Divers Florilège d’anecdotes avec Baudouin Remy et réactions des politiques en guise de cerise sur le gâteau.

"Si vous aimez les politiques, bienvenue en Belgique !", lance d’emblée Baudouin Remy lors de la soirée anniversaire qui s’est déroulée ce mercredi 15 novembre, jour de la fête de la communauté germanophone ("on l’oublie toujours !") et du Roi. "Cette année, ce sera particulièrement leur fête ! Alors qu’au début, il m’arrivait de courir en coulisses pour allumer et éteindre les différentes lumières, aujourd’hui, on a réussi à s’entourer d’une équipe formidable."

En effet, Sois Belge et tais-toi - née d’une boutade en juin 1982 au collège Saint-Pierre à Uccle et abordant alors les thèmes scolaires - est une véritable troupe d’artistes. Laquelle atteindra sa millième représentation cette année avec une moyenne de 50.000 spectateurs par an (en 2010-2011, à la faveur de la crise politique, le spectacle avait fait 60.000 spectateurs et 73 dates, contre 35 en moyenne auparavant). Mieux encore : un fan inconditionnel, Stéphane, a vu 281 fois d’affilée cette revue et a déjà réservé 19 dates cette saison pour atteindre les 300 spectacles.

"Cela fait vingt ans que les politiques viennent nous voir, se voir ou pour être vus", rigole Baudouin Remy, l’auteur - avec son illustre père André (voir ci-dessous) - de cette revue satirique. "Même si Bart de Wever n’est encore jamais venu… Enfin, il viendra sûrement pour la version catalane vu qu’il est pour la scission de Bruxelles-Barcelone-Vilvoorde. Et Jan viendra rassurer tout le monde en disant qu’ils sont des gens bons !"

Entre leur cultissime leçon de néerlandais, leurs 400 chansons parodiées ou encore leurs 35 perruques, les bons mots - des sketches sont parfois réécrits 14 fois !- fusent toujours autant dans Sois Belge et tais-toi ! Et ce n’est pas le grand vingtième qui dérogera à la règle. En 2018, ils chanteront l’arrivée du RER à quatre voix ou encore Les Sardines de Patrick Sébastien rebaptisées en Publifin. "Qu’est ce qu’on est sucré, à fond dans cette boîte ! Oui chez Publifin, oui chez Publifin !" Bref, tout un programme… politique entre "la commission de Pascal qui ne savait pas où Smet" ou une "Laurette qui reste en politique uniquement pour être encore dans le spectacle".

Rendez-vous donc pour "le best de tout ce qu’on sait faire de plus tof", conclut le journaliste ertébéen au sujet de cette année best-of. "Car en vingt ans, on n’a jamais créé de crise politique mais bien que des crises de rires !"

Reynders : "Le pire serait de ne pas être caricaturé"

"Le Je vous avoue est une expression que j’utilise assez régulièrement, donc je trouve cela normal qu’on la reprenne, admet le ministre fédéral des Affaires étrangères et européennes. Mais comme toujours dans une caricature, c’est un peu exagéré. Car, en fait, ça n’a pas beaucoup de sens vu qu’on n’avoue pas grand-chose mais cela signifie juste qu’on va dire quelque chose. Mais je vous avoue (sic !) que c’est une tournure de style que j’utilise souvent."

Avant d’ajouter que "mon physique est assez bien rendu ici mais, par contre, ma voix n’est pas très imitable. Je le remarque en radio aussi. André Lamy dans Votez pour moi a, par exemple, choisi d’imiter Alain Delon quand il me met en scène plutôt que de m’imiter moi (sourire) !"

