Divers Alex Métayer disait: <>«Il y a trois choses qu'on ne peut regarder en face: le soleil, la mort et le dentiste...»

PARIS Hier, à l'heure où le cinéma français s'autocongratulait sous les ors du Théâtre du Châtelet, à l'heure où Gad Elmaleh tentait, vaille que vaille, de décrocher les rires d'une assistance austère, l'un des comiques les plus célèbres et paradoxalement les moins connus tirait sa révérence, dans la plus grande discrétion. Alex Métayer s'en allait «des suites d'une longue maladie», comme le veut, pudique, la formule. Il avait 73 ans...Né à Marseille le 19 mars 1930 de parents bretons, c'est en Algérie qu'est élevé le jeune garçon, fils d'un officier d'aviation. De là-bas, de cet autre côté de la mer, il ramènera un accent pied-noir dont il jouera, souvent, sur scène. De là-bas, il ramènera une forme d'humour qu'il définissait «comme proche de l'école latine, mâtinée d'humour juif».Très tôt, Alex Métayer quitte l'école. Il étudie par correspondance et ne rêve que de musique. De jazz, surtout. Il décroche un premier prix de clarinette au Conservatoire, puis commence comme saxophoniste dans un orchestre. Pendant les pauses, il parle au public et à ses potes musiciens. Il raconte des blagues qui les font se tordre de rire. Sa vocation est faite: il sera amuseur public. Dans les années 60, on le voit dans les cabarets, aux côtés de Bobby Lapointe, Jean Ferrat, Barbara. Et en 1964, il assure même la première partie de Georges Brassens à Bobino.C'est ensuite à la radio, sur France-Inter, qu'il va faire rire l'Hexagone. Pendant deux ans, il anime L'Oreille en coin, émission qui le propulse sur la scène. En 1975, il signe son premier one-man-show, Mémoires d'un amnésique, suivi de bien d'autres: Nous on s'aime (1976), La Vie en V.O. (1978), Merci Disco (1979).

Trotskiste dans sa jeunesse, Alex Métayer n'a jamais perdu son sens aigu de l'observation de ses pairs, ni celui de la caricature. Sans méchanceté mais avec une féroce lucidité, il stigmatisait les travers du Français moyen. Sur scène, il le revendiquait, son punch était au service d'un comique de situation plutôt que de mots.

Il a réalisé deux films

Toujours vêtu de blanc sur scène, l'humoriste qui avouait «avoir mis du temps à trouver son style» enchaîne spectacles et tournées à un rythme effréné avec Les Femmes et les enfants d'abord (1983), Liberté chérie (1985), Moral d'acier (1990). Dans Opéra comique (1993), il dresse le portrait d'un homme déçu des années 90 qui lui ressemble étrangement, et qui lui vaut le grand prix de l'humour de la Société des auteurs et compositeurs. Le spectacle se double d'un livre du même nom.

Entre-temps, il réalise deux films Le Bonheur se porte large (1988) et Mohamed Bertrand-Duval (1991), fable sociale tendre-amère qui n'a pas rencontré son public. Il écrit également Aimez-moi les uns les autres, pièce qu'il jouera en compagnie de son fils aîné Eric en 1996.

L'année suivante, l'humoriste revient à son couple vedette Maurice-Nicole entouré de ses enfants, dans un nouveau one-man-show, Famille je vous haime. Dans cette comédie humaine personnelle, il propose pas moins de quinze personnages, avec lesquels il jongle allègrement, passant de l'un à l'autre avec dextérité.

Il avait présenté son dernier spectacle en 2000 au théâtre du Palais Royal à Paris (Alex Métayer perd la tête). Dans ce dernier spectacle, le comique qui, autodidacte, a gardé une nostalgie des études, se transforme en instituteur.

Observateur féroce de lui-même, de ses proches et de ses contemporains, Alex Métayer faisait dire à l'un de ses personnages derrière lequel il se cachait: «Y'a trois choses qu'on ne peut pas regarder en face: le soleil, la mort et le dentiste.»

© La Dernière Heure 2004