Jarry : "Le one man, pour moi, c’était du low cost"

Pierre-Yves Paque Publié le - Mis à jour le

Divers En passe de devenir animateur télé, Jarry est l’humoriste atypique par excellence.

"On dit souvent que la Belgique est le petit frère handicapé de la France, déplore le trublion comique français. Or c’est une terre qui regroupe toutes les valeurs du spectacle. Vous avez plein de communautés, de religions, de langues et de gastronomies différentes dans un si petit pays. Un melting-pot de plein de choses. Vous êtes souvent dans le gris et les gens sont pourtant toujours dans le sourire, l’envie de rigoler et avec des valeurs de convivialité ou de sortir en groupe."

Un pays qui le touche car Jarry lui doit beaucoup. "Quand je n’étais pas connu, le bouche-à-oreille était déjà très bon chez vous, reconnaît celui qui est ravi de faire les dernières dates de son show Atypique au plat pays (avant d’en écrire un autre). Les Belges ne m’ont jamais jugé sur ma féminité, mon extravagance ou ma sensibilité. La Belgique m’a accepté comme les Belges acceptent les gens de leur pays : comme ils sont. La personne qui a fait cet attentat ici ne connaît pas la Belgique comme je la connais, ce n’est pas la bonne cible. La Belgique est une terre d’accueil. C’est antinomique. Tu ne peux pas faire peur à un des peuples les plus tolérants d’Europe. Ici, je me sens chez moi."

Après des années de théâtre, vous êtes plutôt un artiste connu sur le tard. À nouveau l’un de vos côtés atypiques ?

"Je n’ai jamais voulu être cela. Je n’ai pas mis de choses en place pour le devenir non plus car chaque jour, ça me faisait rire et du bien de le faire. Je n’ai jamais été carriériste. Tout est venu naturellement car j’ai travaillé. Quand Didier Bourdon (lors du tournage du film Bambou, NdlR) m’a suggéré de faire du one man show , pour moi, c’était du low cost . C’est que je dois être très mauvais comme acteur pour que les gens pensent cela. Je l’ai fait, au départ, comme un exercice. J’ai commencé en pensant jouer deux, trois semaines, puis tout s’est enchaîné."

Et pas uniquement dans le domaine du spectacle... (Jarry met notamment en scène Valérie Damidot, Jeff Panacloc, Anthony Kavanagh, etc.)

"J’ai envie de tout faire ! Si tu me dis : ‘As-tu envie d’enseigner la natation ?’ Je te dis : ‘ Oui, pourquoi pas !’ Car je suis un vrai curieux. J’ai passé mon PADI en plongée sous-marine pour pouvoir l’enseigner. Et maintenant, j’ai envie de passer mon brevet de pilote ULM. Il faut qu’on teste un maximum de choses. On n’a qu’une vie. J’ai 40 ans et si je repars pour les 40 prochaines années comme ça, c’est dur… Mais en même temps, quand ce n’est pas dur, je me fais chier !"

Votre vrai nom est Anthony Lambert. Jarry est donc un personnage exagéré de vous ?

"Je ne crois pas. Jarry, il est totalement Anthony et Anthony, il est tellement Jarry. Je dis souvent aux gens que peu importe comment vous m’appelez, les valeurs de l’un sont les valeurs de l’autre. J’ai l’impression d’avoir mis tellement d’années à savoir qui j’étais, à accepter mon homosexualité… que maintenant que j’ai trouvé, je n’ai pas du tout envie de jouer un personnage. Au-delà de la sexualité, quand t’as trouvé ce qui te fait rire et te met en colère, tu n’as plus envie d’être quelqu’un d’autre. Au cinéma, ça me fait rire d’être quelqu’un d’autre que moi. Mais sur scène, avec les gens, je n’ai pas envie de tricher…"

Le cinéma, une échappatoire ?

"Plutôt une manière de montrer d’autres facettes de moi. Je viens de finir le tournage de Chris (off) avec Lucien Jean-Baptiste et Michael Youn sur la vie du Christ 2.0. C’est hyper moderne car, en gros, j’y joue Judas. Un rôle aux antipodes de ma féminité. Je suis un gros con, violent et ça m’a fait du bien car je sais que j’ai aussi ce côté-là en moi. Je sais, plus que jamais, que j’ai une sensibilité qui n’est pas une sensibilité normale. Là où les gens réagissent normalement, moi j’ai toujours des réactions multipliées par 50. Ce qui pourrait laisser de marbre quelqu’un peut créer une forte émotion chez moi. Que ce soit de la joie ou de la mélancolie, ça se décuple. Je suis quelqu’un qui montre ses sentiments mais ce n’est pas un signe de faiblesse. Bien au contraire. Et je me fous du regard des autres sur moi."

La preuve avec votre orientation sexuelle assumée et l’arrivée de vos deux enfants…

"Oui, car je suis vraiment le père de ces enfants. De manière génétique, c’est important pour moi. Adopter en France, pour un homme, c’est très compliqué. Voire impossible. Le système français est encore un peu archaïque à ce niveau-là. Mais, enfant, je me suis toujours imaginé papa. Quand j’ai découvert ma sexualité, la seule chose qui allait me faire souffrir est de ne pas être papa. Mais il existe des pays plus tolérants pour vivre cette expérience incroyable. Et, aujourd’hui, j’ai des jumeaux qui sont l’amour de ma vie. Quand tu répares quelque chose que tu avais enterré à jamais, c’est un sentiment que je souhaite à tout le monde. Aujourd’hui, ils ont l’âge de m’appeler papa et c’est juste génial. Ce sont eux qui m’ont fait croire en mes rêves."


Jarry, futur animateur sur TF1

"Danse avec les stars m’a encore demandé de participer cette année mais j’ai dû décliner car cela m’obligeait à annuler mes dernières dates de spectacle, confie Jarry. Ma place première est sur scène, pas à la télé. Cela fait deux années consécutives que je renonce mais je fais plein d’autres émissions avec Arthur, qui est mon père en télé."

En effet, l’humoriste star de Vendredi tout est permis affine son tout nouveau projet d’émission télé en prime time sur TF1. "C’est très bien parti ! Avec Arthur, on a tourné le pilote. Les gens devraient avoir une belle surprise… aux alentours des fêtes de fin d’année (sourire) !"

Un genre de programme qui graviterait entre Vendredi tout est permis et La Parenthèse inattendue. "Un pot-pourri de plein de choses, un mélange d’émissions, confirme l’artiste. Cela va en tout cas répondre à l’une de mes questions : est-ce que les gens ont envie de me voir en tant que show man et animateur à la télé, sur un format original ? Aujourd’hui, j’ai tellement de plaisir à faire des émissions que j’avais envie d’avoir la mienne, de la personnaliser, de la voir à mon image."

Trublion atypique de la télévision, Jarry a signé un contrat de développement de trois ans avec le producteur et animateur Arthur. "Il y aura de la folie mais aussi de la forme, du fond et de l’émotion car je veux que cela me ressemble. J’ai hâte de pouvoir dire aux gens : ‘Venez chez moi, dans ma tête et mon univers.’"

Pierre-Yves Paque