Divers La jeune actrice est éblouissante dans Irma la Douce, la nouvelle comédie musicale de Jérôme Savary

ENVOYÉ SPÉCIAL EN FRANCE BRUNO DEHENEFFE

PARIS La dernière fois que nous avions croisé la p(o)ulpeuse Clotilde Courau, c'était l'été dernier dans les salons feutrés du Westminster, palace mythique du Touquet où la (re)belle et talentueuse actrice au sourire dévastateur achevait le tournage de Embrassez qui vous voulez mis en scène par Michel Blanc. Les yeux cernés par une grosse fatigue témoignant d'un agenda démentiel, la jeune comédienne qui fit ses premiers pas au cinéma sous la direction de Jacques Doillon dans Le petit criminel - avant de donner la réplique à Vanessa Paradis dans Elisa et à John Malkovicth dans une pièce de théâtre A slip of the tongue jouée à Londres et à Chicago - n'a pas chômé depuis son séjour sur la côté d'Opale.

Univers de caïds et de macs

Tout en enchaînant trois nouveaux tournages, Clotilde Courau a repris depuis début octobre Irma la douce dans l'amphithéâtre magique de l'Opéra comique à Paris où elle triomphe chaque soir devant un public subjugué par une voix à faire pâlir toutes les Hélène Ségara. Un nouveau succès pour Jérôme Savary qui, sans bénéficier de la surmédiatisation de bulldozers commerciaux tels que Notre-Dame de Paris, Roméo et Juliette ou encore Les dix commandements, revisite avec brio et audace une des oeuvres-phares du café-concert de l'après-guerre signée Alexandre Breffort.

`Au théâtre national de Chaillot, le rideau s'était refermé au bout de 60 représentations. L'expérience fut si géniale que j'ai eu envie de jouer les prolongations malgré un planning très chargé. Je me suis dit que des tas de gens n'avaient pas vu le spectacle tout en sachant qu'une telle aventure extracinématographique est rare dans une carrière d'actrice. On a franchi la barre des 200.000 entrées alors qu'il restait une trentaine de dates´.

Sur la scène de l'Opéra comique, soutenue par un orchestre de grande classe puisant dans le répertoire de Monnot, déchirante compositrice des plus jolies chansons de Piaf, Clotilde Courau ne fait pas que pousser la chansonnette. A l'instar de la troupe de brigands qui gesticulent dans ses talons - d'excellents comédiens sortis tout droit d'un film d'Al Capone - Irma se déhanche, arpente la scène de long en large, roucoule et danse frénétiquement au coeur d'un décor urbain amovible évoquant le Pigalle de la belle époque, défie les lois de la pesanteur en se livrant à de spectaculaires pirouettes dans les bras de son prince charmant, Nestor le Fripé, magistralement interprété par Arnaud Giovaninetti qui, en se dédoublant en mec et en mac au look de Borsalino, provoque d'irrésistibles quiproquos dans la peau de ce personnage schizophrénique. En veuve noire coiffée d'un béret rouge ou flanquée d'un peignoir à fleurs laissant entrevoir des porte-jarretelles, l'affriolante Irma use de ses charmes, instaurant un parfum d'érotisme dans ce monde de brutes! `Chaque soir, c'est une véritable performance sur le plan physique. Avant de faire du cinéma, je rêvais de devenir danseuse professionnelle. Pour Irma, j'ai dû, en plus, suivre des cours de chant bien que Jérôme Savary ne m'ait imposée aucune texture vocale particulière. Quand je fais du karaoké dans ma salle de bain, je n'ai pas cette voix-là. Il faut croire que c'est venu de manière instinctive puisque j'ai trouvé rapidement le bon timbre. La première fois que j'ai chanté devant 1200 personnes, j'avais un trac monstre...´, se souvient Clotilde qui, à la scène comme à la ville, aime prendre des risques et relever ce genre de défis. Ce n'est pas un hasard si l'escalade figure parmi ses sports favoris...

Irma la douce est prolongée jusqu'au 6 janvier. Réservations au 00.33.1.825/00.00.58.


Une héroïne universelle

PARIS Ayant fait l'objet à travers le monde de multiples adaptations théâtrales dont celle de Peter Brook, avant d'être incarnée au grand écran par Shirley MacLaine aux côtés de Jack Lemmon dans le film de Billy Wilder, Irma la douce est tout sauf une gentille petite comédie musicale au charme rétro:

`Cette histoire de fille de joie en quête de l'amour idéal´, confie Jérôme Savary, `est d'une incroyable pudeur et cristallise l'éternel dilemme de la femme cherchant son indépendance dans la société figée des années 50. A notre époque où le sexe se banalise, Irma prend la dimension d'un conte moral plein de rêve et d'émotion même si le monde interlope n'y est pas moins sinistre qu'aujourd'hui´.

Pour Clotilde Courau, `les maisons closes sont respectables tant que la prostitution n'est pas vécue comme un esclavage par celles qui donnent du plaisir aux hommes. Cet univers sordide de caïds et de maquereaux si joliment décrit pas Jérôme Savary existe encore aux portes de Paris. J'imagine que certaines filles sont capables de tomber follement amoureuses de leur employeur tout en faisant le trottoir. A l'image d'Irma, tellement naïve et généreuse bien qu'elle ne soit pas de ma génération, elles veulent croire que l'amour n'est pas une chimère...´.

Ayant régalé pendant 35 ans les lecteurs du Canard Enchaîné de ses calembours et des aventures du grand-père Zigue, Alexandre Breffort n'a jamais vraiment compris, de son vivant, le succès planétaire d' Irma la Parisienne qui tiendra l'affiche quatre ans sur les bords de la Tamise et deux ans à Broadway. `J'espère venir jouer Irma à Bruxelles´, avoue secrètement Clotilde qui adore la Belgique où elle vient régulièrement dire bonjour à son pote Benoît Poelvoorde...