Cinéma À 82 ans, il rayonne dans Un profil pour deux, qui sort en salle ce mercredi

Il n’est pas vraiment grand. Et plus blond du tout. Barbe blanche, lunettes rouge vif, baskets noires et 82 ans au compteur, Pierre Richard n’a rien perdu pour autant de son charisme. Dès qu’il sourit comme un garnement prêt à infliger un tour pendable, il redevient le Pierrot solaire qui fait se bidonner les amateurs de comédies depuis un demi-siècle. Et qui va à nouveau ravir ses fans à partir de mercredi dans Un profil pour deux en draguant sur les sites de rencontre en se faisant passer pour son jeune coach en informatique.

"La technologie me fout la trouille, lâche-t-il très sérieusement. Une des constantes de mes films, c’est l’inadaptation. Même dans ma jeunesse, j’étais inadapté. En pension, j’étais inadapté et en étant comédien, finalement, je suis toujours un peu marginal par rapport à ce métier. Je ne sais pas où je me trouve chez moi. Et j’ai un problème avec les objets. Les mails ont d’ailleurs disparu de mon téléphone tantôt…"

Votre personnage ne comprend pas qu’il ne soit pas aussi séduisant qu’un homme de 25 ans…

"Peut-être parce qu’il est inadapté justement. Certaines femmes sont plus sensibles à des hommes un peu paumés qu’à des types sûrs d’eux. C’est peut-être sa fragilité, sa distraction et le fait d’être drôle sans le savoir qui séduisent les femmes."

Sa fille se comporte un peu comme sa maman…

"Mes enfants ne me considèrent pas non plus comme un adulte. C’est eux qui me disent de faire attention ou quand j’exagère (rire) ! Parce que je ne bouge pas. Mon corps n’est plus aussi leste, mais je suis un adolescent attardé. Mon fils me demande d’ailleurs d’arrêter la moto : cela lui fait peur. Mais ma mère était comme moi. Elle était impayable. À 70 ans, elle est arrivée avec une voiture de sport dans laquelle elle avait du mal à entrer. Et, pour nous faire rire, elle faisait le grand écart !"

Francis Veber est persuadé que vous auriez pu apporter beaucoup plus à la réalisation.

"C’est mon seul regret. Mais est-ce que j’allais refuser le Grand Blond ou La Chèvre ? Je suis parti sur une telle spirale de succès que ma nature indolente, voire paresseuse, n’a pas été plus loin, alors que j’aurais pu prendre du temps pour faire mes films comme les trois premiers. Et cela me touche qu’il ait dit ça. Francis et moi, on a fait trois films ensemble. On n’est pas fâchés, mais il est parti en éteignant la lumière, sans claquer la porte. Et c’était terminé. J’ai évoqué mes souvenirs au théâtre, et il n’a jamais eu la curiosité de venir voir. J’ai presque envie de lui dire ‘merci’ pour ce qu’il a dit. Je suis ému par le bonheur. Il me fait pleurer. C’est tellement bon le bonheur. Comme avec Paris pieds nus . Abel et Gordon, c’est ma famille. Je suis un cousin de Tati, Woody Allen, Keaton ou Chaplin. Leur film est un ovni poétique, burlesque et drôle."

Vous incarnez l’optimisme…

"Je suis un pessimiste joyeux. C’est une défense. Le Distrait est une satire contre la publicité, que je hais. Les Malheurs d’Alfred , c’est sur la connerie des jeux télé qui abêtissent les gens. Cela ne me rassure pas sur l’humanité. Le Jouet , c’est sur les marchands d’armes qui dorment sur leurs deux oreilles alors qu’ils engendrent des millions de morts. C’est indigne, infâme. Je suis inquiet pour l’avenir de la planète et mes petits-enfants, mais je ne peux pas m’empêcher de m’accrocher à quelques coins de ciel bleu. Sinon, je serais déprimé."

Venir dans le pays de la bière en tant que viticulteur, c’est une sorte d’évangélisation ?

"Non. J’en vends beaucoup. Tenez-vous bien, on finira par ne plus boire de bière en Belgique, je suis en train d’anéantir le marché de la bière ( rire) ! Je viens tous les ans, même dans les villages reculés, et il y a toujours un monde fou."

Vous trouvez que le temps passe trop vite ?

"C’est sûr. Cela ne me fait pas peur mais m’ennuie. J’aurais aimé vivre 250 ans pour avoir le temps d’être champion de tennis, protéger les éléphants et les rhinocéros en Afrique. Je n’ai pas le temps : je pare au plus pressé. J’ai encore tellement de pays à voir. Je n’en ai vu que la moitié. Ce ne sont pas les paysages mais les gens qui m’intéressent."

Vous parlez bien les langues ?

"Oh non ! Il n’y a pas pire que moi, en langue. Ma femme est brésilienne. Cela fait 23 ans qu’on vit ensemble et je ne sais toujours pas parler sa langue. C’est aberrant. Je ne voyage jamais seul. Sinon je suis paumé tout de suite, dès que je ne connais pas la langue. Ma femme parle 4 langues. Je suis peinard. Les voyages, j’en ai tellement fait dans ma vie, et pourtant, je suis très stressé par les horaires. Du coup, j’arrive très en avance et comme ma femme arrive très en retard, c’est un combat perpétuel."

La ponctualité compte pour vous ?

"Ma mère m’a appris que l’exactitude est la politesse des rois et comme elle me prenait pour un prince… Alors que je suis bordélique comme ce n’est pas possible, je ne suis jamais en retard."

Vous auriez aimé être prince ?

"Non. Je préfère être un gueux. J’ai vu une série sur la reine d’Angleterre, mais jamais je ne voudrais être à sa place : elle n’est pas libre du tout, mais obligée de suivre des conventions établies depuis des siècles."