Divers Avec le règlement e-Privacy, les éditeurs privés craignent la mainmise des géants du Web sur l’information en ligne

C’est ce jeudi que le Parlement européen votera le projet de règlement e-Privacy, un texte dont l’objectif théorique est de mieux protéger la vie privée du consommateur sur le Web. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce vote provoque une levée de boucliers des éditeurs européens de contenus qui contestent l’efficacité de la mesure pour la protection des consommateurs, et qui relèvent les effets catastrophiques d’une telle réglementation sur l’avenir de l’économie européenne des contenus digitaux.

Au cœur des craintes des éditeurs, un article en particulier de ce texte. Il est assez technique mais visiblement lourd de conséquences pour le business model à venir des éditeurs. Cet article régit l’utilisation des cookies, ces petits fichiers qui permettent aux éditeurs de sites de mieux connaître l’historique, les habitudes de surf et donc le profil de leurs lecteurs, et ce, de façon anonyme. Un outil précieux utilisé à la fois pour proposer une offre éditoriale plus adaptée aux attentes du lectorat, en fonction de ses pôles d’intérêt, mais aussi une publicité davantage ciblée.

Des cookies qui permettent aussi à l’internaute de voir ses identifiants sauvegardés par l’ordinateur.

Aujourd’hui, l’internaute doit accepter ou refuser ces cookies à chaque fois qu’il visite un site. Le projet de règlement voudrait revoir les règles actuelles de consentement : celui-ci ne se ferait plus site par site mais en quelque sorte en amont du site, soit au niveau du navigateur lui-même (Google Chrome, Firefox, Android…).

Concrètement, si le texte passe ce jeudi au Parlement européen, l’internaute devra définir ses préférences dans les paramètres de confidentialité : soit tout bloquer, soit tout accepter ou alors une solution intermédiaire. Un choix qui s’appliquera ensuite à tous les sites visités.

Et c’est donc là que les éditeurs voient rouge. "Comment espérer pouvoir développer un modèle économique vertueux pour les sites de contenus s’il n’était plus possible de travailler avec des cookies pour gérer l’identification des surfeurs, la personnalisation des contenus et la segmentation des publicités", explique François le Hodey, administrateur-délégué du groupe IPM (La Libre, La DH…).

Pour certains observateurs, si cette réforme voyait le jour, elle pourrait condamner à terme l’information gratuite et le pluralisme sur le Web au profit, demain, des seules offres payantes.

"Dans la mesure où cette mesure ne touchera pas les Google, Amazon, Facebook, l’Europe s’apprête à adopter une directive qui renforcera le pouvoir économique de ces acteurs américains, tout en affaiblissant les éditeurs européens, sans vraiment résoudre la question de la protection des consommateurs", conclut François le Hodey.

Li. B.