Divers Exclusif ! Le romancier et homme d’affaires vient d’emménager dans un 110 m2² à Uccle. Et envisage, "pourquoi pas", de prendre la nationalité belge.

Il n’y a certainement pas d’évasion fiscale dans l’air. Fini le paradis, au revoir et à bientôt dit-il aux plages de sable fin de l’île Maurice où Paul-Loup Sulitzer a passé ces dernières années. L’appartement bruxellois de 110 m2 qu’il vient d’investir ne ressemble en rien, non plus, au "palace de 500m2 de la rue de Varenne, à Paris" qu’il a connu. Peu importe, nous dit-il en nous accueillant, chaleureusement, dans son nouveau domicile, dont la décoration est encore en réflexion.

Si Paul-Loup Sulitzer est un phénix, il est aussi un "homme qui peut très bien vivre dans un 50 mètres carrés. Ce n’est pas l’argent qui me rend heureux. Ce sont les gens qui sont sincères avec moi." On a beau être l’inventeur du thriller financier, on n’en est pas moins un homme de cœur. Ce sont des souvenirs, heureux, d’enfance qui ont fait revenir Sulitzer en Belgique. "J’adore ce pays depuis que je suis jeune. Je suis venu ici quand j’avais 6 ans. J’allais au Zwin, dans les dunes. J’avais le blues du Zwin ! Je suis revenu plusieurs fois, notamment quand j’étais adolescent. J’ai eu quatre petites amies belges, quand j’avais entre 17 et 25 ans."

Installé devant une tasse de café, quelques tableaux à son effigie disposés dans le salon, et une partie de son impressionnante collection de livres - les siens (il a publié 42 romans, traduits dans 43 langues, pour 60 millions de lecteurs !) - Sulitzer nous conte son amour de la Belgique, sa nouvelle terre. "Je suis français, je peux le dire : le Français est beaucoup moins sympa que le Belge." Déjà, il y a quelques semaines, alors qu’il était de passage à Bruxelles, Sulitzer nous contait son malheur français. Lui qui a "rapporté des milliards à la France. Ils m’ont fait un coup vache avec l’Angolagate (l’affaire de vente d’armes en Angola, impliquant notamment le ministre Charles Pasqua, NdlR) - j’ai été blanchi - mais ils m’ont fait beaucoup de mal. Je n’ai pas de rancœur. Mais un dégoût vis-à-vis de la France."


Dans ce cas, pourquoi ne pas aller jusqu’au bout et se faire naturaliser belge ? "Si ça se présente, oui !" Qu’on ne s’y trompe pas : si Bruxelles - et surtout le coin d’Uccle - accueille pas mal de fortunes françaises (Bernard Arnault, Claude Berda, Arthur…), l’écrivain et homme d’affaires n’a pas vraiment d’argent à mettre à l’abri des impôts français. "Malheureusement !, sourit-il, je ne suis pas du tout un évadé fiscal. En ce qui me concerne, j’aurais dû venir il y a 10 ans pour être un évadé fiscal. Mais ils m’ont tellement taxé à l’époque ! Mais je n’ai jamais fraudé. J’ai payé des milliards à l’État français. Je suis solidaire, altruiste. Toute ma vie j’ai participé à la collectivité. J’aurais pu prendre un avion à l’époque et aller me foutre dans un paradis fiscal. Je ne l’ai pas fait, par morale ! Maintenant j’en ai marre, j’en ai bavé de toutes sortes pendant dix ans. J’ai 70 ans, je veux qu’on me foute la paix !"

La paix, le calme , Paul-Loup Sulitzer est venu les trouver dans un coin un peu reculé de Bruxelles. "J’aime la nature, je n’ai pas des goûts faramineux. L’île Maurice c’est bien, pour les vacances. C’est bien pour faire des affaires. Mais c’est loin ! J’ai besoin de pouvoir voir des gens que j’aime bien, comme Alain Delon, que je connais depuis mes 16 ans."


Avec Supriya, sa partenaire en affaires qui lui a sauvé la vie, dit-il, il a donc trouvé l’appartement parfait. Il a fallu chercher quand même. Ce n’est pas toujours un atout de s’appeler Paul-Loup Sulitzer. "Certains en ont profité pour gonfler les prix." D’aucuns le penseraient-ils encore milliardaire ? "Ils pensent ce qu’ils veulent ! Mieux vaut faire envie que pitié", sourit l’homme d’affaires. "On a flashé sur ce coin. Il y a de la verdure, on a déjà vu des perruches, des oiseaux, des renards. On a visité bon nombre d’appartements à Bruxelles. Mais certains étaient bruyants, avec des trams qui passaient, même si c’était dans des quartiers sympas. En parlant, avec les gens, on m’a dit: ‘ Pour écrire et être tranquille, où tu vas loin, où tu vas à Uccle. Pas pour l’adresse.’ Les bourgeois, les machins, je m’en fous, je ne les vois même pas ! Mais je veux la sécurité aussi. Je ne veux pas avoir la trouille quand je me retrouve seul dans mon appartement."

Et à quoi passe-t-il ses journées dans ce coin paisible ? À nager, un peu, dans la piscine de la résidence. Et à écrire, beaucoup, à la main, son prochain livre. Il réfléchit aussi à une possible adaptation d’un de ses best-sellers, Le roi vert, par Hollywood (un ami belge est devenu son agent). Paul-Loup Sulitzer a recherché la tranquillité, mais pas pour autant à dormir sur ses lauriers.


Ses amis, ses affaires à Bruxelles

En Belgique, Paul-Loup Sulitzer a forgé de belles amitiés, au fil des années. Parmi ses fidèles, l'artiste Claude Levek qui a déjà réalisé des portraits de l'écrivain. L'un d'entre eux trône ainsi fièrement dans le nouveau salon bruxellois de Sulitzer. C'est d'ailleurs avec son ami artiste - "je le connais depuis longtemps" nous glisse-t-il - que l'infatigable Sulitzer va développer ses affaires, au départ de Bruxelles. Fidèle en amitié, le businessman l'est assurément, tant que les gens restent "sincères" avec lui.

C'est le cas du fils d'une amie de longue date, David Swaelens (voir photo ci-dessous), patron de presse et homme d'affaires belge à qui Paul-Loup Sulitzer accorde aujourd'hui toute sa confiance. C'est lui qui est désormais en charge, notamment, de négocier les droits d'adaptation sur grand écran du "Roi vert" (roman de Sulitzer de 1983) avec la Mecque du 7e Art. Lui a Hollywood et Paul-Loup à Bruxelles, d'où il développe encore et toujours de nouvelles affaires tout en prenant aussi le temps d'écrire.