Divers Marc Filipson, patron de la librairie Filigranes, raconte la furie des journées où il accueille les stars du web.

" La raison pour laquelle j’organise ces journées est que je suis papa , confie Marc Filipson. Et comme beaucoup de papas qui ont une ado, je voulais faire plaisir à mon ado et à tous les autres. Sinon, ce genre d’auteurs n’est pas vraiment notre tasse de thé."

Le directeur de la librairie bruxelloise Filigranes avoue même souvent ne pas connaître ces nouvelles starlettes. "Ces auteurs, je ne les connais absolument pas dans la réalité. Je suis parfois très surpris et parfois heureux de les rencontrer. Il y a des catastrophes et parfois de belles rencontres. On reçoit un peu plus de 300 auteurs par an et, parfois, on dérape un petit peu en invitant des Youtubeurs et Youtubeuses. J’avais commencé avec Enjoy Phoenix qui avait rassemblé presque un stade : 4.600 mômes faisaient la queue."

La célèbre Youtubeuse mode (vue aussi dans Danse avec les stars) était son plus gros score de foule. Du coup, depuis, de nombreuses mesures sont prises. "Par expérience, et au vu de ce qui s’est passé avec Enjoy Phoenix, dès qu’on reçoit un Youtubeur ou une starlette comme Nabilla, on s’organise toujours de la même façon, commente Marc Filipson. On demande à la police de Bruxelles de pouvoir fermer la rue devant le magasin, on met des barrières Nadar et on organise les choses pour qu’il ne se produise pas d’échauffourée. Si ce n’est qu’avec les derniers événements à la Monnaie, on prend encore plus de précautions. Et il n’est pas vraiment dans nos habitudes de recevoir des auteurs à l’extérieur du magasin. Alors on installe des tonnelles."

Précaution utile car, en cette période déjà hivernale, pas moins de 1.200 demoiselles s’étaient amassées, samedi dernier, pour voir Emma CakeCup, la Youtubeuse cuisine de 21 ans qui possède près d’un million de followers. "On va installer des champignons chauffants et on va mettre un système de chocolats chauds pour Jeremstar samedi", rassure celui qui ne veut pas voir ces ados attendre leur tour dans le froid. "Tout ça, c’est pour amuser. On est à la veille des examens, donc c’est vraiment pour se montrer proche des ados et qu’on ne les oublie pas. Car tout ça coûte une fortune et ne rapporte presque rien vu que l’on vend très peu."

En effet, pour les 4.600 personnes venues pour Enjoy Phoenix, la librairie a à peine vendu une centaine de livres. Et 151 bandes dessinées pour les 1.200 fans d’Emma CakeCup. "Ce qu’on crée aussi avec ce genre d’événements", souligne le directeur qui organise aussi des actions pour les parents à l’intérieur lorsqu’il se passe quelque chose pour leurs enfants à l’extérieur, "c’est que certains de nos habitués font demi-tour. Voyant la rue fermée, les gens pensent que le magasin est fermé."

La librairie de haut standing essuie aussi son lot de critiques lorsqu’elle reçoit une certaine Nabilla, par exemple. "Ce sont juste des réactions de jalousie du public qui juge Filigranes. Du style : Vous recevez des petites m… Comment osez-vous recevoir ce genre d’auteur ? Elle n’en est pas une, c’est une bimbo ! Alors que c’est vraiment une personne charmante qui profite tout simplement de ce qui lui arrive." Avant de nous révéler pourquoi ces stars du Net se lancent dans l’écriture. "C’est une toute nouvelle mode d’à peine trois ans", conclut celui qui se dit ravi de ramener les enfants vers la littérature. "Ce sont surtout les éditeurs, et Hugo en particulier, qui ont flairé les bonnes affaires. Il a très intelligemment relancé la littérature érotique avec pas mal de séries après le succès de 50 nuances de Grey. Et maintenant, ils ont leur Calendar Girl . Tous les mois, un nouveau recueil de ces filles sort et beaucoup d’ados se les arrachent. Ce sont des ventes faciles. Au vu du nombre de followers qu’ont ces Youtubeurs ou Youtubeuses, pourquoi les éditeurs n’en profiteraient pas ? Il est donc assez logique d’avoir flairé le gros coup, de leur faire écrire un bouquin. "

"On s’attend à 3.000 ados pour Jeremstar"

© Reporters / Abaca

"Question rentabilité, je sais qu’on ne gagnera pas d’argent avec Jeremstar, confie Marc Filipson au sujet de la venue du célèbre blogueur français qui a révélé les coulisses de la prostitution dans la téléréalité dans sa biographie officielle. Il fera quatre heures de dédicaces et vu qu’à Liège ils étaient 1.500 fans à l’attendre, on s’attend au double demain."

Amener des auteurs dans une librairie ne coûte rien au libraire (tout est pris en charge par l’éditeur). Sauf dans le cas précis où des dispositifs supplémentaires sont nécessaires. "Ici, ça nous coûte six gardes du corps, la location de barrières Nadar, du parking, la rue qu’on ferme, etc. Un véritable manque à gagner. La foule fait paniquer les gens et du coup, ils ne viennent plus dans notre librairie."

"Ils ont tous des exigences"

Que ce soit pour Jeremstar qui sera en dédicace ce samedi ou Caroline Receveur la semaine prochaine, les starlettes de la Toile ont toutes quelques petits caprices.

"Ils ont tous des exigences, confirme Marc Filipson. Cela va de la sécurité à leur confort. On reçoit toute une liste de marche à suivre et d’obligations." Parmi lesquelles, pour Emma CakeCup venue samedi dernier, une alimentation bien précise lors de ses pauses (banane, poire, pomme et eau plate), des sacs pour récupérer tous les cadeaux des fans ou encore la playlist - dont une musique d’accueil bien spécifique - qu’elle souhaite écouter durant la dédicace de sa bande dessinée (dont chaque fan devait être muni sinon elle ne faisait pas de seflie ni d’autographe). "Ils sont très organisés et savent ce qu’ils font, conclut le patron. Et ils envoient même des liens des séances qui se sont mal passées pour ne plus que cela se reproduise."