Cinéma Look à la Alain Delon dans Borsalino : Vanessa Paradis a envoûté le Fiff mecredi soir lors de la première de Chien.

"Ma peau me brûle, je perds mes cheveux, mes ongles jaunissent. Tu veux en connaître la cause, Jacques ? C’est toi. C’est une blanchoïte aiguë. Ça te fait plaisir de savoir que cette maladie porte ton nom ? Il n’existe aucun traitement. Alors, il faudrait que tu partes. Maintenant. Cela commence à me gratter."

C’est par cette réplique doucereuse de Vanessa Paradis, les yeux cernés de noir et les mains qui n’arrêtent pas de griffer sa peau pendant qu’elle vire son mari de chez elle, que s’ouvre Chien, une fable grinçante et surréaliste sur la déshumanisation d’un homme qui perd tout (femme, enfant, maison, travail), présentée mercredi à Namur. Une œuvre assez déroutante, qui voit le malheureux Jacques Blanchot (Vincent Macaigne, tout en regards affectueux) se faire littéralement traiter comme un chien par un dresseur adepte de l’électrocution campé par Bouli Lanners.

"Une merveille de film, avait expliqué Vanessa Paradis dans une de ses rares interviews avant de venir chez nous. Il propose quelque chose de tellement différent. Il y a de la poésie, il y a de la profondeur, il y a de la tendresse, il y a le tragique. Cela donne toujours une œuvre extrêmement tendre sur l’humanité."

Des propos qu’elle a quelque peu approfondis lors d’une rencontre avec le public à l’issue de l’avant-première namuroise, mercredi soir. Look à la Alain Delon dans Borsalino, chapeau de gangster au-dessus d’une gabardine grise des plus élégantes, c’est d’une voix fluette qu’elle a tenté de partager son enthousiasme. "Quand j’ai reçu le scénario, dès la première page, j’ai été conquise par l’histoire et l’envie de faire un film comme ça. C’est tellement fort, différent de ce qu’on a l’habitude de tourner, que j’étais vraiment heureuse d’y participer. Je suis arrivée la dernière semaine de tournage, alors qu’ils en avaient déjà fini avec les chiens, l’hiver, les cages, et j’ai été accueillie comme une princesse. C’était merveilleux. Vincent Macaigne est un acteur extraordinaire et Samuel Benchetrit fait du grand et vrai cinéma."

Point de vue qu’elle développe joliment en coulisses avec notre excellent confrère de L’Avenir, Michael Degré. "Je trouve que le personnage de Vincent est un héros. Car supporter tout ce qu’il endure dans le film et garder de la compassion pour les autres, qui le font souffrir terriblement pourtant, c’est extraordinaire. C’est très rare."

Un sourire laisse apparaître ses dents du bonheur, puis elle poursuit : "Ce film montre plein de gens qui sont finalement comme nous tous, égoïstes. On veut défendre sa vie son travail, son avenir, on est dans une société qui nous apprend à consommer, à prendre. Et en face, on a ce Jacques Blanchot qui accepte tout ça. Et évidemment, la métaphore du chien est incroyable : on te traite comme un chien. Mais lui est rempli de tellement d’amour et d’humanité qu’il ne juge pas. Je trouve ça héroïque."


Productrice de films porno gay

Absente des grands écrans depuis la sortie de Sous les jupes des filles, en 2014, Vanessa Paradis semble décidée à rattraper le temps perdu. Avec des rôles pas toujours très longs, mais souvent aussi hauts en couleur que celui de cette épouse qui abandonne son mari comme une maîtresse indélicate son chien au bord de la route avant de partir en vacances.

Dans la nouvelle réalisation de Guillaume Gallienne, Maryline, elle incarne la mère alcoolique d’une jeune provinciale naïve qui tente de devenir actrice à Paris. L’occasion pour Vanessa Paradis de rendre hommage à Jeanne Moreau.

Puis, changement de registre complet pour elle avec Frost, drame lituanien dans lequel elle devient journaliste. Dans Big Bang, elle se transformera ensuite en statue pour touristes. Et dans L’angle mort en compagne de l’homme invisible. Mais le rôle le plus étonnant est celui qu’elle tiendra dans Un couteau dans le cœur : celui d’une productrice de films porno gay.

Fameux programme.