Divers Malgré son accident qui l’a laissé amputé des quatre membres, Tout est possible pour Philippe Croizon.

"L’humour est une sorte d’antidote, il m’a ramené à la vie, confie celui qui a traversé la Manche et fait le Dakar sans ses bras ni ses jambes et s’est reconverti aujourd’hui en conférencier. Mais c’est surtout moi. Pas pour vendre du bouquin (Philippe Croizon est l’auteur du livre Pas de bras, pas de chocolat, NdlR). Je n’ai pas envie que cela soit mal interprété. 10 000 exemplaires sont partis en une semaine. Ça veut dire que notre société est prête. Le lambda dit oui à la personne handicapée."

Celui qui se met au service des entreprises et médias (chroniqueur santé sur France 5) est en conférence ce soir à Bruxelles et assure que le déclic est venu des Jeux paralympiques de Londres. "Ils ont changé les mentalités. Les médias ont même fait leur mea culpa. Excusez-nous mais on a loupé un truc. C’est un vrai spectacle avec de vrais sportifs. Ce sont d’abord des athlètes et puis des handicapés. Je m’appelle Philippe et puis je suis handicapé. C’est moi, bordel, je n’ai pas changé ! On m’a juste enlevé quatre morceaux (sourire) !"

Et vous êtes l’exemple-même (sans vilain jeu de mots) qu’il ne faut jamais baisser les bras !

"Je ne l’ai pas rêvée mais j’aime ma vie d’aujourd’hui car j’en ai fait quelque chose. J’ai végété pendant 7 ans dans mon canapé car j’avais honte de mon handicap. J’avais peur. Même si mon handicap m’emmerde au quotidien, je ne voudrais pas revenir dans ma vie d’avant. Des fois, je chiale ou je crie mais j’aime ma life , elle est chouette. Qui aurait cru qu’aujourd’hui, des gens feraient un selfie avec un handicapé ? Mon but premier est de faire changer le regard. Traverser la Manche à la nage, je l’ai fait pour moi. La tempête médiatique derrière, je ne l’ai pas du tout contrôlée…"

Le danger n’était-il pas de devenir une bête de foire ?

"Si. Mais, après, c’est à toi de le gérer. Ou de dire : soit je me cache et je suis fini, soit je le prends à bras-le-corps et je vais le faire. J’ai préféré la seconde solution. Mais je suis content d’être resté tel que je suis, cet ancien ouvrier métallo. Je ne me suis jamais pris la tête car ma grand-mère m’a toujours dit : ‘ Souviens-toi d’où tu viens’ . Ce qui permet de garder les pieds sur terre. Coluche disait que la bonne taille, c’est quand les pieds touchent par terre (sourire) !"

Le handicap, en télé, est par contre encore tabou…

"On le censure car on en a encore peur. On est encore dans le traumatisme de la crevette de Patrick Timsit. C’est con mais notre société évolue dans un sens bizarre. On ne peut se moquer que de sa communauté : les handicapés des handicapés, les Noirs des Noirs, etc. Ça recommence un peu mais si on en fait trop, on se fait flinguer. On est loin des Snuls. Le politiquement correct est trop puissant aujourd’hui. Alors qu’avec l’humour, on peut passer des messages extraordinaires, bien plus qu’avec la haine. Moi, le politiquement correct, je l’emmerde. Je dis ce que je pense. J’ai souffert, on ne va donc pas me donner des leçons !"

Tout est possible, la conférence-spectacle de Philippe Croizon, ce soir à 20h30 au Centre culturel d’Uccle.

Infos et réservations : www.ccu.be ou via le 02/374.64.84.


Bientôt le "one man-chot !"

"Dans ma conférence, j’offre ce que j’ai vécu, souligne Philippe Croizon qui en effectue une par jour ("c’est pire qu’une tournée de rock star !"). Des moments durs mais je les ramène à la vie avec l’humour. L’humour permet de respirer, sinon c’est trop dur à vivre."

Du haut de ses 49 balais, son mètre 50 sans prothèses (mais 1m 80 avec), celui qui rêve d’aller dans l’espace et qui va se marier avec sa Suzanna se lance dans le one-man-show. "Ou plutôt le one-man-chot !, sourit celui qui en fera aussi un film. Je suis en écriture avec Jérémy Ferrari. Mais ce sera un vrai one manchot. Tu prends le livre Pas de bras, pas de chocolat et ma conférence, tu mets tout dans le mixeur et tu obtiens mon one-manchot."