Cinéma Matthias Schoenaerts l’affirme : il ne continuera pas à faire l’acteur jusqu’à 85 ans.

Hollywood ne l’a pas changé. Matthias Schoenaerts multiplie les gros projets avec les plus grandes stars de la planète (Jennifer Lawrence dans Red Sparrow, Robert De Niro et Julianne Moore dans une nouvelle série sans titre pour l’instant, Jane Fonda et Robert Redford dans Our souls at night) mais reste toujours aussi sympa, fêtard (pas facile de se lever tôt après avoir retrouvé ses potes à Anvers la veille au soir…) et simple.

Quand Michael R. Roskam lui propose de tourner Le fidèle en Belgique, il ne prétexte pas une superproduction hollywoodienne et dit oui sans hésiter. "C’est toujours chouette de se retrouver, on se marre tout le temps, on est devenus les meilleurs amis du monde et quand on prend du plaisir, on est en harmonie et la créativité devient plus accessible", explique-t-il dans un français parfait. "On a travaillé six ans sur ce projet. Je ne sais plus quelles sont mes idées ou les siennes : ce n’est pas important. Ce qui compte, c’est que le film ait une âme."

C’est étonnamment psychologique pour un film de gangsters…

"Le stéréotype du gangster bourrin, noirissime, ne me tentait pas. Patrick Haemers, qui était plus fin, élégant, plus féminin dans son langage corporel - on dirait un danseur de ballet-, avec ses cheveux blonds et son éloquence, a servi de référence. C’était plus rafraîchissant. En outre, on n’aurait pas cru à l’histoire d’amour avec un bandit lourd. Il fallait que leurs yeux pétillent, qu’ils se reconnaissent dans le besoin de vivre jusqu’aux limites de la vie, avec du danger, de l’adrénaline. Ils aiment ça, ça les excite, mais cela les fait aussi survivre. Ce qui est beau, c’est qu’ils ont besoin de l’autre, sans dépendre de lui. Ça correspond à ma vision de l’amour."

Vous avez besoin d’adrénaline pour vous sentir vivant ?

"Pour un projet, oui. Dans la vie, pas en permanence, non. De temps en temps, j’ai envie d’être dans un speed boat, et à d’autres moments, dans une barque sur une rivière tranquille. C’est comme une scène de cinéma brillante : si elle dure trop longtemps, elle devient ennuyeuse. Il faut savoir couper et varier. Dans la vie, l’amour, les relations ou le sexe, c’est la même chose : il faut que ça bouge, que ça change. Si je m’ennuie, je me casse… Il faut bouger : c’est ça qui fait grandir, évoluer. D’ailleurs, un jour, je changerai de profession. Je ne serai pas comédien jusqu’à 85 ans."

Que ferez-vous ?

"Je ne sais pas. Agriculteur, quelque chose dans la nature avec des animaux… Je vous jure que je ne serai pas comédien à 85 ans. Je serais dingue. Peut-être que je tournerai encore un film à cet âge-là, mais je veux me faire une vie géniale quelque part avec ma famille, mes enfants. C’est ça la vie ! J’adore mon existence, mais continuer comme ça encore 40 ans, ce serait triste."

Vous avez tourné avec Jane Fonda, Robert Redford, des comédiens âgés…

"J’ai demandé à Redford pourquoi il tournait toujours. Très élégant, il m’a répondu : ‘Vous savez ce qui se passe avec les comédiens de mon âge quand ils s’arrêtent ? Ils meurent…’ Là, je me suis dit : cette réponse, je ne la ferai jamais. Pas question de mourir sur un plateau ! Cela ne m’arrivera jamais. Je vais mourir au sommet d’une montagne magnifique en Crête. C’est sûr à 100 %. Tout près du ciel et des dieux, comme ça j’y suis plus vite (rire). Je n’avais pas pitié de Robert Redford quand il m’a dit ça, parce qu’il assumait totalement, mais cela m’a vraiment marqué. Je me suis dit non, moi, je serai sur ma montagne, avec ma piscine et mes six femmes et mes 92 enfants."

Un grand éclat de rire ponctue cette affirmation. Sympa et loin d’avoir attrapé la grosse tête, on vous le disait.