Divers Pascal Raynaud avait 15 ans lorsque le célèbre humoriste s'est tué

BRUXELLES "Malheureusement - et j'en suis tout à fait navré - aucune télévision, en France, n'a voulu rendre un hommage à Fernand Raynaud à l'occasion du 30e anniversaire de sa disparition. J'ai pourtant été en contact avec les responsables pendant un an !"

Fernand Raynaud s'est tué au volant d'une Rolls Royce, le 28 septembre 1973. Trente ans plus tard, son fils, Pascal Raynaud (qui lui ressemble énormément), a décidé, lui, de retrousser les manches. Il sort deux DVD consacrés aux sketches de son père. Il y en aura d'autres. «Ce sont les premiers volets de ses histoires. Tonton pourquoi tu tousses ?, par exemple, n'est pas repris ici. Ce sketch célèbre sera sur le troisième. Il y aura aussi une Vie de Fernand Raynaud que je réaliserai moi-même. "

Vous gérez son patrimoine ?

«J'avais 15 ans lorsque mon père nous a quittés. Ma soeur, elle, n'avait que 9 ans. Mon père n'était plus là. Il fallait bien que quelqu'un reprenne ça. Personnellement, j'ai quand même eu ma carrière. J'ai été compositeur pour pianos et orchestres. J'ai fait des disques qui sont sortis en Allemagne et au Japon. Mais je me suis beaucoup occupé aussi de son oeuvre. Ma soeur a eu un enfant. Moi pas. Mais je pense que, si papa avait encore été là, j'en aurais. »

Il était un père présent ?

«Ah oui ! Il est vrai que dans les années 60, il devait partir souvent. Mais même lorsqu'il se produisait à 400 kilomètres, il roulait toute la nuit pour pouvoir rentrer chez lui et dormir à la maison. En outre, la dernière année, il a fait moins de galas. Il était harcelé par le fisc, torturé moralement. La solution à laquelle il pensait était d'aller se produire à l'étranger. Il pouvait se le permettre car il était aussi un mime extraordinaire. C'est alors qu'il faisait le mime dans un petit cabaret que Jean Nohain l'a découvert. Il lui a dit : Vous devriez vous faire accompagner par un piano pendant le numéro de mime. Papa lui a répondu : Monsieur, vous n'y connaissez rien ! Ce qui a beaucoup amusé Jean Nohain. Lui, le monument de la radio, il avait tellement l'habitude des flatteries. Il a engagé mon père en lui demandant de créer une histoire par semaine. Jean Nohain a aimé mon père comme son propre fils.»

Fernand Raynaud avait la réputation d'avoir très mauvais caractère.

«Il était entier, pas hypocrite pour un sou, et, de temps en temps, cela choquait. A l'inverse, il était généreux. Il aurait offert une montre en or à quelqu'un dont il était content. En tout cas, il ne distribuait ni compliments ni critiques s'il ne le pensait pas totalement. Il était perfectionniste et, à cette époque, on confondait un comique et un farceur.»

A la maison aussi, il était colérique ?

«Il avait des colères qui ne duraient pas. Mais je garde surtout le souvenir d'un père généreux. Cela dit, il ne nous achetait pas forcément cher et n'importe quoi. Il faisait des cadeaux intelligents. Pour mes 10 ans, j'ai reçu la collection complète de Jules Verne. Il adorait aussi nous emmener sur les fêtes foraines et les autotamponneuses. Malheureusement, on le reconnaissait et nous devions nous enfuir. Ca le gênait de ne pas avoir la vie de l'homme simple.»

Il roulait en Rolls depuis longtemps?

«Il n'aimait pas la Rolls ! Il disait qu'elle ne tenait pas la route. Nous avions une autre voiture, une SM, pour les tournées et les voyages. Malheureusement, quelqu'un a volé la SM deux jours avant l'accident. Ce jour-là, j'aurais dû l'accompagner. Il me l'avait proposé. Puis, il n'en avait plus parlé. Il est décédé sur la route de Clermont-Ferrand, la ville où il est né. Il partait y faire son gala d'adieu. Aujourd'hui, à Clermont-Ferrand, une petite rue porte son nom.»

© La Dernière Heure 2003