Cinéma L'acteur français est décédé à 79 ans

DRAGUIGNAN Si, de ses mains puissantes, il a giflé quelques-uns des plus célèbres acteurs (et actrices) français, la dernière baffe de Michel Constantin aura été pour son public. Vendredi soir, sans crier gare, l'acteur s'en est allé, dans un hôpital de Draguignan, ville du sud de la France que lui, le Slave, l'homme du froid, avait appris à aimer... par amour. Celui qu'il nourrissait, depuis des décennies, pour sa femme Maurine, rencontrée lors d'un match de volley. Elle faisait partie de l'équipe féminine d'Algérie, il était capitaine de l'équipe de France.

Car avant de connaître la célébrité au cinéma, Constantin Hokloff, né le 13 juillet 1924 à Boulogne-Billancourt, suivra un parcours peu banal et riche en rebondissements. Fier possesseur d'un CAP, il entre, à 14 ans, comme apprenti chez Renault et fait un saut par une usine d'aiguilles à tricoter. Solide gaillard - 1 m 85 pour 85 kilos -, il est aussi un sportif acharné. Basket, d'abord. Volley, ensuite, et le voilà à la tête de la formation tricolore, lui l'enfant d'immigrés russes et polonais.

Au fil des rencontres sur les terrains, il se lie d'amitié avec quelques journalistes de L'Equipe qui, tout naturellement, lui proposent de venir mettre sa plume au service de la rédaction du prestigieux quotidien. C'est pourtant encore grâce au volley qu'une autre porte, celle des studios de cinéma, s'ouvre en 1959. Jean Becker - le fils de Jacques - joue dans la même équipe que Michel Constantin au Racing. Il ne doute pas un instant que sa gueule plaira à son paternel, qui recherche de seconds rôles pour Le trou. Ce premier essai ne sera pourtant transformé que deux ans plus tard, par son ami Jean Becker, encore lui, qui lui offre une participation, au côté de Belmondo, dans Un nommé La Rocca. «Après Le trou, je décidais de clore l'expérience, se souvenait l'acteur, il y a quelques années. De fil en aiguille, je menais de pair deux carrières, jusqu'en septembre 1966 où je fus bien obligé de donner ma démission au journal.»

Sur le plateau des Grandes Gueules, de Robert Enrico, il retrouve Lino Ventura, qu'il a côtoyé dans les salles de catch. Son épouse se rassure, elle qui, au début, ne voulait pas de ce métier, persuadée que les groupies l'attendraient par dizaines à la sortie des studios...

A l'époque, pourtant, la gloire n'est pas encore au rendez-vous. Très populaire, certes, il n'est pas assez vendeur pour qu'on lui confie les premiers rôles. Il faudra attendre le flair et le savoir-faire de George Lautner (Laisse aller, c'est une valse, Il était une fois un flic) pour que Michel Constantin impose sa dégaine, son style, son visage bourru. En 1973, il atteint, peut-être, le sommet de sa carrière, en tournant La valise, toujours avec Lautner, au côté de Mireille Darc.

Puis il se fait volontairement plus discret. Il se dit «fatigué d'être une marionnette et de devoir obéir à des réalisateurs dépourvus de toute imagination.»

Au cinéma, on le verra encore dans le délirant Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ, dans Les morfalous et, en 1991, dans Ville à vendre de Jean-Pierre Mocky. A la télévision, il crée le personnage de Paparoff, flic à la retraite qui lui ressemblait tellement.

Et depuis des années, il cultivait son jardin, son amour du français et celui du bridge dans sa villa de Sainte-Maxime.

© La Dernière Heure 2003