Divers Cynthia Sardou signe un ouvrage en forme de thérapie. Sec, clinique et touchant

BRUXELLES «Alors, encore un énième livre Fils de... ou Fille de.... Non, ce texte est l'ouvrage de Li Lou. Fille de... Parlons-en! Qu'est-ce que cela a apporté dans ma vie? Une seule et unique chose, la sombre histoire de ce témoignage. Et justement parce que je n'attends plus rien de ce nom. Je ne suis donc plus fille de... Je suis Li Lou, c'est mon histoire et il s'agit bien de mes sentences, même si c'est un peu triste, elle reste sans animosité aucune, un message d'espoir...» Ces quelques mots, comme une note d'intention, accompagnent l'enveloppe qui contient le témoignage de Cynthia Sardou. Un ouvrage-choc, qui n'en finit pas de faire des vagues et de susciter des réactions. Plateaux de télé, magazines, la fille de Michel est partout et son père aussi, qui s'était pourtant promis de ne pas s'étendre en commentaires.

«Je ne plaide donc pas coupable, dit-elle dans le prologue. Ce qui suit n'est pas une façon de m'excuser. (...) Et tant pis si ce que j'ai à dire ne plaît pas forcément ni aux uns, ni aux autres.»

Sûr que parmi les extraits qui suivent, personne n'est épargné. Pas plus qu'elle ne le fut pendant toutes ces années.

«Aux yeux de mon père, j'étais une erreur. Aux yeux de ma mère, qui vit après ma naissance son mari lui échapper définitivement, j'étais une faute», écrit-elle d'entrée de jeu. Car si Michel Sardou fait l'objet de commentaire tour à tour assassins puis élogieux, sa mère, Françoise, est elle aussi la cible de ses flèches acérées. «Françoise était, à l'époque, très amoureuse de Michel. Elle l'a toujours été, bien au delà de leur séparation - je crois qu'elle l'est encore.»

Dans la première partie d' Appelez-moi Li Lou, il est d'ailleurs davantage question des conflits qui, dans l'enfance, opposaient Cynthia à sa mère et son beau-père, violent, qu'elle surnomme Le funeste, que de ses rapports quasi inexistants avec son géniteur. En se racontant, Cynthia Sardou se soigne. Chaque page est comme une thérapie dans laquelle on lit ses moments de faiblesse mais de bonheur aussi. Michel Sardou apparaît de temps en temps dans sa vie et donc, dans son récit. Page 43, elle le crucifie en se souvenant de ce matin d'été, en vacances. Elle a cinq ans et son père, qui estime qu'elle n'évacue pas assez vite la salle de bains à son goût la traite de «tas de merde». "Des mots définitifs pour lesquels il ne s'excusait jamais», ajoute-t-elle.

Consacrée à sa grand-mère Jackie, la deuxième partie de l'ouvrage ressemble un peu plus à celle des jours heureux. Cynthia quitte le cocon (sic!) familial pour découvrir la vie, elle s'installe à Paris, trouve un travail. La mère de Michel est à ses côtés, qui la guide et la recadre.

Et puis, il y a Eux. Le troisième acte du livre est d'une terrible sécheresse. Des mots crus, des descriptions cliniques. La meilleure solution qu'ait trouvé l'auteur pour raconter l'inracontable. Le soir de Noël 1999, elle se fait braquer sur le parking au pied de son immeuble. Furieux de ne pas pouvoir lui soutirer l'argent qu'ils espéraient, les malfrats l'emmènent sur un terrain vague, en banlieue. Pendant plus de deux heures, les trois hommes vont la violer et lui faire subir les pires outrages. Une nouvelle épreuve, dans laquelle Michel va la soutenir. Un temps. Avant de lui demander de dégager de chez lui. Encore un coup dur pour la jeune femme qui a pourtant appris à se reconstruire, année après année.

Journaliste, Cynthia décrit encore la passion de son métier et les procès qu'elle a couverts, qui lui font forcément penser au sien. Elle était à Bruxelles, notamment, au moment de l'affaire Pandy. Aujourd'hui, elle vit à Los Angeles et semble y avoir trouvé le bonheur. «Je repars les mains vides mais le coeur garni d'amour, dit-elle de sa dernière entrevue avec son père, à la veille de son départ pour les Etats-Unis. Sa thérapie n'est peut-être pas finie, mais son livre se referme sur l'espoir. C'est déjà ça...

Cynthia Sardou, Appelez-moi Li Lou, Ed. du Rocher.

© La Dernière Heure 2005