Divers Après L’être ou ne pas l’être adapté de Shakespeare, la troupe des Voyageurs Sans Bagage se lance dans un pari fou.

"On est très intéressé par des produits qui vont faire en sorte que les jeunes accrochent, explique Mohamed Allouchi, metteur en scène de L’être ou ne pas l’être , la toute nouvelle création des Voyageurs Sans Bagage ( Showmeur Island, La vie c’est comme un arbre ) qui revisite les textes shakespeariens en les faisant côtoyer avec des éléments de la pop culture. Quand j’ai commencé avec la troupe, on était très militant, à soulever des injustices comme la thématique de l’immigration de travail pour remettre en question notre vivre ensemble d’aujourd’hui. Mais derrière L’être ou ne pas l’être, il n’y a pas vraiment une cause, ni de combat. Puis je me rends compte que, finalement, il est encore plus militant que les autres spectacles. Le fait de ne pas avoir traité de sujets d’injustice, d’avoir juste fait du théâtre, ça pose question. Quand on va vers des pouvoirs subsidiant ou vers des centres culturels, on se retrouve toujours face à des remarques du style : ‘Mais pourquoi vous faites du Shakespeare ?’ On sent que ce n’est pas fait pour nous. Mais nous, le fait de le faire, c’est une révolte en soi."

"On compare notre spectacle à Djihad"

Les clichés ont malheureusement encore la vie dure. "Sur Bel RTL, on a comparé notre spectacle à la pièce Djihad, déplore Mohamed Allouchi. On a été assimilé à Djihad pour conscientiser les jeunes. Moi, je me suis demandé si ce n’était pas plutôt pour mon origine, même si ce n’était pas dit comme cela. Mais ça fait plaisir de voir un Rachid jouer un Richard. La pièce aurait pu s’appeler Rachid III puisque c’est le comédien Rachid Hirchi qui interprète le roi Richard III (sourire). Et il fait ça bien, sans accent. Mais on a des critiques qui disent qu’il est rare de voir un personnage so British interprété par un Méditerranéen. On ne sait pas se détacher de cette image du marocain mais c’est chouette car c’est rafraîchissant et surtout, ça pose question."

Dénoncer avec le rire, tel est le credo de la troupe des Voyageurs Sans Bagage qui se sont exportés un peu partout avec leur succès de La vie c’est comme un arbre. De Bruxelles au Maroc (avec captation pour la RTBF), en passant par Paris, la Hongrie et l’Italie. "On se lance sur une adaptation cinématographique, qui dépasse l’hommage aux Marocains, confesse le metteur en scène. On va mettre aussi les Italiens, le bois du Cazier, etc. avec cette thématique de quitter son pays pour travailler dans un autre mais de manière humoristique." Après avoir signé avec la société de production Stenola (auteur du long-métrage Tokyo Anyway), la troupe va plancher durant un an sur le scénario en espérant tourner les premières scènes dans 2 ans. "Sous les conseils de Nabil Ben Yadir (Les Barons, NdlR), on ne va pas essayer de faire un succès international mais bien belge. On espère que les 30.000 personnes qui sont venues voir le show vont venir voir le film. Si on fait 20.000 entrées, on aura un bon film. Entre petits, on va donc essayer de faire quelque chose de grand ! C’est mon rêve car les pièces, on les joue devant les gens, puis ça meurt. Un film, ça reste."

"On est déconsidéré"

Comment se fait-il qu’après une pièce qui a été tant appréciée, sold out pendant 4 ans et qui rapporte de l’argent, qu’on n’ait jamais été programmé ailleurs qu’au TTO ou à la Maison des Cultures de Molenbeek ?, déplore Mohamed Allouchi au sujet du succès de La vie c’est comme un arbre. Par contre, au moment des 50 ans de l’immigration marocaine, tout le monde en voulait. On est déconsidéré. La seule fois qu’on est considéré dans le domaine de la culture, c’est quand on va polémiquer sur la communauté musulmane disparate ou remettre en question le djihad et la radicalisation. Là, on est très intéressant !"

Le metteur en scène de L’être ou ne pas l’être, qui est aussi éducateur de rue, pousse un petit coup de gueule sur ces nombreuses salles belges ("On ne remet pas en cause la qualité de votre spectacle mais nous n’allons pas vous programmer") qui lui refuse l’accès à son métier. "Si on ne joue qu’à Molenbeek et à l’Espace Magh, c’est parce que ce sont les seuls endroits qui nous ouvrent la porte facilement. C’est la réalité bruxelloise. Au plus j’ai évolué dans la culture, au plus j’ai compris que j’étais une autre catégorie de la société. Mais depuis mes 23 ans, j’en ai fait une arme. Car même si on doit passer par le festival couscous merguez, on a su développer nos projets et se faire connaître. C’est déjà une belle victoire!"


>>> L’être ou ne pas l’être, les 10, 11 et 12 novembre à la Maison des Cultures de Molenbeek. Infos et réserv. : 02/415.86.03 ou via le site : www.lamaison1080hethuis.be.