Cinéma Lily-Rose Depp, 17 ans, à l’affiche de La danseuse mercredi, parle de son enfance, de sa famille, de ses ambitions.

Son sourire, qui rappelle incroyablement celui de sa maman, Vanessa Paradis, c’est la première chose qu’on voit chez Lily-Rose Depp. Avec ses grands yeux. Puis, instinctivement, on rentre le ventre. Le petit top transparent qu’elle porte au-dessus d’un jeans dévoile en effet sa taille. Que doivent lui envier pas mal de top models.

Première surprise : elle vient immédiatement serrer la main de ses interlocuteurs. Banal, mais pas vraiment courant en interview. Deuxième surprise : elle est incroyablement à l’aise. Aucune question, en français ou en anglais, ne la déroute. Elle se comporte déjà comme une pro rompue à l’exercice, capable de répondre en quelques mots plutôt convenus dès qu’on aborde ses parents, puis de s’étaler et de se livrer avec parfois une pointe d’humour dès qu’il s’agit d’évoquer sa prestation dans La danseuse, qui sort dans les salles mercredi.

Cette maturité, elle l’explique très simplement. "Grâce à mes parents, j’ai vécu pas mal d’expériences que les autres ne vivent que beaucoup plus tard. Vous savez, les parents de mes copines n’étaient pas traqués par les paparazzi. De mes yeux, j’ai vu les sacrifices qu’il fallait consentir pour exercer ce métier. Notamment au niveau de la vie privée, qui devient très rapidement publique si on n’y fait pas suffisamment attention. Je n’ai donc pas eu la même enfance ni la même adolescence que les autres. Mais je ne me plains pas, j’ai aussi vécu de très belles expériences grâce à ça. Et cela m’a sans doute aidée à grandir plus vite."

D’après Vanessa Paradis, Lily-Rose n’écoute de toute façon pas les conseils. "(Rire) Mes parents m’aiment et me conseillent, mais pour ma carrière, ils me laissent choisir librement. De toute façon, ils ont toujours eu beaucoup de difficultés à me dire non. Mes parents ont toujours voulu que je sois très indépendante et ils me soutiennent, quoi que je fasse. Et c’était le cas quand j’ai décidé de devenir comédienne."

Même si sa voix est douce, chacune de ses réponses exprime une solide force de caractère. Ambitieuse, elle l’est aussi. Et ne s’en cache pas.

"Le seul fait de participer à un film, de vouloir montrer au monde qu’on est une artiste, démontre qu’on a de l’ambition. C’est indispensable d’avoir de l’ambition dès le départ, sinon on n’existe même pas. Le fait d’être artiste est automatiquement accompagné des doutes, des obstacles à surmonter, des sacrifices, de la solitude, des souffrances. Seule l’ambition permet de travailler dur pour atteindre ses objectifs. C’est cela que montre le film, tout le spectre des émotions que réclame la pratique d’un art et pas juste le côté glamour. Ce n’est pas juste un film sur l’éclosion d’artistes."

Déjà habituée à être la cible des paparazzi et de la presse people ("It sucks !"), elle n’a pas peur d’aborder des sujets sensibles. "Aujourd’hui, on choisit d’aimer des êtres humains, pas juste un homme ou une femme. C’est ce qu’on voit en l’autre qui compte. Ce film n’est pas que le portrait d’artistes et de leur art. On montre qu’on peut y arriver en travaillant énormément ou en se basant plus sur sa nature, et la sexualité n’est pas si importante que ça dans le film. En même temps, cela pose des questions sur les compromis qu’on fait, aux niveaux privé et personnel, pour devenir une artiste. Isadora Duncan ne savait pas, à l’époque, à quel point l’identité est liée à l’intimité. Dévouer toute sa vie à l’art, ce n’est pas une bonne chose."

"C’est le seul moment où je peux m’aimer"

Loin d’être naïve, Lily-Rose Depp n’a pas pour autant perdu la fraîcheur de l’adolescence. Et reconnaît volontiers qu’elle cherche à se cacher derrière les rôles qu’elle interprète. "C’est le seul moment où je peux m’aimer vraiment et me plonger complètement dans ce que je fais. C’est pour ça qu’on veut devenir actrice : pour disparaître, un moment, dans un personnage. C’est comme si on s’offrait un break. Mais je veux absolument être fière de mes choix. Pas question d’accepter n’importe quoi."

La danseuse, dans lequel elle incarne Isadora Duncan, a définitivement confirmé son goût pour le 7e art. "C’est la toute première fois que je suis à l’aise en jouant la comédie. Je me suis sentie bien dans mon corps et je pense que se sentir libre faisait partie du processus de préparation. Isadora Duncan fut la première danseuse à se montrer nue. Elle trouvait ça normal, tout à fait naturel puisque tout le monde a un corps. Elle s’en servait magnifiquement et estimait, à juste titre, que personne ne doit avoir honte de lui-même. La sexualité est traitée en sous-texte parce qu’elle ne constitue pas le point essentiel du film. L’important, c’est de montrer qu’on peut devenir artiste en travaillant énormément, en souffrant pour son art, ou en choisissant un chemin plus doux."