Cinéma Tel père, tel fils ? Nous avons réuni Michel et Tom Leeb pour en avoir le cœur net.

Le père, 70 ans, fête ses quarante ans de carrière sur scène. Le fils, 28 ans, embrasse lui aussi une carrière d’humoriste avec son pote Kevin. Entre l’illustre interprète du Chinois ou de l’Africain et celui qui se fait un prénom, la complicité est flagrante. Comme si dans la famille Leeb, on faisait mieux l’humour que les autres.

La ressemblance physique n’est pas frappante, mais Tom vous ressemble-t-il parfois ?

Michel Leeb. "Quand je le vois sur scène, par moments, oui, je me vois. Je me retrouve quand j’avais son âge. Le physique, la gestuelle, sa manière de bouger, ses réactions. Je me retrouve un petit peu."

Cela a-t-il toujours été une envie de faire le même métier que papa ?

Tom Leeb. "Pas vraiment. Quand j’avais 13-14 ans, je voulais être champion de tennis. Ce qui n’a absolument rien à voir. Mais quand j’étais sur le terrain, je me rendais compte que j’essayais de faire des coups de tennis pour impressionner les gens. J’avais déjà cet esprit de spectacle. Après, je suis parti en Amérique pour apprendre à bien les faire. Je ne me suis donc pas dit que j’allais faire comme mon père. Je n’y pensais pas vraiment, c’est venu assez naturellement."

Avez-vous poussé Tom à faire ce métier ?

M. "Non, jamais. Il se trouvait qu’il avait des aspirations à faire ça et on l’a un peu aidé. On n’a jamais dit : Faut que tu fasses ça ! Surtout qu’au départ, ça peut faire paniquer. Car c’est un métier difficile et pas sûr. Mais j’ai senti assez vite qu’il avait ce don. Dès qu’il y avait un spectacle à monter à l’école, il était toujours dedans !"

Est-il difficile d’être fils de Michel Leeb ?

T. "Il y a du pour et du contre. C’est-à-dire que beaucoup de personnes, en grande majorité, apprécient mon père. Donc quand ils font un rapprochement, c’est forcément positif pour moi. Mais le contre, c’est qu’on va m’attendre au tournant deux fois plus. Voyons voir s’il est meilleur. La référence est inévitable. Ça ne me gêne pas plus que ça, ce n’est que du bon."

Michel, vous avez une carrière impressionnante, il ne sera pas évident de faire pareil…

M. "C’est plus dur, plus difficile et plus compliqué aujourd’hui. À l’époque, on avait une chaîne de télé et 10 millions de personnes te regardaient. Ça n’existe plus car non seulement il y a du monde mais surtout, il y a du bon ! Il faut qu’ils jouent des coudes ! Mais Tom, c’est moi mais en mieux ! Il fait tout mieux que moi. Il a la jeunesse, l’énergie, la vitesse et l’acuité. Il voit les choses différemment."

T. "La différence, c’est que moi je n’ai rien à perdre ! Je démarre. Le trac est plus sévère après quarante ans de carrière. Moi, si je prends une tuile, je rentre chez moi."

Ou retourner aux États-Unis, là où vous avez débuté votre carrière ?

M. "J’aurais dû faire ce qu’il a fait. Je ne l’ai pas fait. Je me suis déballonné. Et quand j’ai voulu tenter ma chance là-bas il y a vingt-cinq ans, c’était trop tard. À son âge j’ai eu envie mais je me suis dégonflé. Manque de courage."

Quel enfant était Tom ? Et à l’inverse, quel papa était Michel ?

M. "C’était un râleur (sourire) ! Il n’aimait pas qu’on se moque de lui. Il était susceptible et râleur. C’était un colosse mais, à l’école, il ne foutait rien. Ça ne l’intéressait pas. Petit à petit, avec ma femme, Béatrice, on l’a mis dans une école en Suisse avec une méthode d’éducation moderne. Et là, il s’est épanoui pour devenir un autre mec. Il y a deux Tom, un avant et un après."

