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Le Mas à Anvers, révèle le grand talent de Michaelina, une femme peintre née à Mons en 1604 et qui était quasi oubliée. Dans le parc du Middelheim, une vingtaine d’artistes contemporains exposent leur idée du baroque.

Une Montoise, grande dame du baroque, célébrée à Anvers

C’est une vraie découverte. Dans le cadre de l’année baroque à Anvers, il ne faut bien sûr pas rater la magnifique exposition « Sanguine » montée par Luc Tuymans au Muhka (lire La Libre du 5 juin) mais, il y a d’autres belles surprises comme au Mas (le Museum aan de stroom) qui propose la première exposition de Michaelina Wautier (1604-1689).

Cette redécouverte miraculeuse est due au talent et à l’obstination de la commissaire de l’exposition, professeur à la KUL, Katlijne Van der Stighelen qui travaille sur cette artiste depuis 25 ans, la sortant de l’oubli.

Et on est d’emblée séduit par la force de ses portraits, ses scènes de genre (garçons soufflant des bulles, jeune homme à la pipe), ses tableaux religieux (Annonciation, Education de Marie) et mythologiques. Michaelina, un grand nom du baroque.

Son « Portrait de deux petites filles en saintes Agnès et Dorothée » se tenant près d’un panier rempli de roses et de pommes, est délicieux. Elles ont le regard mélancolique et de très beaux habits jaune, violet et noir. Dans un tout autre genre, son chef d’oeuvre est « La procession de Bacchus » venu du Kunsthistorisches museum de Vienne. Une très grande peinture de 3,5 m x 2,7 m. Bacchus et ses acolytes, quasi nus et ivres, forment une procession. Dans le cortège, il y a une femme, toute différente, une ménade habillée de rose, poitrine dénudée, sans doute un autoportrait de Michaelina elle-même.

Portrait de deux petites filles en saintes Agnès et Dorothée
© Lukasweb, art in Flanders

Pas de nus pour les femmes

Ce « cortège » est non seulement d’une grande qualité artistique, mais il a aussi une liberté de ton exceptionnelle, une oeuvre surprenante de la part d’une femme peintre. Au XVIIe siècle, les femmes n’étaient pas admises dans les cours de dessins sur modèles vivants quand les modèles étaient des hommes. Elle a donc dû apprendre par ailleurs, sans doute dans l’atelier de son frère Charles, lui aussi peintre.

A l’époque baroque, les femmes peintres étaient extrêmement rares, surtout si elles sortaient du seul genre des peintures de fleurs. Il y a bien sûr, en Italie, la magnifique Artemisia Gentileschi et à Anvers, la peintre de natures mortes, Clara Peeters. Mais une artiste comme Michaelina, brassant tous les genres avec autant de technique et de réussite, est un cas exceptionnel. Il faut voir la beauté de ses études de personnages et son assurance quand elle brosse une scène en quelques coups de pinceau.

On sait très peu de choses d’elle. Elle est née à Mons en 1604 dans une famille de neuf enfants et est morte à 85 ans. Sa famille habitait à la rue d’Havré, une famille importante et riche. Son frère aussi était peintre et elle et lui, qui restèrent célibataires et n’eurent pas d’enfants, s’installèrent à Bruxelles, près de l’église Notre-Dame de la Chapelle.

A force de recherches, Katlijne Van der Stighelen a déjà pu retrouver 27 tableaux de Michaelina, parfois réattribués jadis par erreur à des hommes, car on ne pouvait pas croire à une certaine époque qu’une femme était capable de peindre comme cela. Sous les surpeints, elle a retrouvé la signature de l’artiste. D’autres tableaux existent encore certainement.

A son époque, elle avait une belle renommée puisque l’archiduc Léopold-Guillaume, grand amateur d’art, qui séjourna à Bruxelles entre 1647 et 1656 avait trois oeuvres d’elle dans la collection d’une centaine de tableaux qu’il ramena avec lui à Vienne et qui font l’orgueil des musées viennois.

L’exposition au Mas montre l’art de Michaelina à côté de quelques tableaux de ses contemporains et peut-être inspirateurs.

