Divers Distribution franco-belge homogène dans Les uns chez les autres, pièce créée à Paris avant Bruxelles

PARIS Les adeptes de jonglerie scénique vont être comblés. Dans Les uns chez les autres, comédie acide d'Alan Ayckbourn, trois couples se croisent sur les planches mais souvent ils ne se voient pas... Car deux décors s'enchevêtrent sur le plateau, un intérieur bourgeois/ étriqué et un appartement hippie/ capharnaüm. Et deux actions (d'ailleurs pas nécessairement simultanées dans l'histoire) s'y déroulent en même temps. De quoi faire s'entrechoquer les mensonges... des uns et des autres.

Une affaire d'adultère relie ces trois paires (stéréo)typées de la classe moyenne dans le Londres des années baba. Au lendemain du crime conjugal, les versions des faits s'improvisent pour éviter la guerre des ménages... Frank Foster (Philippe Résimont), lui, est plutôt du genre à porter des oeillères, ce qui facilite la vie de sa femme volage, Fiona (Isabelle Paternotte). Carol Philips (Nathalie Blanc), trompée par le père de son bébé, Bob (Laurent Lafitte), marche sur le fil du rasoir, entre dépression et crise de nerfs. Tandis que deux coincés de service, William (Jean-Yves Roan) et Mary Chestnutt (Marie-Paule Kumps, dont les mines effarouchées hilarantes étaient très attendues par le public parisien), sont censés fournir des alibis en béton...

«On a posé notre attention sur les enchaînements », explique sans surprise Gildas Bourdet, metteur en scène français de ce vaudeville survolté, agréable divertissement original dans sa forme. «Les acteurs ont dû apprendre le texte des autres pour saisir le moment auquel ils doivent jouer, puis ils s'arrêtent sans vraiment le faire quand ce n'est plus à eux. Une alchimie délicate, au quart de seconde. Mais avant de travailler sur la mécanique, on a cherché une profondeur dans chaque personnage, tous assez névrosés, en souffrance. Cela ne nous a pas fait rire! C'est la construction qui fait qu'on peut rigoler. »

Sur cette très inhabituelle mais fructueuse collaboration transfrontalière (deux mois à Paris avant les dates belges: voir plus bas), Marie-Paule Kumps relate: «Cette pièce a déjà été montée en Belgique, au Théâtre des Galeries. On avait des réticences par rapport à l'adaptation de Francis Veber. Alain Leempoel (alors encore directeur de l'Adac, Association des arts et de la culture, NdlR) était emballé par le projet, il a trouvé le bon metteur en scène et a mis sur pied cette coproduction franco- belge.» Six comédiens habitués de nos planches ont été auditionnés par le maître d'oeuvre, qui en a donc retenu trois (Marie-Paule Kumps, Philippe Résimont et Isabelle Paternotte).

Puis, Gildas Bourdet a revu l'adaptation. «Je me suis dit que la substance devait se cacher quelque part. Cela supposait d'être plus près du texte anglais. Chez Veber, les différences sociales étaient gommées, les problèmes de rapport de couples, les névroses... J'avais envie d'une comédie borderline. » Mission accomplie.

A l'Auditorium du Passage 44 jusqu'au 5 mars. Rés.: 02/218.27.35 ou 02/507.82.22 ou www.adac.be. Au Théâtre de Namur du 8 au 12 mars.

© La Dernière Heure 2005