Divers Ary Abittan nous a reçu en Espagne, où il a passé ses vacances en famille. L’occasion de parler de son métier et de ses envies.

Ary Abittan incarne la joie de vivre. L’humoriste comédien fait craquer la nouvelle génération avec ses spectacles. Aussi efficace devant un public que sur la grande toile blanche du cinéma, l’enfant de Sarcelles nous a reçu en vacance, en exclusivité, en Espagne pour parler de ses vacances, de son enfance et de sa détermination à réussir dans le métier. Quelques jours après l’attentat de Barcelone, il se souvient également du Bataclan, un soir de novembre 2015…

Quel impact les attentats ont-ils eu sur vous ?

"Ce sont des choses qui me font peur ! Qui me font énormément de peine. Ce sont des choses que je ne comprends pas. J’ai envie de leur dire Assez ! Ça suffit ! Ce qui arrive est complètement fou. C’est triste ! Nous vivons une époque difficile mais nous aspirons tous à la même chose : vivre heureux et ensemble."

Les vacances se terminent. Vous êtes en forme ?

"Très en forme. Et puis, comme tout le monde, j’aime les vacances. Mon métier qui est très passionnant et qui me prend beaucoup de temps demande une grosse dépense d’énergie. En même temps, je me sens ailleurs en vacances. Mais j’aime tellement mon métier qu’au bout de quelques jours, ce bonheur me manque."

À ce point ?

"Oui, distraire, faire rire, faire voyager les gens, que ce soit lorsque je suis sur scène ou au cinéma, est un immense plaisir. Mais il est important de savoir s’arrêter pour récupérer et se ressourcer afin de revenir gonflé à bloc. J’aime beaucoup me retrouver face à la mer. Être à la plage, bien manger et profiter du soleil. Ça, ce sont mes vacances idéales."

Vous êtes un enfant des banlieues. Et plus exactement de Sarcelles. Aujourd’hui, vous y retournez ?

"Oui, régulièrement. Mes parents habitent toujours à Sarcelles. Et là, je revois le petit Ary Abittan d’avant. Lorsque j’avais 10 ans, avec déjà la grande envie de faire rire les copains. J’ai des images qui me reviennent directement en tête. Des images qui sont gravées à jamais dans ma mémoire."

Si aujourd’hui, vous deviez revoir le petit Ary Abittan, quels conseils lui donneriez-vous ?

"Ne t’inquiète pas ! Ne t’angoisse plus ! Ton travail et ton acharnement paieront un jour."

Quel est votre regard sur la banlieue d’aujourd’hui ?

"Moi, la banlieue m’a tout donné. Sarcelles m’a beaucoup apporté. C’était un bonheur de vivre. Un beau mélange culturel où toutes les religions se mélangeaient. C’était un bonheur de se charrier entre potes et sans filtre parce que tout était sincère. Rien n’était méchant. On se marrait avec tout le monde et jamais contre tout le monde."

Donc, pour vous, la banlieue ce n’était pas l’enfer. Il y avait des problèmes de religions comme on en connaît aujourd’hui ?

"Non ! Vraiment pas. Et nous n’avions pas de souci avec les différentes religions. Il n’y avait pas d’Arabes, de Juifs, de Chinois, de musulmans, de Français, d’Africains mais uniquement des amis qui aimaient se marrer entre eux. On se charriait toujours dans la bonne humeur. Et puis, je trouve que ce mélange multiculturel, c’est la force de notre société. On ne doit pas avoir peur de ça. Bien au contraire, c’est une force avec laquelle il faut vivre tous ensemble

Vous assumez le fait de venir d’une banlieue ! Comme un autodidacte qui a réussi ! C’est une fierté pour vous ?

"Vous savez, je pense que les plus grandes réussites viennent souvent des gens qui ont vécu dans des endroits parfois compliqués. Je me répète mais j’ai adoré vivre là-bas. Et j’ajouterais qu’il ne faut pas s’apitoyer sur son sort. Bien au contraire, les choses viennent si vous avez vraiment envie qu’elles viennent. Et ceci peu importe d’où vous venez. Ensuite, la banlieue c’est une belle école de la vie mais aussi une double motivation de vouloir apprendre et avancer dans la vie. Moi, c’était l’art."

Mais avant de devenir un humoriste et un acteur connu, avez-vous connu des fins de mois difficiles ?

"J’ai connu des débuts de mois difficiles. Ce n’est pas pareil mais cette galère ne fut que du bonheur car elle m’a donné cette envie de réussir. Je me suis accroché. J’ai eu des moments où j’ai voulu tout arrêter. J’ai été chauffeur de taxi pour pouvoir payer mes cours de théâtre. J’ai joué dans des bars. Ça vous forge !"’

Mais vous étiez déjà père de famille ! L’angoisse a dû alors être omniprésente ?

"Oui, c’est vrai mais j’en voulais tellement que je me suis accroché. Croyez-moi, on ne peut pas s’imaginer la difficulté qui était omniprésente dans ma tête. Être père c’est une responsabilité. Je devais subvenir aux besoins de mes trois enfants. Heureusement, j’ai pu le faire. J’ai eu la chance d’avoir une famille autour de moi qui m’a beaucoup aidé."

Quel message transmettre à un jeune qui veut s’en sortir ?

"Ne Lâche rien ! Vas au bout ! Mais je pense que ceux qui ont envie de s’en sortir s’en sortent déjà. J’ai envie de leur dire que tout peut arriver et qu’à un moment donné, si ça freine un peu, c’est que tout va bien. C’est normal que ça freine à un moment donné. Par contre, celui qui n’a pas l’envie récoltera plus tard ce qu’il a semé. Dans la vie, il faut travailler. L’apprentissage est très important. Faire et refaire ce qu’on sait faire. Créer. Enfoncer notre clou à nous. Et surtout, ne jamais enfoncer le clou des autres.

À quoi avez-vous dû renoncer pour accomplir votre rêve ?

"À beaucoup de choses. Mais finalement, ça en valait la peine. Je fais le métier que j’aime par-dessus tout. Et en plus, le bonheur à mes yeux, c’est aussi cette indépendance.

Vous êtes père de trois enfants. Demain vous fait-il peur ?

"J’évite de penser à demain. J’évite de penser à ce qui s’est passé. J’essaye de donner le meilleur au présent pour faire en sorte que le futur soit meilleur. Il ne faut pas vivre dans la peur même si demain n’est pas évident."

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