Divers Au musée d'Orsay, visite dans les univers croisés de Velasquez et Manet

PARIS Une petite pancarte vous indique qu'à partir d'ici, il vous reste vingt minutes de file. Non, vous n'êtes pas à Six Flags, mais à Paris, sur le trottoir qui longe le musée d'Orsay. Comme lors de chaque grosse exposition parisienne, le public s'est déplacé en masse. Malgré la pluie. Des vendeurs à la sauvette en profitent pour faire grimper le prix des pépins. Vingt minutes, sous la drache, c'est long. Mais une fois passés les guichets et les multiples contrôles, la patience est récompensée par un magnifique voyage dans les univers croisés de Velasquez et Manet, les deux stars d'Orsay depuis mi-septembre et jusqu'au 5 janvier.

Victime de son succès, hélas!, l'exposition draîne des milliers de curieux et d'amateurs d'art, ce qui rend parfois la visite un peu fastidieuse. Pas facile, par exemple, d'apercevoir la blondeur de l'Infante d'Espagne, de Velasquez, dont la vue est bouchée par un guide et son groupe.

Pourtant, des chef-d'oeuvres, il y en a à découvrir. Dans chaque salle, on reste sans voix devant le travail accompli par les commissaires et la richesse des pièces rassemblées ici (et qui seront exposées, ensuite, au Metropolitan de New York, co-organisateur de l'événement). L'évolution de la peinture au XIXe siècle étant au centre des volontés des organisateur, on découvre donc, progressivement, comment les peintres français, comme Manet, Delacroix et d'autres ont peu à peu, au contact de l'école espagnole, délaissé l'académisme et la technique pour laisser libre cours à leurs pinceaux et s'approcher de la réalité de la vie.

Rentrant d'un cours séjour à Madrid, Manet écrit à son ami Baudelaire que Velasquez est `le plus grand peintre qu'il y ait jamais eu ´. D'autres, pourtant, ont également sur lui une emprise évidente. C'est le cas de Goya - dont on découvrira quelques dessins de la série des Caprices et quelques toiles magistrales, telles La lettre ou les Majas au balcon, dont Manet s'inspirera directement lorsqu'il peindra Berthe Morisot dans Le balcon... - de Zurbaran (le Saint-François qui accueille le visiteur, au tout début de l'expo, est bouleversant), de Murillo. Les sujets mêmes qui inspirent les peintres espagnols le fascinent: mendiants, artistes, danseurs, infirmes, martyrs. Il se lance à son tour dans des portraits - dont Le fifre ou L'acteur tragique - dont il n'essaie pas de cacher références et influences. Comme lui, Courbet, Millet et d'autres, également exposés, s'en inspirent directement. D'autant qu'à l'époque, Louis-Philippe installe au Louvres une galerie espagnole que les artistes ne manquent pas de visiter.

Carolus Duran et Bonnat sont deux autres exemples de peintres dont les séjours de l'autre côté des Pyrénées vont avoir des répercussions énormes sur leur art. On admirera, notamment, le Job de Bonnat, directement inspiré de Ribera.

Zola - dont Manet peint le portrait, exposé à Paris - écrira, à propos de son ami: `On dit qu'Edouard Manet a quelque parenté avec les maîtres espagnols, et il ne l'a jamais autant avoué que dans L'enfant à l'épée´, autre merveille accrochée aux cimaises parisiennes et prêtée par le Metropolitan.

La visite touche déjà à sa fin. Mais le ticket d'entrée à l'exposition temporaire donnant accès au musée, on flânera encore à la découverte de quelques unes des plus belles toiles impressionnistes, dont Orsay est le temple. Et le nez en l'air, on se souviendra que c'est ici que Monet vint, si souvent, poser son chevalet pour immortaliser l'entrée des trains dans ce qui était alors l'une des gares les plus énormes et les plus réussies de la prestigieuse ville de Paris.

Jusqu'au 5 janvier 2003 au musée d'Orsay. 8,5 € et 6,5 € le dimanche. Métro Solférino ou RER Musée d'Orsay.

© La Dernière Heure 2002