Cinéma Louise Bourgoin évoque sans langue de bois la maternité, la séduction ou les raisons qui la poussent à tourner à nouveau des comédies comme Sous le même toit.

Avec Sous le même toit, Louise Bourgoin revient enfin à la comédie. Avec un plaisir évident. Même si le tournage l’a énormément fatiguée, pour cause de maternité.

"C’est avant tout l’histoire qui me séduit, explique-t-elle. Ma dernière comédie remonte à 5 ans, L’amour dure trois ans. J’étais une jeune première, et maintenant une maman, mais ce qui m’a plu, c’est que le rôle féminin n’est pas stéréotypé. C’est une femme très moderne, une sorte de super-héroïne du quotidien avec son boulot d’infirmière qui lui prend 70 h par semaine, ses deux enfants et son mari, un ado attardé qui tient presque lieu de troisième enfant. Elle fait tourner la boutique. Et c’est ça qui me touche : elle est forte et ne dépend de personne. Et en plus, elle a une sexualité assez offensive avec Julien Boisselier (rire). Elle a vraiment tout pour elle !"

Cela vous correspond ?

"Par certains aspects, oui (rire) . Je suis aussi très indépendante. Par contre, je ne suis pas du tout psychorigide pour établir des plannings : je suis aussi bordélique que Gilles dans la vie. C’est plutôt mon ami qui serait comme ça… Il faut dire qu’on est très infantilisé en tant qu’acteur. On vient nous chercher, quelqu’un s’occupe de notre planning. Les attachées de presse et les agents nous enlèvent tellement de responsabilités qu’on en devient parfois des enfants. C’est un peu dangereux…"

Qu’est-ce qui vous a le plus attirée à la première lecture ?

"Le ping-pong avec Gilles était bien équilibré, alors que souvent, dans les comédies françaises, le personnage féminin est passe-plats, pas très développé, et permet à l’homme de se montrer drôle. Ici, Delphine a pas mal d’humour et de répartie. Elle a un peu l’esprit Canal +, comme Dominique (Farrugia) et moi. Je dois aussi dire que Gilles Lellouche est un partenaire extraordinaire, vraiment très bon en impro. Quand il parle du sifflement avec le médecin ou évoque l’épilation en disant qu’avant c’était Rambouillet, tout ça, c’est lui. Cela redynamise le plateau. Il nous a donné beaucoup d’énergie."

Est-ce que, comme Delphine, il vous est déjà arrivé de vous habiller sexy en vous disant : "Je n’ai pas mis cette robe pour rien" ?

"Mais bien sûr ! Trop souvent, dans les films français, les personnages féminins sont hypocrites. On sous-estime la puissance de drague des femmes. Plein d’entre elles sont offensives, savent exactement ce qu’elles veulent. Dans la plupart des couples autour de moi, c’est la femme qui a dragué le mec alors que dans les comédies, la fille attend souvent patiemment qu’on vienne vers elle. Le leadership appartient souvent aux femmes. Cela commence par le choix du film à voir au cinéma : dans 80 % des cas, ce sont les femmes qui choisissent."

Quelles décisions avez-vous prises récemment ?

"De tourner moins, et sans doute pas à l’étranger, pour m’occuper beaucoup plus de mon enfant. J’ai plus envie de confort, alors qu’avant, j’aimais en sortir avec des rôles très sombres."

Vous ne craignez pas de vous retrouver en cohabitation forcée un jour ?

"Non, cela ne m’arrivera jamais car financièrement, je ne serai pas dans cette position (rire). J’aurai toujours les moyens de le faire vivre ailleurs, de lui payer son appartement (rire). Pour moi, un enfant, c’est un engagement bien plus fort que le mariage. On ne peut pas vraiment se séparer, puisqu’il y aura toujours au moins le partage des gardes."


"Mon bébé a changé mes priorités"

Voici un an, le 7 avril 2016, Louise Bourgoin donnait le jour à un petit Etienne. Et cela a tout changé. "Je venais d’accoucher avant le tournage du film, ce n’était pas évident : je n’avais pas anticipé certaines choses et j’étais bien fatiguée. Mon bébé était tout le temps avec moi sur le plateau. Et Dominique m’a permis de l’allaiter entre les prises, ce qui était vraiment important pour moi."

Ce que n’avait pas prévu la grande (1,80 m) trentenaire dynamique, c’est l’épuisement. "D’habitude, je propose énormément d’improvisations mais là, j’étais tellement fatiguée, car mon bébé n’avait que deux mois et ne faisait pas du tout ses nuits, que je n’avais pas les capacités intellectuelles pour improviser cette fois-ci (rire) . J’avais de la purée dans le cerveau ! C’était assez frustrant, honnêtement."

La maternité a aussi modifié sa vision du métier. "Oui, clairement. Avant, je faisais passer la vie professionnelle au premier plan. Plus maintenant. Cet amour, très différent de celui pour un conjoint, est tellement énorme qu’il ne peut que me servir pour mes rôles. Enfin, c’est plus confortable désormais de tourner des comédies, plus solaires et légères, qui m’atteignent moins moralement que les films plus sombres. Je ne crois pas que je dirais encore oui à Joachim Lafosse pour tourner trois mois dans le désert marocain avec mon bébé. Cela va donc forcément avoir une influence sur ma filmographie, mais peu importe…"