film. "

Cette histoire résonne particulièrement en vous ?

"Le film arrive à un moment de ma vie où il y a beaucoup de questionnements, je me demande beaucoup de choses. C'est un film qui m'a beaucoup touché à sa lecture. Pendant qu'on tourne, on n'a presque pas le temps d'être dans le sentiment de ce qu'on fait. La grosse émotion, c'est quand on a laissé passer tout ça et que l'on doit en reparler. Quand on voit la violence de cette histoire mise bout à bout. Je pense inexorablement au Choix de Sophie en voyant ce film. Et puis, quand on a des enfants, il y a un caractère d'identification inévitable. Les moments douloureux de ce film, ça a été ça : prendre ce petit garçon dans les bras, Simon, qui ressemble tellement à mon deuxième fils. Le grand, lui, a le même caractère. Bref, j'avais l'impression d'avoir mes enfants dans mes bras en tournant. Pour le meilleur et le pire. Certains soirs, je sortais vraiment abattu... "

Vous imaginiez que la paternité allait, à ce point, vous changer ?

"Oui, je savais qu'elle me changerait. Mais c'est vrai qu'une fois qu'on a des enfants, il y a des choses qu'on ne fait pas, qu'on ne fait plus ou alors différemment. Vous vous levez le matin pour d'autres raisons, vous avez toujours le cerveau occupé par eux, vous aimez, vraiment, pour la première fois de votre vie. Des sentiments qu'on ne connaissait pas ."

Vous êtes souvent le moteur d'un projet, comme vous l'avez été ici ?

"Non, jamais ! Je n'appelle jamais un metteur en scène, un producteur. Pour les livres, je n'ai, hélas !, pas le temps de lire en amont, pourtant, il y en a partout chez moi ! Mais là, je crois que mon enthousiasme a servi à quelque chose... "



© La Dernière Heure 2007