Divers À 53 ans, l’humoriste français passe un coup de gueule avant son passage au Waterlol Comedy Festival

"Aujourd’hui, je dois dire que je déteste Internet, balance Elie Semoun. Car ce moyen de communication a donné la parole à de gens qui ne pouvaient pas parler avant. C’est-à-dire aux idiots. Donc vous dites quelque chose à la télé, vous dites le mot autiste, mongolien ou encore PD, juif, arabe ou handicapé et on se fait défoncer par des crétins qui prennent tout pour eux. Moi j’ai reçu des messages d’abrutis absolus, choqués par ce que j’avais dit d’un ancien copain à moi. Ce sont juste des crétins qui n’ont pas d’humour et prennent tout au premier degré. Et c’est insupportable. Je ne sais pas pourquoi ce genre de choses arrive aujourd’hui… si ce n’est qu’on est en train de se communautariser et de se débilifier. Alors qu’en 2017, on devrait plutôt être dans une société avec plus de culture et surtout plus ouverte. Je ne comprends pas pourquoi les esprits se rétrécissent."

Une réflexion, voire un coup de gueule, survenue lorsqu’on lui a évoqué le fameux canular polémique - jugé homophobe - de Cyril Hanouna. Le sociétaire des Grosses Têtes depuis 2016 déplore ce nouveau phénomène critique qui essaye d’empêcher les humoristes de s’exprimer. "Il y a vraiment des mecs qui n’ont que ça à faire : critiquer, déplore celui qui ne fera jamais Danse avec les stars ni Fort Boyard par exemple, car ce n’est pas son métier. "Mais c’est là où c’est débile, c’est juste qu’ils veulent faire parler d’eux. Pour être honnête, je n’ai même pas vu ce qu’il a fait, Cyril, mais ce qui m’a choqué, c’est la curée autour de lui. Les gens se sont déchaînés. C’est cela qui est choquant, plus que ce qu’il a fait !"

Un épisode qui n’empêchera justement pas Elie Semoun de s’attaquer aux tabous dans son nouveau spectacle, À partager. "Mes personnages sont carrément des monstres, assure l’homme des célèbres petites annonces. Que ce soit le pédophile, la cougar ou le mec du FN. Mais ils ont une grosse humanité malgré tout. Il n’y a pas de procès ni de conneries comme ça. Les gens savent bien que je ne suis pas méprisant. Et c’est à l’image de la société actuelle. Je suis un peu comme une éponge, car notre société est dure et violente !"

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle celui que les failles et mensonges de l’être humain inspirent adore venir jouer en Belgique. "Ce que j’aime bien chez les Belges, c’est que vous êtes moins coincés que les Français. Il y a moins de barrières, moins de tabous. J’aime venir chez vous car les gens ne sont pas choqués et bien plus ouverts."

D’où le titre À partager pour le show de celui qui a toujours son personnage de Mikeline sur sa messagerie vocale. "Mais on ne la reverra pas car elle ne travaille plus comme dame pipi. Pareil pour Kevina car elle a eu ses règles et a enfin couché avec un mec. Donc c’est fini. Faut se renouveler dans la vie. Si j’avais encore continué ces personnages, le public m’en aurait voulu. On ne porte pas les mêmes vêtements tous les jours, donc on va dire que j’ai changé de slip !" (rires)

-> À partager, le 17 septembre au Waterlol Comedy Festival. Infos et réserv. : www.waterlol.be


Redonner une chance à Dieudonné ?

"À l’époque, c’est lui qui voulait qu’on se remette ensemble", se souvient Elie Semoun au sujet de leur duo mythique. "Mais non, ce n’est pas possible. Il est trop politisé. Non et non. Artistiquement, ce serait formidable mais philosophiquement et idéologiquement, ce serait impossible. Ce n’est pas du tout d’actualité."

Mais l’humoriste nous confie que Dieudonné est "venu voir mon spectacle. J’ai vu le sien. Ce qui m’a rappelé qu’on allait très loin ensemble. On était très transgressif artistiquement. Sur certains sujets, on n’ose pas rire mais depuis notre duo, je rigole de la pédophile et du handicap. Mais aujourd’hui, ce serait à moi de lui redonner une chance. Car ce ne serait pas une chance pour moi… je ne crois pas." Avant d’ajouter : "Il me manque quand même un peu car on était très proches. Et puis il reste quand même l’un de mecs les plus drôles que je connaisse. Je ne peux juste pas cautionner tout ce qu’il fait."

Même son de cloche du côté de Gilbert Rozon, directeur et fondateur du Juste Pour Rire , le plus grand festival d’humour au monde, qui défend la liberté d’expression comme valeur absolue mais qui ne compte plus réinviter l’humoriste polémiste. "On l’a fait à l’époque mais il est devenu indéfendable aujourd’hui. On se connaissait bien mais je lui ai dit : ‘ Ton problème est que tu dis les choses de façon obsessionnelle et ce n’est plus drôle’ . C’est devenu une sorte de maladie. Car le talent de Dieudonné reste entier et est toujours bien là. Des humoristes vont même le voir déguisés. Son problème est son obsession envers les juifs et envers tout ce qui est indéfendable. Ce qui en devenait ennuyant. Or, on est là pour rire. Pas pour s’ennuyer."