Cinéma

Lieven, un architecte belge de 38 ans, fait même plus fort : il a traduit Le Petit Prince dans la langue connue des fans de Star Trek. Et sous-titré la série en klingon sur Netflix !

Le chiffre est impressionnant : sur notre bonne vieille planète, pas moins de 7.097 langues (selon Ethnologue) sont pratiquées par 7,5 milliards d'êtres humains. Mais il faut croire que cela ne suffit pas. Lieven L. Litaer, un architecte belge de 38 ans qui vit à Sarrebruck, en Allemagne, en enseigne une 7.098ème, venue d'une autre galaxie : le klingon. Un langage surtout (et presque exclusivement) connu des fans de Star Trek. "J'ai découvert Star Trek en 1991, avec La Nouvelle Génération, à 11 ans, explique-t-il. Cela m'a tout de suite fasciné. Contrairement à Star Wars, où on retrouve le mot guerre dans le titre, Star Trek présente une vision positive du futur. Un jour, par hasard, j'ai trouvé un CD contenant des cours de klingon. Un an plus tard, j'ai découvert un dictionnaire klingon. J'ai alors réalisé que c'était une vraie langue. Que j'ai décidé d'étudier." Interview.

Vous n'aviez pas envie d'apprendre plutôt une langue qui vous serait utile ?

"On me dit souvent ça. Mais, vous savez, je parle neuf langues : néerlandais, français, allemand, anglais et klingon couramment, puis le turc, l'arabe, l'espagnol et l'égyptien. Et le klingon m'a aidé pour le turc, en raison de sa structure, et pour l'arabe, pour la prononciation. J'ai un don pour les langues. Comme nous ne sommes qu'une trentaine dans le monde à le parler vraiment bien, j'ai décidé de l'enseigner. Au départ, j'apprenais les bases lors de week-end de trois jours. Puis, sur Internet et, depuis 2011 YouTube. Je porte un masque klingon, et je porte un smoking. On peut dire que je suis le seul professeur de klingon au monde. Ce qui fait qu'on me reconnaît tout de suite comme le Klingon Teacher."

Combien d'élèves avez-vous ?

"Lors des séminaires, j'en ai vu passer plus de 200. Sur les réseaux sociaux, par contre, mes cours sont suivis par plus de 3.000 abonnés sur YouTube, mais aussi sur Facebook. Avant tout des fans de Star Trek. Mais aussi des personnes qui recherchent un challenge linguistique. Au niveau de la grammaire, le klingon est assez simple : il n’y a pas de masculin ou de féminin, pas de conjugaison des verbes ni d'autre temps que le présent. Mais la structure est plus complexe. Si vous voulez dire : « Je vois un chien », en klingon, cela devient « Chien, je vois, moi ». Et la prononciation est très complexe, avec la langue qui passe de l'avant, comme en français, à l'arrière, comme en arabe. Mais c'est un langage extraterrestre, c'est normal qu'il soit compliqué."

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A la demande de Netflix, vous avez sous-titré une saison de Star Trek Discovery en klingon, ce qui paraît logique, mais pourquoi avoir choisi de faire de même avec Le Petit Prince ?

"Pour montrer une autre facette que celle, guerrière, des Klingons. C'est une belle histoire, philosophique, simple à comprendre, tout en restant proche de l'univers de la science-fiction, puisque le Petit Prince passe d'une planète à une autre, dans l'espace."

Combien de temps cela vous a-t-il pris ?

"J'ai commencé voici 14 ans. Mais sans travailler de manière continue. Beaucoup d'expressions étaient impossibles à traduire car les mots n'existaient pas. En klingon, on parle d'armes, d'animaux, de planètes, mais pas de frigo ou de lunettes, par exemple. J'ai donc dû demander à l'inventeur de la langue, Marc Okrand, de m'aider. Mais il a l'habitude de dire que c'est un prisonnier klingon qui le renseigne. S'il ne connaît pas lui-même ces mots, c'est que le prisonnier ne veut pas lui répondre (rire). Voici un an, il m'en manquait une dizaine, j'ai insisté et il me les a envoyés. J'ai donc pu finir la traduction du Petit Prince."

Combien comptez-vous en vendre ?

"C'est impossible à prévoir. Quand la presse allemande en a parlé, le lendemain, sur Amazon, j'étais numéro un des précommandes en science-fiction. Et 91e du catalogue général, qui comporte 6 millions de livres. Cela répond donc manifestement à une attente."

Et ensuite ?

"En 1985, Marc Okrand avait écrit un dictionnaire. Que j'ai complété en 2017 avec des cours en 10 leçons, sur le modèle scolaire. C'est le seul livre d'exercice sur le klingon à ce jour. Je vais donc en faire un deuxième, mais différent. Vous savez, il y en a qui aiment le foot ou la pêche. Moi, mon passe-temps, c'est le klingon..."

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