Cinéma

Spike Lee réveille la Croisette et les consciences avec Blackkklansman.

Blackkklansman, c’est l’événement qu’on attendait sur la Croisette. Un film politique au vitriol, truffé de moments très drôles, voire surréalistes.

Et pour cause : Spike Lee y décrit l’histoire vraie de Ron Stallworth (incarné brillamment par John David Washington, le fils de Denzel), un policier noir qui devient chevalier du Ku Klux Klan en infiltrant l’organisation avec un collègue (Adam Driver) dans les années 70.


“En écrivant le scénario, on savait qu’il fallait tisser un lien entre ce qui s’est déroulé dans les années 70 et ce qui se passe de nos jours”, explique Spike Lee. Qui trace le parallèle entre les discours du KKK et ceux de Donald Trump (“Il faut rendre sa grandeur à l’Amérique” ou “L’Amérique d’abord”, par exemple). Son film se termine en effet avec ses discours, mais aussi la mort d’une militante antiraciste, écrasée par un sympathisant d’extrême droite à Charlottesville. “Je n’avais pas prévu de diffuser ces images, mais Suzanne Bro, la maman d’Heather Heyer, qui s’est fait écraser, nous a donné son autorisation. Il fallait montrer cette scène horrible, parce que c’est un meurtre. Et il y a ce type à la Maison-Blanche, dont je ne veux pas prononcer le nom, cet horrible personnage n’a pas dénoncé le Klan. Il aurait pu dire au monde entier que nous méritons mieux que ça. On parle de démocratie, mais elle ne fonctionne pas aux USA, ce pays bâti sur le génocide des peuples premiers et sur l’esclavage. C’est un fait. On attend de nos chefs qu’ils nous montrent le chemin, mais les hommes politiques disent n’importe quoi. Il faut se réveiller.”

Lui l’est parfaitement. En pleine forme. À 61 ans, il n’a rien perdu de son mordant. Ni de sa confiance. “Je pense que ce film fera date. Il y a beaucoup de choses terribles qui se passent aux USA et qu’on raconte dans ce film. Lors des manifestations, avec les poings levés, les bras tendus et des bâtons, on se croirait en pleine guerre civile. Mais il ne faut pas croire que cela ne se produit qu’en Amérique. C’est un problème mondial. Ce type à la Maison-Blanche possède les codes nucléaires. Il peut déclencher une guerre atomique à tout moment. C’est pour ça que ce film est un appel à l’éveil des consciences.”

Et de lancer un dernier appel à la résistance : “Le monde marche sur la tête. On a trop tendance à rester passif. Il faut agir, tenir son rôle de témoin. Regardez ce qui se passe chez vous, avec les musulmans ou les immigrés. Nous savons tous faire la différence entre le bien et le mal. Face au mal, il faut élever la voix. Ne pas rester à rien faire, ne rien dire. Ce film cherche à faire triompher la justice et réveiller les consciences partout dans le monde. Pour moi, il est donc porteur d’espoir.”

Et d’une jolie dose d’humanité ou d’humour. La première grosse sensation d’un festival assez calme jusque-là.