Un Batman d’anthologie !

Alexis Carantonis Publié le - Mis à jour le

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Cinéma

The Dark Knight Rises , entaché par la fusillade mortelle d’Aurora, sort ce mercredi. Pour sûr, tout va s’embraser

BRUXELLES Huit ans. Huit ans que Gotham City, flouée par le sacrifice de Bruce Wayne/Batman (Christian Bale), prend, à tort, le chevalier noir en horreur, et Harvey Dent, le procureur qui avait viré Double-Face, en héros. Une ville entière trompée mais heureuse, fière de pouvoir clamer que la criminalité s’est presque éteinte : la mort de Dent a rimé avec l’application d’un paquet de lois ultrarépressives faisant croupir la vermine de Gotham au frais. Elle n’est pas la seule à se terrer : Bruce Wayne, rongé par la dépression d’avoir perdu sa chère et tendre en même temps que l’utilité de se grimer en chauve-souris, fait pareil, enfermé à double tour dans son manoir, où la rumeur le dit défiguré et souffrant. Mais, diantre, Wayne ne fait qu’être “le héros dont Gotham avait besoin…”

Le bémol, mais seuls Bruce Wayne et l’inspecteur Gordon le savent, c’est que cette période idyllique est fondée sur un immense mensonge. Et que le risque, avec ce genre de procédé, c’est qu’il finit toujours par vous exploser à la figure au moindre soubresaut. Et ils arrivent, nombreux. Si le Joker a quitté ce bas-monde, Bane, sorte de Hulk sous oxygène et EPO dénué de tout sentiment, revient faire planer le spectre du chaos sur Gotham. Bon an mal an, il va bien falloir que Brucie se remémore l’emplacement du tiroir secret, dans la Batcave, où il avait planqué ses joujoux… dont un nouveau jet particulièrement bienvenu.

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NOTRE AVIS. 2h44. Autant savoir, s’injecter en intra-oculaire l’épilogue de la trilogie Batman selon Christopher Nolan vous prendra bien l’après-midi. Mais ce pourrait bien être l’une des après-midi cinématographiques les plus épiques de votre vie. Pourtant, en soi, avec sa bat-trilogie , Christopher Nolan, dont on ne cessera jamais d’écrire à quel point sa capacité à rendre les blockbusters intelligents nous impressionne, fait toujours le même film. Un homme plus qu’un héros venant au secours d’une société qui ne le mérite pas forcément, menacée par un être inhumain qui trouve sa jouissance dans le seul chaos. Le regretté Heath Ledger en inoubliable joker s’y collait dans The Dark Knight ; c’est Tom Hardy (Inception , Warrior ) qui s’en charge dans la peau de Bane, ici, à échelle encore plus grande (tout Gotham est menacé d’y passer). Même si sa performance n’égale pas celle d’Heath Ledger, il a le mérite, par son jeu physique et les seules expressions de son regard ainsi que par le timbre dissonant de sa voix, d’apporter un charisme indéniable au supervilain.

À côté de cette lutte entre Bane et Batman, on notera la justesse avec laquelle de nouveaux personnages sont introduits à Gotham. Si vous attendiez d’Anne Hathaway, Princesse malgré elle mais Catwoman selon son bon vouloir, une performance équivalente à celle de Michelle Pfeiffer il y a 20 ans et bien des fantasmes d’ici, vous pourriez être déçu. Moins féline, moins ronronnante et sensuelle, elle affiche un profil plus athlétique, plus badass . Une partition détonante, mais assurément réussie. Tout comme celle, dans un registre plus discret, de Marion Cotillard dans la peau de la milliardaire Miranda Tate, bien plus cruciale que ce que les deux premières heures du film laissent à penser. Idem pour Joseph Gordon-Levitt, flic au sens de la justice plus droit qu’un manche à balai, qui prend le relais de Gordon sur le terrain et de… chut, là, on risque d’en dire trop.

Le plus bluffant dans la relecture de Nolan, c’est la maîtrise totale avec laquelle il parvient à faire monter son film en intensité – malgré quelques longueurs et scènes téléphonées – multipliant les points de vue et les enjeux, mariant à la perfection réflexion sociétale, sens de l’héroïsme, émotion et grand spectacle. Premier allergique aux effets gadgets numériques, ses effets spéciaux tiennent plus de la cascade que de Photoshop et cela se sent tout le long du film, qui sonne étrangement vrai.

Terrorisme, crise financière, humanité au pied du mur et confrontée à sa propre férocité, les thèmes conducteurs du réalisateur font à nouveau mouche. Ce Batman, le dernier du tandem Nolan-Bale (même si la fin est moins définitive qu’on ne le pensait) n’est pas un film de super-héros, c’est un thriller d’action sombre, intelligent, à la puissance de frappe pachydermique, épique, anthologique. Faisant passer les productions Marvel pour des sucreries pour enfants américains retardés.

À voir absolument, de préférence après s’être regavé les mirettes de Batman Begins et de The Dark Knight .

The Dark Knight Rises

Action, thriller, superhéros

Réalisé par Christopher Nolan

Avec Christian Bale, Anne Hathaway, Marion Cotillard, Tom Hardy, Joseph Gordon-Levitt, Michael Caine, Morgan Freeman,…

Durée : 2h44



© La Dernière Heure 2012
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