Cinéma

Voici les principales réactions après l’annonce du palmarès du 71e Festival de Cannes.

Hirokazu Kore-Eda (Palme d’or pour Une affaire de famille) : "On dit que je suis un cinéaste de la famille, ce prix va renforcer cette réputation, mais avec l’avancée en âge, je fais toujours de films différents sur la famille. Je ne donne jamais de scénario aux enfants, pour garder leur fraîcheur. Ils n’ont jamais à préparer une scène, il faut qu’ils prennent du plaisir à jouer. Quand on demande à un réalisateur pourquoi il a fait un film, il a souvent tendance à mentir. Je ne vous garantis donc pas que tout sera exact, mais moi, j’ai voulu savoir si on pouvait être parent sans avoir donné naissance à son enfant."

Spike Lee (Grand Prix pour Blackkklansman ) : "On vit une époque dangereuse, qui fait peur. Mais je pense que Cannes est le lieu idéal pour lancer mon film vers le monde. Je crois qu’il peut tous nous sortir de notre désastre mental. Il va aider à revenir vers la vérité, la bonté, l’amour et non la haine."

Pawel Pawlikowski (prix mise en scène pour Cold War ) : "Les images en soi ne veulent pas dire grand-chose. Il faut qu’elles aient du sens. On sculpte chaque scène pour donner du mouvement aux images. C’est un cinéma qui fonctionne par plasticité, par images, plus que par dialogues. La Palme d’or était bien au-dessus de mes espoirs. Quand on tourne, c’est même la dernière chose à laquelle on pense. La réaction merveilleuse du public très international, alors que mon film parle de la Pologne, m’a comblé de bonheur. Le prix, c’est un petit plus, mais c’est important car beaucoup de gens dans mon pays pensaient que Cannes n’aimait pas le cinéma polonais. Ce film représente tout ce que j’aime en Pologne : le courage, le sens de l’humour, l’ouverture vers le monde, et il faut se battre pour garder cet état d’esprit."

Alice Rohrwacher (prix du scénario pour Heureux comme Lazzaro ) : "Je cherche toujours le regard de l’innocence, de partir de la simplicité. J’aime ce qui est vivant, pas trop élaboré. Il y a de la profondeur dans la simplicité. L’héritage du cinéma italien, je ne peux pas le contrôler. Il forme ma mémoire. Le cinéma qui me touche fait justement de la mémoire, change la manière de regarder le monde. J’ai des grands maîtres dans le cinéma italien, mais je n’ai pas cherché à tourner à la manière de l’un d’eux. J’ai voulu montrer qu’on pouvait encore faire un film libre, loin des règles habituelles des scénarios."

Les producteurs de Jean-Luc Godard (Palme d’or spéciale pour Livre d’image ) : "Tout est différent chez lui, c’est pour ça qu’il a un prix spécial. Mais je ne crois pas que ça changera quoi que ce soit dans son regard. Il n’y a rien à comprendre dans son film. Il ne faut pas toujours d’explication, il faut prendre, embrasser, comme un enfant de six ans. Comme lui. Le film va être vu, mais peut-être pas là où on l’attend. Comme lui."

Nadine Labaki (prix du jury pour Capharnaüm ) : "Quand j’étais petite, je disais à mon père qu’un jour, j’irais à Cannes. Cela l’amusait. C’est une fierté énorme d’avoir réalisé mon rêve et le sien, mais j’ai des sentiments mitigés à cause des enfants. Ce ne sont pas des acteurs, ils m’ont tout donné. J’ignore comment les aider : ils sont dans des situations pires que ce qu’on voit à l’écran. Est-ce que le film va générer du changement ? Je ne sais pas. Je me sens coupable d’être heureuse, de vivre le glamour de Cannes, de porter de belles robes alors qu’ils vivent des journées épouvantables. J’espère que ce film va ouvrir le débat grâce à cette récompense. Ces six mois de tournage ont en tout cas changé ma vie."

Marcello Fonte (prix d’interprétation masculine pour Dogman ). "Avant de prendre le prix, je voulais en profiter au maximum. J’ai donc compté jusqu’à trois, comme on devrait parfois le faire avant de parler. J’ai grandi dans une déchetterie. Quand la pluie tombait sur le toit en tôle, je pensais à des applaudissements. Donc, ceux de ce soir m’ont rappelé mon enfance."

Samal Yeslyamova (prix d’interprétation féminine pour Ayka ) : "Quand on tourne pendant cinq ans dans le froid, la neige, on pense juste à réussir les scènes. Jamais aux récompenses."