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11-11: Memories Retold est une peinture vivante dépeignant la guerre 14-18.

Jeux de guerre ne riment pas fatalement avec gerbes de sang et cruauté viscérale. Traiter de la Grande Guerre sous un angle intimiste tout en adoptant une aura visuelle digne des plus grands impressionnistes, c’est le pari que s’est donné Digixart en collaboration avec le studio Aardman (Wallace et Gromit). Inutile de s’attarder sur la jouabilité du titre puisque celle-ci se résume à prendre la forme d’un simulateur de marche. Le scénario et le cachet artistique se trouvent être le point d’orgue de cette aventure.

Jamais un jeu n’aura tenté de retranscrire si dignement ces terribles années de notre patrimoine. Les protagonistes ont des motivations distinctes; d’un côté un ingénieur allemand à la recherche de son fils, de l’autre un photographe canadien qui voit en l’uniforme une tentative de drague. À travers le destin de ces deux personnages, le manichéisme s’estompe pour laisser place à des récits de vie parfois douteux, mais toujours plaisants à suivre.

Memories Retold s’apparente à une descente aux enfers saupoudrée d’une grâce aperçue au détour d’une peinture dégoulinante de bons sentiments. Parfois au sommet de ses intentions, le jeu s’engouffre néanmoins à diverses occasions dans une vision optimiste qui surplombe le pessimisme inhérent à la conception qu’une personne peut imaginer de la guerre.Les différents choix minimes à opérer au fil de l’aventure accentuent cet aspect positiviste même dans les moments supposés les plus durs.

Entre niaiserie assumée et violence psychologique, 11-11 emmène le joueur sur un chemin proche de la perdition. Ces approches partant d’un postulat contraire ne sont pourtant que l’ombre d’un même tableau. Car entre 1001 raisons, si la guerre ne peut se résumer à l’amoncellement d’un tas de cadavres, c’est aussi parce que la naïveté perdue des soldats est ravivée à de trop rares moments, comme à l’occasion d’une partie de cartes ou de cabrioles d’un pigeon voltigeur amusant la galerie.

Musicalement, les envolées orchestrales accompagnent magistralement les moments de peine, de désarroi et de joie affichés à l’écran. À l’image des deux protagonistes, le joueur se retrouve souvent désarmé face au travail de l’orchestre.

Artistiquement enivrant, ce morceau d’art s’inspire autant de Van Gogh que de Monet. D’un bout à l’autre, la contemplation est constante. 11-11: Memories Retold est une œuvre s’intégrant parfaitement dans le devoir de mémoire. Éducatif sous certains aspects tout en étant divertissant, ce tableau vivant mérite une attention particulière afin de se remémorer intelligemment les heures sombres de l’humanité.