Cinéma Pas facile d’exister sur le grand écran quand on pilote une série sur le petit. L’héroïne de Clem, en sait quelque chose.

Depuis 2010, Lucie Lucas fait les beaux jours de TF1 en héroïne de la série Clem. La saison 8 est en cours de tournage mais on ne pourrait jurer que la jolie actrice se dit : pourvu que cela dure ! C’est qu’elle aimerait exister en dehors de ce programme, incarner d’autres personnages, vivre d’autres expériences, notamment au cinéma et pas exclusivement comme comédienne d’ailleurs.

Au cinéma, ses fans seront surpris de la trouver en tête d’affiche de Porto, le premier film très atmosphérique du jeune réalisateur Gabe Klinger. Il met en scène deux amoureux d’une nuit comme des souvenirs qui hantent des lieux de Porto. Très indé, très arty, Porto compte Jim Jarmusch parmi ses producteurs.Si Lucie Lucas est une parfaite inconnue pour les cinéphiles, elle n’a rien d’une débutante.

Votre expérience de télévision vous fut-elle utile au cinéma ?

"Ce n’était pas facile tous les jours, on travaillait vraiment jour et nuit; je me suis rendu compte de ce que Clem m’avait apporté en termes d’endurance, de concentration, d’efficacité technique. Car un tournage de Clem , c’est très long et très dense. En incarnant le personnage principal depuis tant d’années, j’ai pu aller dans le détail du personnage. Clem m’a donné cette habitude d’aller loin dans l’exploration du personnage, même si cela ne se voit pas à l’écran. J’ai été surprise que Gabe me choisisse, il avait auditionné des actrices autrement plus connues mais je pense que mon bagage technique a pesé positivement dans son choix."

Passer de Clem à Porto, cela tient du grand écart ?

"C’est vrai, l’écart est immense. J’adore tourner Clem , mais à la télé, l’art tient beaucoup moins de place qu’au cinéma. J’aime les arts et cela me manquait de ne pas pouvoir travailler sur un projet artistique, de ne pas pouvoir m’investir dans un projet formel. Quand on ne travaille pas pour l’argent, il faut le faire pour autre chose. Pour l’amour de l’art, de la fraternité, de la débrouille aussi. En France, chacun est à son poste, je suis habituée de travailler avec des gens spécialisés. Les Portugais sont aussi spécialisés mais dans plusieurs domaines. Ils sont très débrouillards car ils n’ont pas le choix. S’ils veulent gagner leur vie, ils doivent être très polyvalents, travailler sans compter. C’est une ambiance complètement différente. Je suis frustrée de ne pas avoir suivi d’école de cinéma mais je regrette surtout de ne pas avoir vécu cette période où l’on peut tout essayer, où l’on peut se tromper, où l’on découvre aussi ce qui a été fait avant. Depuis cette rencontre avec Gabe, j’ai pris le taureau par les cornes, je regarde beaucoup plus de films, j’essaie de me rattraper. Car tous les soirs avec Anton Yelchin, on regardait des films dans la chambre de Gabe."

Depuis 2010, vous incarnez Clémentine Boissier. Ce personnage central de la série Clem évolue avec vous. Avez-vous parfois l’impression de vivre une double vie, une vie parallèle ?

"Je ne me suis jamais posé la question comme cela. J’ai vécu avec ce personnage 30 films de 90 minutes, de ses 16 à ses 25 ans, une décennie au cours de laquelle, on change de façon radicale. On se suivait l’une l’autre. Parfois, j’étais en avance, parfois c’était elle. Elle est tombée enceinte avant moi. Mais, je n’ai pas vécu tout ce qu’elle a vécu, loin de là. Et elle n’a pas vécu tout ce que j’ai vécu. C’est comme une copine que je connais vraiment très bien, je peux anticiper ses réactions. Et parfois, je ne suis pas d’accord avec ce qui est écrit dans le scénario, car je me suis toujours inspirée de ce que j’aurais pu ressentir, moi-même, dans telle situation. Mais on a aussi des traits de caractère différents."

Tourner un film de cinéma, était-ce une nécessité pour vous ?

"Oui, j’adore les défis. C’est pour cela aussi que j’ai choisi ce métier, pour tout explorer. Je viens de découvrir qu’il faut être dans des dispositions particulières pour tourner un drame. J’avais un rôle pas facile dans un téléfilm Meurtre à l’île de Ré et j’ai réalisé qu’il fallait être dans de bonnes dispositions, physiques et psychologiques, parce qu’on encaisse. C’est un métier un peu schizophrène, c’est pas toujours facile d’avoir de la distance avec son personnage."

Avez-vous dû refuser des projets, des propositions parce que la série Clem ne peut se passer de vous ?

"Oui, c’est dur de refuser. Et TF1 sait que c’est de plus en plus difficile pour moi de faire ce sacrifice. Je suis très chanceuse, cette série m’a apporté énormément. Mais il y a un double inconvénient. J’ai très peu de temps et les gens du cinéma français sont incapables de me projeter dans autre chose qu’une comédie familiale. Je sais que je vais devoir trouver, moi-même, ma porte de sortie. J’ai envie de tourner un documentaire, de tourner un film, de tourner une série. J’écris pour tous les formats, on verra ce qui sera le plus facile à monter, ce qui arrivera le plus rapidement à maturité. Clem m’a donné plein de confort et me donne aujourd’hui des moyens pour réaliser mes rêves."

Ce rêve, c’est une maison de production ?

"Oui. J’ai envie de réaliser moi-même. Par ailleurs, je sens qu’on vit dans une période qui frémit, une période de grands bouleversements. Je vois beaucoup d’artistes qui n’ont pas la parole, pour qui c’est difficile d’être lu, exposé, produit. J’ai envie de les soutenir. Il y a peu de temps, j’ai découvert qu’une de mes grandes-tantes, c’était Mag Bodard. Elle fut la productrice de la Nouvelle Vague et elle m’inspire. Pendant ces sept dernières années, pendant que tout se passait bien au travail, je voyais des artistes que j’admirais manger de la vache enragée. J’ai envie de partager ma chance."


Clem en route pour la saison 8

En sept saisons, le public des fans de la famille Boissier n’a fait que s’étoffer. Après un démarrage en trombe (10 millions de téléspectateurs devant l’épisode pilote), le succès de la série n’a jamais faibli. Depuis les premiers pas de Lucie Lucas dans le rôle de Clem, adolescente sur le point de devenir maman, le destin de la jeune fille a connu de nombreux rebondissements.

Si la série abordait initialement les problèmes de l’adolescente devenue mère, elle a rapidement ouvert le champ des possibles en évoquant ses relations tendues avec ses parents et ses problèmes d’études et de cœur. Un terrain forcément fertile pour le public adolescent.

Outre Lucie Lucas, la série a su s’adjoindre des acteurs chers au public français dont Victoria Abril, qui intégrait alors sa première série télévisée et Rayane Bensetti, entre autres bellâtres intégrés au casting. Une stratégie gagnante puisque Clem était la deuxième série française la plus suivie après Profilages avec Odile Vuillemin. En créant un journal de Clem sur Facebook, la série a su fédérer un public de fans impliqués et ultra-fidèles.