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Pour la comédie "Pierre et fils", Richard et Palmade s'effritent sur scène

BRUXELLES Un lion sur scène, un chat à la ville. Quand Pierre Richard sourit, le regard étonnament bleu se réchauffe. C'est un électron libre, un homme distant qui soupèse ses mots avant de les lâcher en douceur.

À la tête d'une tribu, avec deux fils musiciens de jazz et salsa et six petits enfants, ce nomade vit entre Paris, son vignoble dans le Sud de la France (domaine Bel Évêque) et ses voyages où il aime s'aérer. Presque d'emblée, l'artiste rectifie le tir : "Je ne suis pas le père calamiteux dépeint dans cette pièce qui revient la bouche en coeur après avoir laissé tomber femme et fils trente ans plus tôt. Inconscient jusqu'au cynisme, mythomane, il aurait pu devenir odieux. Il est heureusement aussi poète et gentil."

Lors d'un repas d'après-spectacle, il y a un an et demi, Pierre Palmade souffle dans le creux de l'oreille de Pierre Richard qu'il aimerait jouer avec lui. "Je pensais que c'était un propos mondain. Je suis parti me promener au Brésil. Quand je suis rentré, le boulot m'attendait, la pièce était prête. C'est le sujet d'intérêt de Pierre au départ parce que, peut-être, il a perdu son père très jeune, et il en a manqué." Malgré tout, du bout des lèvres, il reconnaîtra : "mon papa dans la vie est dans le genre de celui que je joue. J'ai dû en souffrir jeune, plus maintenant."

Il y a dix ans, en jouant Feydeau au côté de Muriel Robin, il reconnaissait avoir la trouille. "J'espérais qu'elle me réconforte un peu au début, mais bon... À la différence du cinéma où d'un jour à l'autre, on peut oublier la réplique de la veille, au théâtre, je crains le trou de mémoire, même si cela n'arrive pas. Il est plus difficile de faire rire à 9h du matin que de faire pleurer. Cela nécessite une humeur personnelle et un sens certain du tempo. Au théâtre, il faut être marathonien. Je suis resté voyageur."

Bientôt, on reverra sur grand écran l'acteur dans Faubourg 36 face à Gérard Jugnot et Clovis Cornillac. "J'ai la grande chance que les jeunes acteurs m'adorent, comme Kad Merad, Clovis Cornillac et Pef, alias Pierre François Laval. C'est un renouveau pour moi, je tourne avec les jeunes."

Deux projets le tiennent en haleine: incarner un jour Le Roi Lear ("un rêve comme une étoile qui brille mais que je n'ai pas trop envie d'approcher parce que je vais avoir la trouille") et pour bientôt, un solo baptisé Détournement de courrier. "Seul en scène, on est moins lié, on joue trois mois, on tire sa révérence. Je réponds aux lettres les plus invraisemblables que j'ai reçues durant ma carrière." Il y a quarante ans déjà, Yves Robert le faisait débuter dans Alexandre le Bienheureux. C'est aussi lui qui lui conseillera de réaliser ses propres films, "même de façon maladroite", comme Le Distrait. "Mon bilan est très plaisant, malgré de rares regrets. De toute façon, tout ce qui m'arrive aujourd'hui, ce sont des cerises sur le gâteau."

Père et fils , Cirque Royal ces dimanche 2 (16h30), lundi 3 et mardi 4 décembre, 20h30 (02/218.20.15), et ce mercredi 5 décembre, 20h, Palais des Beaux-Arts de Charleroi. (071/31.12.12.)



© La Dernière Heure 2007