T. "Papa était le quatrième enfant dans la famille. C’était un dessin animé en direct. Ce qu’on voyait à la télé, on l’avait là en direct à la maison. C’était un délire constant. On a passé des heures à rire le soir. Je le trouve même plus drôle à la maison que sur scène car c’est un vrai gamin. Je ne comprenais d’ailleurs rien de ce qu’il disait sur scène (rire) ! Il est souvent détente, jamais autoritaire. Enfin, ça n’arrive qu’une fois tous les quatre ans mais quand il vrille, il vrille sévère ! Faut juste pas l’emmerder et le caresser dans le sens du poil (sourires mutuels) !"

En savoir plus

Michel Leeb fêtera ses quarante ans de scène dans le Signé Taloche du 27/10 sur la RTBF et sera le 16/1 à Forest National, le 2/3 au Forum de Liège et le 4/3 au PBA de Charleroi.

Infos et réserv. : ticketmaster.be.

Un duo père et fils en préparation

Et si Michel et Tom montaient un jour ensemble sur scène ? Sachant que le fils du mythique interprète du sketch sur la mouche et le bourdon a décidé de suivre le même chemin humoristique que celui de son illustre père, la question brûlait les lèvres.

À quand un duo entre vous ? "Je ne pense pas que ce soit bien maintenant", tempère Michel Leeb qui n’a pas hésité à donner un petit coup de pouce au fiston - dans le cadre de son spectacle avec son comparse Kevin - en le prenant de temps en temps en première partie de ses shows. "Car il faut qu’il grandisse encore. Là, pour le moment, il est en train de grandir. Mais, un jour, quand Tom sera vraiment confirmé et au top… Après tout ça, pourquoi pas ! Je préfère le laisser faire son trou avant. On a plein de trucs à faire à deux, comme un film par exemple. Mais d’ici quelque temps, je vous assure qu’il sera formidable !"

Michel Leeb explique qu’après l’avoir fait jouer dans la pièce Madame Doubtfire avec lui ("j’avais 13 ans", précise Tom), c’est en Belgique qu’il lui a proposé de faire ses premières parties. "En huit minutes, les gens étaient debout ! C’est enthousiasmant. Il ressent ce que j’ai senti il y a quarante ans chez vous : la sincérité, l’ouverture d’esprit et la générosité. Ce n’est pas un cliché, c’est une réalité ! On est toujours heureux d’être ici. Les Belges sont curieux, ils n’ont pas d’a priori."

Une famille d’artiste en Leeb

Marié depuis plus de trente-cinq ans à Béatrice ("c’est rare dans le métier mais c’est juste parce qu’on s’aime"), Michel Leeb est le papa de trois enfants artistes. "Je flippe pour eux car c’est un métier difficile." À commencer par l’aînée, Fanny, 31 ans. Après son passage remarqué dans The Voice saison 2, elle a sorti un album sur YouTube en début d’année. La cadette, Elsa (29 ans), officie dans la production cinéma. Enfin, Tom, en plus d’être parti étudier la comédie à New York, a eu un rôle - Tom, le fils de Caroline - dans la série Sous le soleil de Saint-Tropez et dans le film Avis de mistral.

Actuellement, il joue sur scène, en duo, sous le nom de Kevin et Tom. "Avec son pote Kevin, il a fait les premières parties de Gad&Kev", rappelle Michel Leeb. "Il avait seulement 25 ans !" Le talent serait-il inné, voire familial ? "Je pense que c’est génétique", confirme le père. "C’est passé comme cela dans les gènes, quelque part. Le talent que Tom a en observation, comment il intègre tout et le restitue, c’est ce qu’il a en lui. On ne décide pas un matin d’être acteur. C’est juste que comédien et humoriste, c’est en lui. En plus, le fait qu’il transforme les choses en caricature, c’est drôle et formidable !"

Même s’il existe des écoles pour apprendre les techniques de l’humour (à Montréal), Tom est du même avis que son paternel. "Je suis quasi sûr que c’est inné à 100 %. On ne peut pas apprendre à quelqu’un à faire rire ou à avoir du timing. La même réplique dite par deux mecs ne sera jamais la même et n’aura jamais le même effet !"

Kevin et Tom seront au Koek’s Théâtre de Bruxelles du 18 au 21 octobre et le 22 octobre au Voo Rire Festival de Liège. Infos et réserv. : koeks.be et voorire.be.