Cinéma

Dany Boon, Benoît Poelvoorde, François Damiens et Bouli Lanners : une belle brochette de fous furieux

BRUXELLES À l’exception des réunions de discussions sur les éventuelles bases de négociations en vue d’aboutir à la possible formation d’un gouvernement, classées hors catégorie, on n’a sans doute jamais vu une aussi belle brochette de fous furieux qu’hier aux abords de la Grand-Place de Bruxelles.

Alignés en rang d’oignons, Benoît Poelvoorde, Bouli Lanners, François Damiens et la plus discrète Julie Bernard tenaient lieu des indispensables cornichons accolés au morceau de résistance bleu-blanc et pas belge mais rouge, Dany Boon. Le tout servi sans frite en accompagnement, mais avec pas mal de salades  : contrairement à ce que laisse supposer le titre, les fins gastronomes de l’humour réunis à l’affiche de Rien à déclarer ont des choses à dire. Sur tout. Y compris, en guise d’entrée, sur l’absence de gouvernement.

Je pense qu’on pourrait faire rire aussi avec les clichés sur les Flamands et les Wallons, explique Benoît Poelvoorde, en grande forme. On est cons de ne pas le faire. On pourrait montrer un gros con de raciste qui fout la merde. Ce serait d’ailleurs le bon moment pour le faire. On a commencé le film de Dany au moment où le gouvernement a explosé. Je lui ai dit : Ce n’est pas possible, tu vas faire un film qui parle de la Belgique et, si ça tombe, au moment où on va le présenter, il n’y aura peut-être plus de Belgique. Cela va être marrant de parler d’un pays qui n’existe plus. Bon, il existe encore mais on n’a toujours pas de gouvernement ! Je trouve ça incroyable. En regardant le film, je me suis dit que c’était peut-être la dernière fois qu’on parlait du royaume de Belgique. Mon personnage est un connard absolu, il incarne l’abruti (tous les Belges ne sont pas comme ça dans le film) et cela va peut-être donner envie de se fédérer en se disant que, dans le fond, notre pays n’est pas vilain. Ruben est excessif, con, et ce n’est pas parce qu’il aime son pays qu’il doit en détester un autre, mais peut-être qu’il permettra de nous rassembler. Mais je ne me suis jamais dit qu’on allait se retrouver en promo sans gouvernement. On pourrait faire un film maintenant en riant de ça.

Plus tard, l’intarissable bavard promettra de faire une vision privée rien que pour Bart de Wever. “Juste pour voir si cela le fait rire. ” On donnerait cher pour assister à cette rencontre…

D’autant que Benoît Poelvoorde a manifestement pris le goût des armes. “Un jour, un petit garçon m’a demandé si je tire vraiment dans le dos des gens. C’était culotté de commencer comme ça. Au début, c’est hard : il dézingue assez vite. Cela faisait longtemps que je n’avais plus pris un flingue. Et je dois dire que j’y ai pris un certain plaisir…

Sans doute bien moindre que celui qui l’a envahi lors de la tournée des cafés de la région de Chimay en compagnie de Bouli Lanners et de François Damiens. Cette seule évocation suffit à le faire rire de bon cœur.

J’avais juste une connerie à dire , ajoute François Damiens. Les tournages de Dany sont tellement bien organisés qu’on termine souvent plus tôt. Un après-midi, on avait fini vers 15 h, et nous sommes partis, Bouli, Benoît et moi, faire un petit tour sur les petites routes de campagne. On rentrait à chaque fois dans un petit café. On buvait une bière. Dans le premier, le patron était tout seul. Il se sert une bière, puis passe de l’autre côté et la boit ! C’est aussi ça la fin de la frontière : ils seront bientôt partis, ces cafés-là.

Il y a une réserve de bistrots assez hallucinante au monde , ajoute Bouli Lanners, en évoquant la région de Chimay. D’habitude, on trouve une perle, et là, c’était trois par jour. Il faut les faire classer par l’Unesco. Ce sont des poches de résistance au temps qui passe, des machines à remonter dans le temps. Respect.

La complicité entre eux est évidente. Chaque réponse se termine par un éclat de rire. “Bouli et moi, on a déjà tourné 8 fois ensemble. Avec François, on est aussi très amis. On se voit plus dans la vie que dans les films. Maintenant, on a ouvert notre cercle d’amis en autorisant un Français… Pour nous, les Belges, c’est un cadeau magnifique. Quand on m’a dit le casting, je vous assure que c’est vrai, j’ai dit : Et en plus, ils vont nous payer ! Tu le crois, ça ? On nous réunit pendant trois mois : gratos, on l’aurait fait !



© La Dernière Heure 2011