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SYDNEY Marsupial emblématique de cette île du sud-est de l'Australie, le diable de Tasmanie, qui a déjà disparu du continent, est aujourd'hui menacé d'extinction totale par une forme rare et mal identifiée de cancer.

D'une taille maximale d'environ un mètre, le diable de Tasmanie est un marsupial nocturne, qui vit dans des terriers et qui est difficile à apercevoir dans l'obscurité compte tenu de sa toison proche du noir.

Muni de puissantes mâchoires, il se nourrit d'oiseaux, de rongeurs, de lézards ou encore de serpents. Il sent mauvais, a un caractère de cochon et, à la nuit tombée, émet des cris qui font froid dans le dos.

De quoi amplement mériter son patronyme de diable.

L'animal est malgré tout devenu, au cours des dernières années, l'emblème bien aimé de la Tasmanie, seul endroit au monde où il survit.

On le trouvait jadis partout en Australie mais le diable a été la proie des dingos (chiens sauvages), puis, au début du 19e siècle, les colons lui ont asséné le coup de grâce, compte tenu des ravages de ce marsupial dans les poulaillers.

Il y a une dizaine d'années, on recensait 150.000 diables en Tasmanie mais près de la moitié d'entre eux a désormais disparu à cause d'une tumeur faciale due à un cancer, qui se développe à une telle vitesse que les scientifiques craignent aujourd'hui pour la survie de l'espèce.

Au terme d'une année de recherche, une équipe de vétérinaires et de pathologistes n'est pas encore parvenue à identifier précisément le mal. Des écologistes pensent que leur nourriture est peut-être empoisonnée par des pesticides ou d'autres types de polluants.

Les scientifiques jugent cette hypothèse possible mais penchent plutôt pour une forme de cancer complexe et contagieuse, que les animaux se transmettraient lorsqu'ils se disputent une proie.

«Au cours des 12 derniers mois, nous avons fait des progrès dans la détermination de la structure génétique de la maladie, mais nous n'avons encore aucun indice sur ce qui pourrait provoquer ce mal», a déclaré à l'AFP Alistair Scott, directeur du groupe de recherche du gouvernement de Tasmanie.

«On pense qu'environ la moitié de la population, c'est-à-dire environ 75.000 animaux, a disparu», a-t-il ajouté.

Trevor Cuttriss, gérant du zoo d'Hobart, capitale de la Tasmanie, a pour sa part indiqué que les 90 diables présents dans des zoos et des parcs naturels n'étaient jusqu'alors pas touchés par la maladie et qu'ils pourraient jouer un rôle déterminant dans la survie de l'espèce.

M. Cuttriss construit actuellement une structure métallique de 17 mètres de haut et de 30 mètres de large à l'effigie du diable de Tasmanie, pour attirer l'attention des visiteurs de son parc sur les menaces qui pèsent sur l'animal et collecter des fonds pour aider à le sauver.

© La Dernière Heure 2005