Baptiste Lecaplain : «Je n’ai pas envie d’avoir l’image du rigolo qui passe à la télé»

Pierre-Yves Paque Publié le - Mis à jour le

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Avec l’humoriste et comédien français, révélé dans Vendredi tout est permis chez Arthur, tout n’est justement pas permis.

« J’ai arrêté la télé car j’en ai trop fait avant, confesse Baptiste Lecaplain qui sera en spectacle -Origines- ce jeudi à Bruxelles. Et comme je fais de la scène, de la radio (Les Grosses Têtes avec Laurent Ruquier Ndlr.) et un peu de cinéma aussi sur le côté (on l’a vu dans Nous York ou encore Les ex avant trois autres films en 2018, Ndlr.), j’ai un agenda très chargé. J’ai aussi envie de voir grandir ma fille, je n’ai donc plus envie de passer trop en télé. J’en ai fait beaucoup avec Arthur avec qui j’ai déjà d’autres projets. Le problème avec la télé est qu’on s’impose aux gens. Moi, j’aime assez bien la démarche que, si vous avez envie de me voir, venez plutôt au théâtre ou au cinéma. »

L’humoriste de 32 ans évoque ce côté à double tranchant de la télévision. « Je n’ai pas envie d’avoir l’impression de fatiguer ou user les gens. A la télé, c’est flagrant comme il s’agit d’un accélérateur de notoriété. Dans un sens comme dans l’autre. C’est bien de respirer un peu aussi. En France, c’est moins le cas ici en Belgique, si vous faites beaucoup de télé, les gens ne viennent pas forcément vous voir pour votre travail mais plutôt parce qu’ils veulent venir voir le mec qu’ils ont vu à la télé! Je préfère donc partir en tournée et que les gens viennent me voir suite au bouche à oreille. Car ils ont aimé mon spectacle. Pas parce que je fais le rigolo à la télé ou chez Arthur. Je n’ai pas envie d’avoir cette image là. »

D’où vient votre amour pour les animaux qui parlent ?

« De Walt Disney je crois. Faire parler les animaux projette les gens de suite dans un truc enfantin, qu’ils connaissent. Dans le premier spectacle, je le faisais beaucoup. Je m’étais dit que, dans le deuxième, je le ferais moins. Et, en fait, c’est encore pire ! Je n’ai aucun contrôle là-dessus. Cela doit venir de ma solitude d’enfant. J’avais un imaginaire très développé quand j’étais enfant. J’étais très solitaire. Pas seul mais solitaire. Je ne savais pas comment matérialiser sur scène le fait que je faisais des voix dans ma tête. Quand un animal parle, c’est absurde. Comme notre imaginaire d’enfant. Ado, je me parlais tout seul. Encore aujourd’hui, après le spectacle, sous ma douche, il m’arrive de continuer des impros (sourire)! »

A ce propos, faire rire: cela est-il inné ou ça s’apprend dans une école?

« Ce sont les deux. Même si cela peut plus s’apprendre. Tout se joue à la virgule. Car des mecs peuvent être drôle dans la vie mais pas forcément sur scène. C’est là que ça devient un vrai travail. Parfois, il faut longtemps pour trouver son clown. Moi, en plus de bégayer quand j’étais jeune et d’être plutôt timide, j’ai mis pas mal d’années à trouver le mien. Pour savoir si je me plaisais sur scène et pour parler de choses intimes. Les meilleurs sketches viennent souvent de frustration et de colère. Faut qu’il y ai un vrai sentiment authentique qui naisse. Faire juste des sketches, ça ne marche pas. Faut donc avoir un truc inné quand même, même si j’avoue qu’il faut être fou pour monter sur scène. »

Vous serez bientôt à l’affiche de trois autres films, deux comédies romantiques et une comédie dite « de mecs ». Acteur, est-ce complémentaire dans la vie d’un humoriste?

«Tout à fait! Car on ne peut pas faire de la scène tout le temps. C’est trop épuisant. Puis, il faut renouveler sa créativité aussi. Je suis très ami avec Florence Foresti, par exemple. Elle attend avant de revenir sur scène car elle n’en a aucune envie. Elle n’a rien à dire. Faut pas se forcer, la scène doit être un endroit où tu te sens très heureux. Faire des pauses et le cinéma permet ça. En tournée, on est seuls aussi paradoxalement. Je suis au service de quelqu’un au cinéma, donc ça fait du bien. »

Qu’en est-il du film sur Bref, la série avec laquelle vous avez participé avec Kyan Khojandi?

« Il y avait une idée de scénario, on attend. Mais il est vrai que c’est un challenge énorme. L’attente aussi. C’est un exercice périlleux de transformer Bref en long métrage. Mais Navo et Kyan ont assez de talent. C’est une très belle aventure et ce serait con de tout gâcher en y allant trop vite! » - Interview > Pierre-Yves Paque


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