Cinéma Jean Reno, l'explorateur du 7e art

GAND Le grand bleu, Nikita, Les visiteurs, Léon, Mission: Impossible... On en connaît qui se seraient pris pour des stars pour moins que ça. Pas Jean Réno, qui tutoie comme au premier jour, lance des blagues, parle fort mais jamais pour ne rien dire. En fait, quand il peut évoquer son ras-le-bol des gémissements du cinéma européen ou chanter les louanges de ses partenaires, il est le plus heureux des hommes.

Il y a quelques années, vous étiez venu présenter ici, à Gand, Pour l'amour de Roseanna. Cette fois encore, vous débarquez avec un film dans lequel on ne vous attend pas...
`Je vais te dire un truc: personne ne t'attend nulle part. Tu fais ce que la vie te conduit à faire, tu suis tes goûts. Autour de moi, on me parle de ce rôle, de mes cheveux... Mais c'est mon boulot, quoi. J'aime ce que Danièle a écrit, je suis heureux de vivre avec deux femmes pendant trois mois. Il y a peu d'acteurs qui ont eu cette chance, en fait. Et voilà.´

N'être que deux, dans presque toutes les scènes, c'est lourd?
`Tu le sens vite que tu vas bien vivre avec Juliette. Je connaissais Danièle avant le tournage, on a lu beaucoup. Elle est là pour faire son métier, pas pour faire ch... l'autre. C'est sûr que si t'es en train de divorcer, si t'as un gamin qui est malade, t'es parfois un peu énervé. Mais c'est vrai pour tous les métiers: dentiste, boulangère ou comédien.´

Vous avez dit oui tout de suite, à la lecture du scénario?
`Oui. C'est un petit bijou, franchement. C'est un film dont je suis fier. Tu te rends compte de la chance que j'ai: c'est à moi qu'on l'a proposé. C'est assez étonnant, vu l'âge que j'ai, d'être désiré par une femme aussi jeune d'esprit que Danièle.´

Vous croyez que c'est une question d'âge?
`Ah ben, tu sais... 24, c'est pas 54, ou 34. Mais il faut toujours être content du désir de l'autre, tu crois pas? La différence, c'est que chez les acteurs, y'a pas de garantie de l'emploi. Le syndicat ne sert à rien ou a pas grand-chose. Il aide seulement ceux qui ne travaillent pas.´

A la base, Danièle Thompson avait vendu son film aux Américains...
`Elle a simplement un rapport privilégié avec certaines personnes là-bas. Du reste, aujourd'hui, les films qui se passent dans les aéroports... Enfin, essayons de ne pas installer une échelle de valeurs. Le cinéma américain est fait en grande partie par des Européens ou bâti sur des histoires européennes. Mais, à l'arrivée, c'est leur manière de voir les choses qui y transparaît. Quoi que l'on fasse et quelles que soient les attaques qu'on lui adresse. Maintenant, je crois qu'à côté, on peut avoir de belles histoires chez nous. Franchement, depuis que je suis dans le métier, le cinéma européen fonctionne. On sort 120 films tous les ans. A un moment donné, la tartufferie de la société m'agace.´

Vous n'avez pas craint de ne pas être crédible dans une comédie romantique?
`J'aime essayer de faire des choses que je n'ai pas faites. Regarde Gabin: il a commencé en jouant les ouvriers, il a fini bourgeois. Est-ce que j'ai un emploi romantique? Peut-être, le public le dira. Je me suis laissé des portes ouvertes et là, j'explore.´

Et vous prenez du plaisir à explorer?
`Oh oui, et c'est très important. Il y a sûrement une part d'ego ou de prétention, là-dedans.´

Vous tournez Les tourtereaux, avec Depardieu, en ce moment. Vous pouvez nous en dire deux mots?
`Je comprends un peu pourquoi Véber est venu me chercher pour jouer face à Gérard. C'est un peu une histoire style Des souris et des hommes . Mais là, je suis en plein dedans. Je macère. Enfin, jouer avec Gérard, c'est quand même... Quel morceau! Même s'il a maigri.´

© La Dernière Heure 2002