Séduit par sa caricature réalisée par le comédien et bourgmestre de Berchem-Saint-Agathe Joël Riguelle, Didier Reynders estime même qu’au travers de la caricature, "des gens qui n’ont pas une présence politique très forte progressent finalement fortement grâce à leur satire à laquelle le public réagit bien. On peut toujours se plaindre de ce qui est dit ou non mais le pire, ce serait de ne pas en être. Cela voudrait dire qu’on n’apparaît pas du tout dans le paysage politique. Le tout, c’est donc d’y apparaître. Tous les personnages y passent et montrent qu’on peut vraiment se moquer d’à peu près tout. Ces 20 ans, ce sont donc aussi une bonne occasion de dire que Sois belge et tais-toi ! montre l’esprit bon enfant de la Belgique."

Flahaut : "Une façon de rire de soi"

"C’est chaque année un moment de fraîcheur dans la vie politique belge", analyse André Flahaut, le ministre du Budget en Fédération Wallonie-Bruxelles qui avait, une année, envoyé par colis de l’armée sa propre cravate rouge à la troupe. "C’est une façon de rire de soi et c’est important dans une démocratie. Leur humour n’est pas blessant et reste respectueux des personnes."

Milquet : "Ma caricature utilise mes propres vêtements !"

"J’ai beaucoup d’affection pour la jeune artiste qui me parodie, car elle le fait très bien, raconte la députée bruxelloise. Stéphanie Coerten a observé un peu ma gestuelle qui est assez observable. Dès qu’elle rentre sur scène, tout le monde rigole déjà, je dois être assez facilement caricaturable à mon avis (rire) !"

Et Joëlle Milquet de nous révéler un petit secret de fabrication. "Pendant plusieurs années, elle a même fait mon personnage avec mes propres vêtements ! Je lui en avais prêté, comme ma veste et mes bottes noires et, d’ailleurs, je ne les ai jamais retrouvés entre-temps, je vais lui dire(sourire) !" Grande fan de Baudouin Remy en Elio Di Rupo, l’ex-présidente du CDH a connu les touts débuts de la troupe avant même d’entrer en politique. "Pour moi, Sois belge et tais-toi est au-dessus de la mêlée dans la caricature politique. Ce que Baudouin fait avec Elio, aucun humoriste caricaturiste n’est capable de faire ça. Moi-même, quand il parle, je suis pliée en quatre tellement ses expressions - même celles qu’il ne dit que dans un cercle fermé - sont identiques. Je lui avais même dit : Viens voir le spectacle, tu y es extraordinaire (rire) !"

André Remy : "La scène est mon médicament"

Alors qu’on pensait que l’auteur de la revue satirique allait prendre sa retraite, le grand journaliste sportif n’en a cure. "Je ne sais pas d’où c’est venu mais non, il n’en est pas question. Il y a peut-être eu maldonne comme j’ai été opéré il y a trois mois. Et que j’avais émis des réserves, ne sachant pas comment cela allait aller. Je n’ai jamais décidé d’abandonner mais bien de tout faire pour faire la 20e !"

Voilà qui est chose faite. "La scène est mon médicament. Elle te permet de rester en contact avec les gens. Comme lorsque je vais à Louvain-la-Neuve avec ma calotte de l’université sur la tête et que des jeunes de 20 ans me disent qu’ils m’ont vu en spectacle. C’est fou !" Celui qui imite Albert II regrette toutefois de ne jamais l’avoir vu. "Mais si je le vois, il va croire que je suis son frère !", plaisante-t-il avec sa voix chevrotante et dans son costume royal. "Car je parle comme lui, comme Roger Vanden Stock ou le vicomte d’Avignon. On est tous les trois sortis de la même école ! Avec sa petite voix, il a l’air gentil mais méfiez-vous, c’est une vachette (sourire) !"

Une revue qui a renforcé ses liens avec son fils Baudouin (un nom prédestiné pour le fils de l’imitateur du souverain). "Ou ça les distend", conclut l’homme de 81 ans. "Car dans la vie d’un père et d’un fils, il y a des moments pas toujours évidents. Mais quel bonheur d’être avec son fils sur scène et d’avoir fait quelque chose ensemble. On a au moins fait ça, aller faire les andouilles (rire) !"

Sois Belge et tais-toi, le grand vingtième !, à partir du 8 décembre. Infos et réserv. : www.soisbelge.be