Divers Bernard Menez était prof de maths, chimie et physique avant d‘avoir du succès dans les comédies franchouillardes et la chanson. Rencontre exclusive.

C’est un de ces paradoxes injustes du show-biz. À l’évocation de Bernard Menez viennent aussitôt en tête l’image du benêt de comédies franchouillardes des années 70 ou le refrain obsédant de Jolie poupée, qui fut à l’année 1984 ce que Tourner les serviettes de Patrick Sébastien est à nos soirées les plus arrosées. Cruel pour l’acteur de 72 ans, qui fut prof de maths, physique et chimie…

"Au début, j’avais une image d’intello, explique-t-il. Et ma carrière ne décollait pas. J’étais découragé et en 1969, j’ai failli partir au Canada pour tout reprendre à zéro et enfin gagner ma vie. Mais la veille de mon départ, Jacques Rozier m’a proposé mon premier film, Du côté d’Orouet, qui a été à l’origine de tout le reste."

Y compris Jolie poupée ?

"C’est un coup de cœur qui m’est tombé dessus en 83. Un gros tube puisque j’ai été n° 1 devant Thriller de Michael Jackson ! On m’en parle encore tous les jours. Et j’en suis heureux. À un moment, cela m’a mis de côté au cinéma car on ne me prenait plus au sérieux, mais la musique, c’est viscéral chez moi. Je joue du piano et je chante tout le temps."

Votre image a évolué…

"Oui, à cause des comédies, mais aujourd’hui, elle s’est améliorée, grâce aux films d’auteur. Notre métier est fait d’abord de chance, puis d’obstination et enfin de talent qui s’acquiert avec le temps. D’ailleurs, je reviens d’Afrique du Sud où j’ai tourné le président de la République française dans Blake Snake ."

Ça tombe bien vu votre passion pour la politique…

"J’ai été candidat indépendant deux fois aux législatives. Ni de droite ni de gauche. Je penche un peu à gauche mais je pense que tout n’est pas à jeter dans une droite raisonnable, sociale. Mais on sent que la solidarité n’est plus de mise. Sans parler de l’affaire Fillon : la politique française est dramatique."

Quel acteur vous a le plus impressionné ?

"Sans hésiter, Christopher Lee dans Dracula père et fils . J’avais joué auparavant avec Paul Meurice, un très grand acteur assez imbu de sa personne. Quand j’ai tourné avec Christopher Lee, j’ai retrouvé la même prestance, le même talent, avec une vraie gentillesse. Il était aux petits soins avec ses partenaires, alors que Paul Meurice considérait qu’on pouvait être déjà heureux de tourner avec lui… Je considère aussi Louis de Funès comme une des plus belles rencontres de ma vie. À mes débuts, je faisais partie de la compagnie Sganarelle et on jouait beaucoup Molière. Quand j’ai su que Louis de Funès allait tourner L’Avare , je me suis payé le culot de le rejoindre sur un plateau de tournage, de La soupe aux choux je crois, pour lui dire : Je m’excuse de vous demander pardon de vous déranger, vous ne me connaissez peut-être pas, je m’appelle Bernard Menez… Il m’interrompt : Si, si, je vous connais très bien. Cela me surprend. Je poursuis : Si vous n’avez pas encore choisi le comédien qui jouera La Flèche dans L’Avare, je voulais que vous sachiez que j’aimerais beaucoup le faire. Je m’apprêtais à partir et il m’arrête : Écoutez, le rôle est pour vous. C’est une histoire ahurissante. Je n’ai jamais osé faire ça une deuxième fois. J’ai su plus tard pourquoi il me connaissait. Il avait failli avoir une attaque tellement il avait ri en regardant "Le Chaud Lapin …"

Il paraît que vous avez mauvaise mémoire…

"Je ne m’en souviens pas (rire) . C’est pour ça que je suis devenu prof de maths : ce n’est pas de la mémoire. Je souffrais énormément en histoire. Cela ne s’est jamais arrangé. Il me faut travailler beaucoup chaque rôle, mais une fois que je le sais, je ne l’oublie pas. Pour l’instant, j’ai trois pièces de théâtre en tête : A vos souhaits, Croque-Monsieur avec Fanny Ardant et Les montagnes russes que je joue avec Eve Angeli."


Sous le charme de Bruxelles

Ne vous étonnez pas de croiser Bernard Menez à Bruxelles, ville dont il est tombé sous le charme : il y était présent ces derniers jours et y reviendra cette semaine. "Depuis trois ans, je suis conseiller artistique du tournage de courts métrages de l’Adami. Et cette année, nous tournons cinq courts métrages en Belgique pour mettre en avant quatre jeunes. La semaine dernière, on tournait avec Patrick Ridremont et Virginie Efira à Bruxelles, puis avec Marie Kremer à Ostende. Cette semaine, Marie Gillain va tourner à Bruxelles et ensuite, ce sera au tour de Stéphane de Groodt de soutenir ces jeunes talents. Moi, j’ai un regard sur les scénarios, je soutiens les jeunes comédiens et je participe au montage et dans les différents festivals, à commencer par Cannes où ces films seront présentés en priorité. J’aimerais d’ailleurs que ces courts métrages soient aussi présentés au Festival de Namur, puisqu’il devrait y avoir de l’intérêt pour le travail de réalisateurs belges, en Belgique, avec de grands acteurs belges."

Il avait oublié de préciser qu’il portait aussi très bien la casquette de promoteur des jeunes talents.