Portrait de deux petites filles en saintes Agnès et Dorothée
© Kunsthistorisches Musem Vienne

> Michaelina, Museum aan de stroom (Mas), Anvers, jusqu’au 2 septembre

Les joyeux activistes de Gelitin

Chaque été, le parc du Middelheim, à l’entrée d’Anvers, est à nouveau un magnifique but de promenade avec ses arbres, ses fleurs et surtout ses nombreuses sculptures qui en font un des plus beaux parc du genre en Europe. Les architectes gantois Paul Robbrecht et Hilde Daem y ont de plus, construit un petit pavillon permanent semi-ouvert et métallique, tout en finesse.

Le Middelheim à invité cette année seize artistes à y créer des oeuvres sur le thème du baroque aujourd’hui, en lien avec le jardin. Et le commissaire est le chorégraphe William Forsythe qui propose lui-même des oeuvres conceptuelles demandant une implication du visiteur, l’entraînant dans un labyrinthe mental.

Une des oeuvres présentées au Middelheim a déjà défrayé la chronique. Intitulée « Arc de triomphe », elle surplombe un chemin du parc et montre un homme nu, le pantalon baissé, faisant le « pont » à l’envers, formant avec son corps un arc de triomphe comme on les aimait à l’époque baroque. Et on aperçoit au-dessus son sexe en érection, et de l’eau qui en jaillit comme d’une fontaine pour retomber dans sa bouche. Un Manneken Pis.

Une oeuvre sciemment anti-esthétique et provocatrice. Les artistes ont déjà répliqués à leurs détracteurs que le parc est rempli de statues de femmes nues, mais que cela apparemment ne gène pas les promeneurs.

Le groupe Gelitin, créé en 1993, est un collectif de quatre artistes-activistes viennois nés au tout début des années 70 et connu pour ses interventions secouant nos tabous et nos préjugés avec une volonté d’entraîner le visiteur à y jouer un rôle actif.

Pour l’instant, ils exposent aussi au musée Boijmans Van Beuningen à Rotterdam. Dans une salle, ils ont déposé trois « crottes » énormes de plusieurs mètres de haut, et ils demandent aux visiteurs d’enfiler une combinaison imitant un homme ou une femme nue.

Dans la prude et conservatrice Autriche, Gelitin reprend la tradition des activistes viennois des années 60 mais en troquant cependant la douleur sanglante mise en scène à l'époque par Hermann Nitsch, par un humour ravageur.

Arc de triomphe 2003-2018
© Courtesy of the artist & Massimo De Carlo; photo: Ian Coomans

Le cri du perroquet

D’autres oeuvres valent la peine d’être découvertes au fil d’un parcours qu’on suit armé d’un guide et d’un plan distribués à l’entrée (tout est gratuit). Comme une belle fontaine de Bertrand Lavier formée d’un noeud de tuyaux d’arrosage multicolores. Andra Ursula a déposé dans une brouette un nez géant en marbre comme une ruine d’un ancien parc baroque. Ryoji Ikeda nous emmène dans une expérience de son unique dans le pavillon Braem. Ulla von Brandeburg a monté une théâtre où on peut jouer et manoeuvrer une mer avec ses rivages. Adrien Tirtiaux a extrait de la terre une sculpture qu’il porte vers le ciel.

Le Middelheim a acquis dans ses collections permanentes un nouveau pavillon dû à Bruce Nauman, « Diamond Shaped Room with Yellow Light », comme un diamant de béton dans lequel on pénètre attiré par une lumière jaune mais pour y découvrir des espaces séparés et presque oppressants. L’oeuvre nous trompe.

Dans ce jeu de cache-cache parfois ardu, pour retrouver les nouvelles sculptures, ne ratez pas l’oeuvre de Louise Lawler, l’Américaine née en 1947. Elle est située dans Het Huis, le pavillon de Robbrecht et Daem, et vous risquez de la manquer car il n’y a rien à voir ! Si ce n’est, sur un mur, une liste de grands artistes d’aujourd’hui, de Donald Judd à Anselm Kiefer. Mais en écoutant bien, vous entendez les cris d’un perroquet. C’est l’artiste qui imite un perroquet qui lirait tous les noms de ces artistes du XXe siècle, tous des hommes. Une oeuvre très drôle qui est une critique de la domination du monde de l’art par des hommes.

> Experience traps, parc du Middelheim à Anvers, jusqu’au 23 septembre