Divers Bernard Yerlès, Alain Leempoel et Bernard Cogniaux : des amis mis à rude épreuve dans Nos femmes d’Eric Assous.

Serait-on prêt à tout par amitié ou celle-ci aurait-elle des limites ? Voilà des questions auxquelles vont être confrontés Simon, Paul et Max, trois amis liés par un horrible secret. Alors qu’ils s’apprêtent à passer une soirée tranquille à trois chez Max, Simon débarque catastrophé au domicile de son ami : il vient d’étrangler sa femme Estelle suite à une dispute. Que peuvent faire ses amis ? L’aider à lui fournir un alibi ou le dénoncer à la police ?

Pour reprendre Nos femmes, magnifique pièce d’Eric Assous, trois mecs, amis qui plus est. Un défi de taille à relever mais surtout l’occasion pour Alain Leempoel, Bernard Cogniaux et Bernard Yerlès de se retrouver enfin à trois sur scène. "Il y avait une volonté commune de se retrouver sur un plateau ensemble. Avec Bernard Cogniaux, on se croisait assez souvent mais jamais avec Bernard Yerlès. On a mis un certain temps à ce que nos agendas correspondent mais on y est arrivés", nous explique Alain Leempoel, metteur en scène de la pièce qui sera jouée du 13 septembre au 8 octobre au Théâtre des galeries de Bruxelles.

Votre amitié dure depuis bien des années. Où vous êtes vous rencontrés ?

Bernard Yerlès : "On se connaît parce qu’on est de la même génération. Eux ont fait le conservatoire, moi l’Insas. Je me souviens d’ailleurs que mon amoureuse de l’époque avait joué dans la pièce de Bernard (Cogniaux, NdlR) . Puis, ce qui nous a vraiment rapprochés, c’est le foot. C’est vraiment là où on se croisait le plus souvent et où on est devenu potes."

Comment vous êtes-vous répartis les personnages ?

Alain Leempoel : "On a fait des essais de lecture, exprimé chacun nos désirs. On s’est réparti les rôles en fonction de la cohérence de nos personnalités, des personnages qu’on s’amuserait à faire."

Bernard Cogniaux : "On se retrouve quand même dans tous les personnages."

Bernard Yerlès : "Comme je le dis toujours : il faut aller vers le personnage et laisser le personnage venir à soi. Chacun d’entre nous à des affinités ou des traits de caractère qui ressemblent à ceux de son personnage mais d’autres qui sont à mille lieux de nous."

On peut lire cette pièce de plusieurs façons…

Alain Leempoel : "Oui mais le vrai sujet de la pièce, c’est tout de même la mise à mal de l’amitié des trois amis par un élément de l’extérieur. Jusqu’où va l’amitié ? Est-ce qu’on peut couvrir tout par amitié ? Ce sont les questions que se posent nos personnages. Ce sont également trois hommes qui parlent de leurs femmes et on ne vous apprend rien en disant qu’un homme ne parle pas d’une femme de la même façon avec ses amis que lorsqu’une présence féminine est là. Il y a un côté vestiaire de foot et un petit manque de maturité dans la manière de s’exprimer. On a souhaité avoir un regard féminin sur la pièce, c’est pour cela qu’on a demandé à Isabelle Paternotte d’être mon assistante pour la mise en scène. On lui demande donc si à certains moments on est assez machiste, si on dégoûte bien !" (rires)

Bernard Cogniaux : "C’est une pièce avec beaucoup plus de questions que de réponses, je pense. Outre le fait de nous interroger sur l’amitié, elle nous questionne également sur la relation hommes-femmes."

Bernard Yerlès : "Quand on regarde bien, Simon, Max et Paul sont trois hommes finalement incomplets. Il y a de grands vertiges chez chacun d’entre eux. C’est une des choses qui m’a plu dans cette pièce d’Eric Assous qui est un auteur très joué en France. J’ai remarqué qu’il y avait un nombre incalculable de productions amateurs de Nos femmes . Cette pièce parle vraiment aux gens."

Vos propres compagnes, vont-elles venir voir la pièce ?

Alain Leempoel : "Oui, bien sûr et on aura droit à une longue discussion après !" (rires).

Comprenez-vous les comportements de vos personnages ?

Alain Leempoel : "Oui, tout à fait. La première chose à faire, je pense, c’est de défendre nos personnages. On doit chercher les raisons qui les ont poussés à faire ce qu’ils ont fait ou à dire ce qu’ils ont dit."

Répéter une pièce entre amis, ça facilite les choses ?

Alain Leempoel : "Oui parce qu’on se dit ouvertement les choses. Il n’y a pas de filtres. Il y a une facilité à diriger l’autre mais également à recevoir son commentaire."

Bernard Yerlès : "On a beaucoup de respect pour le partenaire, l’ami. On est à l’écoute les uns des autres. Personnellement, j’aime travailler comme ça. "

Est-ce que cette pièce ressemble trait pour trait à la version originale ou êtes-vous sortis des sentiers battus ?

Alain Leempoel : "Un peu. On a également été chercher quelques trucs présents dans le film tiré de la pièce d’Eric Assous. On ne voulait cependant pas casser l’image qu’on a auprès du public en donnant une distance trop importante aux personnages. Le sujet de la pièce tourne tout de même autour de la violence d’un homme sur une femme. On ne peut donc pas raconter n’importe quoi !"

Que voulez-vous que le public retienne en sortant de la salle ?

Bernard Yerlès : "Que les gens s’identifient tout de suite à cette grande discussion et qu’ils aient l’impression que tout ça pourrait leur arriver. Aussi, qu’ils se demandent ce qu’ils feraient à la place de ces trois amis. Est-ce qu’ils tenteront d’aider leur ami en lui servant d’alibi ou est-ce qu’ils lui diraient de se rendre."

Bernard Yerlès, vous qui êtes, pour le moment, très prisé sur le petit écran (La saison 2 de La vengeance aux yeux clairs reviendra sur La Une début 2018), cela vous fait quoi de revenir au théâtre ?

Bernard Yerlès : "C’est plus qu’une bouffée d’oxygène, c’est revenir aux fondamentaux. Je suis né au théâtre, ça m’a formé. J’ai toujours voulu en faire. L’idéal, c’était de passer de l’un à l’autre."