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Le méchant petit ourson évoque ses trips et sa poésie violente

BRUXELLES Booba a le physique de l'emploi. Torse gonflé, tatouages, chaînes argentées et regard acéré, le rappeur se fond avec aisance dans le moule gangsta. Un concept vendeur qui a fait de ses deux derniers albums, Panthéon et le tout récent Ouest Side - en hommage à ses origines, l'Afrique de l'Ouest et l'Ouest parisien -, deux numéros 1 au top album français.

Mais ce qui fascine les observateurs, c'est la poésie qui se dégage des paroles du lyricist sur un fond musical mélodieux. Derrière chaque phrase violente se cache un message profond, moralisateur ou dénonciateur, fruit d'un long travail. "Je me prends la tête je vais pas mentir, nous raconte Booba. Les paroles, elles viennent pas toutes seules. Je peux passer deux jours sur deux phrases."

La patience rappelle celle de Malcolm X dont les clichés les plus célèbres sont reproduits dans la pochette de Ouest Side avec Booba pour principal acteur. "Cette imagerie rappelle l'ambiance qui règne dans le hip-hop en banlieue, raconte le rappeur. Malcolm X a été assassiné par ses confrères. En banlieue, c'est pareil, quand t'as une belle voiture, au lieu de te féliciter, on va te la rayer. Quand tu montes, on veut ta perte."

Sur la fin de sa vie, Malcolm prônait la lutte non-violente. Booba nage entre deux eaux. Dans ses égo-trips, il n'hésite pas à faire mal physiquement à ses adversaires. "Je suis violent, j'assume. Mais je ne suis pas responsable de la crise des banlieues, indique le très écouté Booba. Ceux qui le pensent voudraient dire en fait que sans rap, il n'y aurait plus de violence dans les cités ? C'est ridicule ! "

Reste que le concept a connu son paroxysme dans la vraie vie lorsque la mère et le frère de Booba ont été pris en otage. Une rançon a été réclamée mais la police est parvenue à arrêter les commanditaires. "Il n'y a aucun lien entre mon rap et cet événement, balaie l'ourson. La preuve, c'est arrivé à des PDG, des footballeurs... Le lien, c'est l'argent." Sur son influence : "Il n'y a pas que les jeunes qui m'écoutent. Si je pouvais interdire mon album aux moins de 18 ans, je le ferais."

Ambiguïté toujours lorsqu'il joue avec une judéité insaisissable. "Comment leur faire confiance, ils ont tué le Christ", lâche-t-il sur Boulbi . "Paraît que j'suis juif" sur Gun in my hand. Une appartenance invisible qui hérisse les poils des antisémites de banlieue. "C'est une rumeur qui court. Il y a beaucoup de racisme entre les Arabes, les juifs, les Noirs. Le fait de dire que je suis juif, c'est une façon de me dénigrer. Maintenant, c'est clair, je m'appelle Elie. Elie est un prophète et un prénom très répandu chez les juifs que ma mère, athée, aimait bien. Ma mère est française, mon père est sénégalais. Si j'étais juif, je le dirais. Aucune honte. Et quand je dis Ils ont tué le Christ, je parle des êtres humains. S'ils ont été capables de tuer le fils de Dieu, que nous réservent-ils à nous ?"

Par bribes, Sarkozy se fait allumer. "Ce mec est complexé. Il kiffe le pouvoir. On dirait qu'il invente des lois pour les faire respecter. Dans mon album, je l'attaque sans le nommer parce que faire tout un morceau sur Sarkozy, ce serait ennuyeux."

Sur ses messages cachés, Booba délivre son secret. "Il n'y a que les personnes qui ont vécu des discriminations qui peuvent comprendre."

Booba, Ouest Side (Universal). A Dour,ce dimanche, à 23 h, scène Dance Hall.



© La Dernière Heure 2006