Divers Même si Philippe Delusinne le concède : oui, il y aura encore des départs. Entretien sans tabou avec le big boss de RTL Belgium.

Il y a 15 ans, il débarquait de la pub aux commandes de RTL Belgique. "La chose peut-être dont je suis le plus fier dans cette maison, nous glisse aujourd’hui Philippe Delusinne , c’est d’avoir transformé cette société artisanale, qui a grandi un peu vite, en société structurée, mais sans perdre son âme."

Une âme, un esprit RTL, qu’il est plus que jamais impératif de préserver. Le paysage audiovisuel belge (et international) s’est transformé, de même que le mode de consommation du public. La solution : "S’occuper de nos téléspectateurs d’une façon très proche. Le concept de proximité n’est pas galvaudé ici. J’aime dire qu’on est une petite grande société, avec près de 820 personnes. Ici, on se tutoie tous, on s’embrasse tous. On peut venir me parler dans les 24 heures."

Aujourd’hui, quels sont vos principaux challenges ?

"Assurer que l’entreprise prenne les mesures qui conviennent pour que dans 5 ans elle soit encore pérenne… Que l’attachement du public à RTL soit toujours le même, sachant qu’autour de nous il y a des Netflix, des TF1, la digitalisation… une concurrence accrue. Tout en tenant compte qu’on ne vit que d’aucun subside, qu’on ne vit que par le résultat de nos audiences. On doit absolument rester leader. Pas pour le principe, mais parce que le leadership nous donne les moyens de faire ce que l’on fait."

À quel point l’arrivée de TF1 sur le marché publicitaire belge (ce qui veut dire que les téléspectateurs belges de TF1 verront les plages publicitaires remplies de réclames belges, NldR) est handicapant pour RTL ?

"Première chose : il y a une ouverture des marchés. TF1 vient en Belgique si elle veut. Deuxième chose : je pense que comme tous les opérateurs dans ce marché privé, TF1 doit faire l’effort nécessaire pour s’imposer s’il doit réussir. Je n’aurais jamais pu comprendre qu’une chaîne publique largement subsidiée par l’ensemble de la communauté (la RTBF) serve de tremplin à TF1 pour lui faciliter la tâche" (la RTBF avait un temps envisagé de partager son fournisseur de publicité avec TF1, NldR) … TF1 va devoir se battre contre nous et contre les autres. Car tout l’écosystème des médias va être impacté. TF1 vient ici pour prendre de l’argent… pas pour autre chose ! Il n’y a pas d’enrichissement du marché grâce à eux. Ils ne vont pas faire des productions belges ni engager 150 journalistes ! Ils vont produire en Belgique : mais parce qu’ici il y a la qualité, c’est moins cher, et qu’il y a des incitants fiscaux !"

On parle beaucoup de l’esprit RTL. Cependant, l’année dernière a été émaillée de plusieurs licenciements chocs de personnalités (Grégory Willocq, Charles Neuforge, David Oxley, etc.)…

"Quand je licencie quelqu’un, ça ne me laisse pas insensible. Mais quand on est patron, on doit s’assurer de la valeur contributive de chacun. Il faut en permanence que chaque personne contribue à faire de cette entreprise un succès et permette ainsi à chaque personne de rentrer chez elle avec un salaire. Il y a de temps en temps des gens qui n’ont pas forcément démérité mais qui ne cadrent plus avec l’évolution de la société. Quand on licencie quelqu’un, ce n’est pas que cette personne est mauvaise ou a fauté, mais qu’elle ne s’inscrit plus dans la logique de développement de l’entreprise."

Y aura-t-il d’autres licenciements ?

"Bien sûr. Pas parce qu’il doit y en avoir. Il n’y a pas une liste de gens maintenant ! Mais c’est inhérent à la vie d’entreprise. Il y a aussi un tabou qu’il faut briser : quand quelqu’un nous quitte, on ne dit jamais : ‘Ah c’est quand même scandaleux qu’il quitte RTL!’ Quand on le fait, on le fait toujours proprement. Ceux qui ont été licenciés l’ont été dans un contexte respectueux de leurs droits, même plus. Si on est respectueux, on n’a pas de regret à avoir quand on prend pareille décision. Si je réponds de façon statistique : en 2016, on a engagé 39 personnes. On a eu 27 départs, dont 14 décidés par nous."

Qui es-tu, Philippe Delusinne ?

La télé, l’administrateur délégué de RTL Belgium, la consomme moins qu’il ne l’espère. "Parce que je ne suis pas souvent chez moi. J’ai une chance : je suis souvent en voiture, avec chauffeur, je peux regarder des DVD dans la voiture. L’info surtout, c’est ma passion. J’aurais aimé être journaliste dans une autre vie. J’essaie de regarder le 13 heures en direct et l’émission de Deborsu. J’écoute beaucoup la radio, Lamy et Leborgne. Et j’aime bien les émissions comme L’amour est dans le pré , parce qu’il y a différents degrés de lecture. Ça symbolise bien RTL. Comme Les orages de la vie. C’est extraordinaire. Ça donne des émotions aux gens."

Et si vous deviez regretter de ne pas avoir une émission sur vos antennes ?

" The Voice aurait eu sa place chez nous. Le Grand journal de Canal à la belle époque me plaisait beaucoup. Comme aujourd’hui On n’est pas couché . Des talk-shows qui mélangent de tout. Mais ça coûte très cher à faire. Je rêve d’une émission politique où on mettrait un politicien pendant une heure et on découvre la personne qu’il est. Ça change d’une cover de Paris Match sur la digue à la mer, vélo à la main !"

Les Musées royaux, l’opéra vous prennent du temps aussi. Mais votre passion, c’est le sporting d’Anderlecht…

"Depuis que je suis enfant, je suis un grand supporter des mauves et blancs. J’ai un abonnement depuis des années. Je suis assis en tribune d’honneur devant le président Vanden Stock,…Quand je ne suis pas content je dis : ‘Vends ce joueur, achète-le !’, tellement je suis passionné ! (sourire) Même si je suis mauve, je vais aussi régulièrement au Standard, je vais souvent à Charleroi. J’aimerais que tout le monde soit dans le playoff mais qu’au final Anderlecht gagne ! Par contre, je n’ai pas joué au foot, mais au hockey, pendant 25 ans. J’ai coaché. C’est un sport ingrat en télévision par contre."