Divers Davy Sardou partage l’affiche avec Bruno Madinier dans la pièce de théâtre Les Vœux du Cœur.

"On n’est pas en train de donner des leçons sur la religion ou l’engagement mais bien de poser des questions sur l’engagement au sens général, souligne Davy Sardou dont la voix ressemble à s’y méprendre à celle de son père (le chanteur Michel Sardou). Qu’est-ce que c’est aujourd’hui de tenir un vœu de chasteté, d’abstinence, de mariage ou encore de devenir prêtre ?"

Si le comédien de 38 ans (RIS police scientifique) n’est pas prêt à entrer dans les ordres pour autant ("Sans sexe, c’est difficile, il faut savoir tenir sa vocation, c’est courageux"), celui qui a reçu un Molière pour L’Affrontement a l’impression que "quand on rentre au théâtre, on rentre dans les ordres. Le théâtre, c’est une chapelle, une vocation. C’est un don de soi qui vous dépasse."

Et voilà donc que le petit-fils des comédiens Fernand et Jackie Sardou se retrouve à interpréter un homosexuel. "Jouer l’amour, le désir est le même, il n’y a pas de difficulté particulière à interpréter, explique celui qui a fait l’Actors Studios avec Harvey Keitel. Ce qui m’effrayait, c’était d’aller dans l’intime avec un homme. Mais le casting est une vraie rencontre et puis ce n’est pas La cage aux folles non plus ! Si le thème avait été abordé différemment, j’aurais dit non. Le danger étant que ce soit racoleur."

Et celui qui a un projet de théâtre avec sa femme Noémie Elbaz (Hôtel des deux mondes d’Eric Emmanuel Schmitt) sait de quoi il parle. "Ce qui est bien est d’avoir un lien, d’être en confiance pour créer. Quand j’ai joué avec mon père Père et fils, il n’y avait pas plus crédible que moi pour jouer son fils!" (sourire)

Davy Sardou a d’ailleurs réussi son challenge personnel, se faire un prénom. "À n’importe quel niveau, même quand le père n’est pas dans le métier, c’est difficile de se faire un prénom. Voire pire. Moi, j’ai la chance d’y être né, la porte d’entrée était donc plus facile. C’est juste qu’il faut bosser trois fois plus pour faire ses preuves car certains ne sont pas tendres avec les fils de. Mais n’importe quel métier, cela s’apprend. Être fils ou fille de, on va être scruté, c’est certain. Si vous êtes mauvais, faut avoir les reins solides, car on va vous casser en deux !"

Davy Sardou, qui compte devenir directeur de théâtre si tout s’arrête (avec Bruno Madinier comme investisseur) s’estime donc chanceux. "Aujourd’hui, je suis d’ailleurs encore plus connu comme fils de que comme comédien et je ne le prends pas mal du tout. On me comparera toujours comme les Cassel, les Brasseur, etc. mais il y a des pères qui font plus d’ombre que d’autres, moi ce n’a jamais été le cas. Il a su préserver sa vie privée et nous a toujours dit de faire ce qu’on voulait faire, de suivre ses propres envies car c’est comme cela que ça marche."

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Bruno Madinier: "Je ne suis pas blacklisté au cinéma"

Moins présent en télévision, le comédien Bruno Madinier revient en force au théâtre avec Les Voeux du Cœur.

"Je me suis battu pour ce rôle tellement j’ai aimé la pièce, confesse le comédien français de 56 ans. Au départ, ce n’était pas moi qui devais jouer ce Père Raymond qui bénit l’amour d’un couple homosexuel, mais l’acteur s’est finalement désisté."

Et pour cause, le thème - le mariage homosexuel étant fort d’actualité en Hexagone - aurait pu choquer certains catholiques pratiquants. "Cette pièce ne rebute pas car elle est traitée avec intelligence, légèreté et beaucoup de finesse et d’humour, poursuit la star de la série Cordier, juge et flic ou encore la saga Dolmen qui se réjouit du style plus ouvert du pape François, même si la position de l’Église catholique ne bouge pas d’un iota. Plein de gens sont venus nous voir en France mais cela n’a choqué personne. Par contre, cela a soulevé des discussions. Ce n’est pas du tout une pièce choquante car il n’y a pas de parti pris. Simplement quatre points différents pour autant de personnages sur une question de dilemme pour tenir leur engagement. Et puis, surtout, que fait-on de la sexualité dans tout ce bordel ?" (sourires)

On vous sent moins présent en télévision ces temps-ci. Comment l’expliquez-vous ?

"J’ai été davantage au théâtre car il s’agit de ma famille d’origine. Je vais d’ailleurs continuer à enfoncer le clou. (sourire) Ce qu’on m’a proposé après les Cordier ne m’a pas plu. Mais j’ai la chance de ne pas être dépendant de cela car j’ai ma propre société qui me permet d’attendre d’avoir le bon projet. Madinier et associés est un cabinet que j’ai créé à 24 ans et qui fait de la formation, du coaching, des séminaires, des événements et des vidéos pour entreprises."

C’est ce côté beau gosse de la télé qui vous poursuit encore aujourd’hui ?

(Éclats de rires) "Non, maintenant moins, j’ai vieilli ! Je suis content d’avoir passé ce cap car, du coup, les rôles deviennent plus intéressants en vieillissant. Le rôle du juge Cordier n’est pourtant pas le rôle le plus intéressant que j’ai eu. Il reste basique en termes d’épaisseur mais l’aventure familiale fut unique."

Quid du cinéma dont vous êtes tant passionné alors, vous en êtes blacklisté ?

"Non, je ne suis pas blacklisté du cinéma. Je pense que cela peut arriver au moment où on s’y attend le moins mais ce ne sont pas les mêmes circuits de diffusion. Chaque milieu a sa petite famille et il est difficile de passer d’une à l’autre. Je n’ai aucune frustration même si je suis fan de cinéma, j’aime la liberté de ton qu’a le septième art. Mais quand on est un homme, au contraire d’une femme, c’est à partir de 40-50 ans qu’on propose des rôles intéressants au cinéma. Donc je ne me tracasse pas !" ( sourire)

Quel est alors votre secret de longévité ?

"C’est le théâtre. Car c’est l’endroit où le public qui vous aime viendra vous retrouver. Le cinéma, comme la télé, est un milieu plus difficile aujourd’hui avec l’influence d’internet, les formats plus courts et l’émergence de talents immédiats. C’est compliqué de le faire dans la durée… Il faut faire un raz-de-marée comme Audrey Tautou ou Jean Dujardin pour espérer durer. Et encore, ce n’est même pas sur. Dolmen m’a donné énormément de projets derrière mais là, par exemple, je n’en ai pas. Ce qui prouve bien que rien n’est acquis. C’est à la fois la dure loi et la beauté de ce métier, tout est éphémère."

---> Les Vœux du Cœur avec Bruno Madinier et Davy Sardou, du 13 au 18 décembre au Centre Culturel d’Auderghem. Infos et réserv. : www.ccauderghem.be ou via le 02/660.03.03.