Cinéma Le réalisateur culte des Bronzés a posé sa caméra pour prendre la plume. Il publie son quatrième roman, Louis et l’Ubiq.

Le cinéaste français de 69 ans publie un roman dans lequel il donne vie à un drôle de bonhomme doué du don d’ubiquité. Un type gris et triste comme un jour sans pain mais qui, grâce à une étrange machine, va pouvoir se retrouver à deux endroits à la fois. Pour se faire plaisir. "Louis a tout à fait conscience que sa vie est assez plate, observe Leconte, et il veut arriver à rendre cette vie plus heureuse, plus pimentée, plus intéressante. Il est comme chacun de nous à la recherche du bonheur." Interview sur ses grands bonheurs à lui, Patrice Leconte.

Tourner avec Benoît Poelvoorde dans La guerre des Miss , un bonheur ou un défi ?

"Poelvoorde ? Lui, je l’adore. En voilà encore un que j’aimerais beaucoup retrouver pour faire du cinéma. Benoît est un type formidable, un très grand acteur, et un homme chaleureux, amical, fidèle, très drôle et d’une énergie folle. Mais il se bat en permanence contre ce vieux démon de l’alcool. Sur le tournage, il a été d’une sobriété exemplaire. Sauf un dimanche, nous étions à Besançon, il est parti en vrille, il a lâché la rampe, et il est rentré le soir à l’hôtel dans un sale état. Voyant ma mine désolée ainsi que ma tristesse, il m’a dit : "Je suis désolé, Patrice, on n’empêche pas un lièvre de courir". J’en ai été ému aux larmes."

Diriger Alain Delon et Jean-Paul Belmondo dans Une chance sur deux , un bonheur ou une mission périlleuse ?

"Une joie, oh oui une joie. Tous les matins quand je me levais pour aller sur le tournage, je me regardais dans ma glace en me rasant et je me disais : "Je suis en train de faire un film avec Delon et Belmondo." Je n’en suis toujours pas revenu. Je me suis régalé avec Delon et Belmondo. Ils avaient confiance en moi, aimaient beaucoup le film que nous tournions. Jamais ils n’ont discuté quoi que ce soit, et la rivalité qu’on leur prête est une absurdité montée en épingle par les journalistes. J’ai vu leur amitié, leur complicité, leur plaisir à jouer ensemble. Ce qui était amusant, c’était de les voir se comporter chacun comme le père idéal de Vanessa Paradis, ce qui était l’histoire du film, mais qu’ils appliquaient au quotidien auprès d’elle. Hélas, le film n’a pas tenu ses promesses au niveau des entrées (seulement 1.267.433 spectateurs, NdlR.) mais j’ai adoré ces deux acteurs mythiques. Ça a été un tournage extrêmement agréable."

Vous avez analysé les raisons de l’échec de ce film ?

"L’impression hélas que réunir Delon et Belmondo à l’époque où on l’a fait (1998) ce n’était plus une bonne idée. Le public jeune, il s’en foutait de Delon et Belmondo, il n’en avait rien à faire. Et le public plus âgé s’est dit " On va attendre que ça passe à la télé ." D’ailleurs, chaque fois qu’il repasse à la télé, ce film fait une bonne audience. Avec Christian Fechner on était sûrs de tenir quelque chose de grand-public et de fort."

Johnny Hallyday dans L’homme du train , bonheur aussi, non ?

"Oui, mais l’idée était venue de Johnny lui-même. Lors d’une soirée des César, il est venu me trouver et il m’a dit "Un jour j’aimerais être filmé par toi." Je ne l’avais jamais rencontré cet homme-là. J’ai adoré l’idée merveilleuse de ce personnage à la personnalité cabossée. Je me suis régalé. Réunir Johnny et Jean Rochefort, c’était joyeux. Filmer Johnny, ça m’a botté. Avec Rochefort, ce n’était pas la première fois."

Pour le coup, diriger Jean Rochefort en 1976 dans Les vécés étaient fermés de l’intérieur , ce n’était pas un bonheur, plutôt un cauchemar.

"Au départ, je trouvais que c’était une chance formidable puis ça a été un cauchemar en effet. C’était sans doute de ma faute. De la sienne aussi. (Jean Rochefort était allé jusqu’à demander aux producteurs de débarquer Patrice Leconte de ce tournage, jugeant qu’il était incompétent, NdlR.) . Mais quand on s’est retrouvés 12 ans après sur Tandem, notre histoire d’amour a commencé. On a fait sept films ensemble."

Mais votre premier bonheur de réalisateur, c’est Les Bronzés , non ?

"Je connaissais toute l’équipe du Splendid avant Les Bronzés. J’allais voir leur spectacle, ils avaient bien aimé mon premier film. On était assez copains, on est devenus très amis maintenant évidemment. Le vrai bonheur c’était sur le numéro 1. Mais curieusement, c’est sur Les Bronzés 3 que le bonheur était moins grand. Parce que beaucoup de pression, une très grande attente de ce film. Ce qui a donné une ambiance de tournage difficile à vivre. À l’arrivée, je suis ravi d’avoir fait le film mais ce n’est pas le tournage du 3 qui a été le plus heureux."

Vous aurez 70 ans le 12 novembre. Bonheur ou angoisse ?

"Les dizaines c’est toujours un peu chiant. Soixante-dix ans, ça commence à faire… Heu, mais écoutez quand j’ai eu 60 ans, je me suis dit "Oh la la c’est un cap terrible." Et puis, c’est passé. Je travaille, j’ai des idées, je suis en bonne santé. Ça va quoi. Je ne pourrais pas vous faire cette réponse optimiste si je n’étais pas en bonne santé. Un jour, vous me passerez un coup de fil et vous me direz : "Vous allez avoir 80 ans.""