Jeux vidéo

Après Unravel et A Way Out, EA Originals s’associe au studio indépendant suédois Zoink pour Fe, son dernier bijou de créativité. Incarnez une étrange créature chantante dans une forêt nordique luminescente et déjouez les plans des inquiétants « Silencieux » pour sauver vos amis. Ambiance onirique garantie dans ce jeu de plateforme un poil contemplatif.

Avec Fe, le label EA Originals confirme son intérêt pour les « feel good games », ces jeux vidéo qui vous veulent du bien. Fe vous immerge au cœur d’une forêt d’ombre et de lumière, peuplée de plantes aux mystérieux pouvoirs et de créatures excessivement mignonnes. Vous incarnez d’ailleurs l’une d’entre elles, savant mélange entre un renard, un écureuil et un oiseau. L’intrigue reste rudimentaire : le fragile équilibre de la forêt est troublé par l’arrivée des Silencieux – « The Silent Ones » en VO – golems en pierre dont le dessein malfaisant consiste à capturer les animaux.

Votre but est donc tout tracé : évoluez à travers les obstacles de la forêt pour secourir vos amis. Sur le chemin, vous rencontrerez des créatures dont vous devrez apprendre le langage grâce au chant. Cela vous permettra d’interagir avec l’environnement ou d’acquérir des pouvoirs, comme grimper aux arbres ou planer dans les airs, afin de poursuivre votre progression. Le gameplay simplissime – vos actions se limitent aux déplacements, au saut, au chant et au lancer de projectiles – permet une immersion totale dans l’univers de Fe.

Et cet univers vaut le détour : on est à mi-chemin entre l’onirisme de Journey et la mignonnerie eco friendly d’Ori and the Blind Forest. Les décors légèrement géométriques sont somptueux. Les couleurs saturées à la No Man’s Sky et le travail contrasté de la lumière, tout en ombre et scintillement, accentuent franchement les reliefs. Le traitement sonore est une perle qui rappelle Unravel : les bruitages sont immersifs et l’intensité de la musique, rare, mais bien exploitée, évolue en fonction de la progression de votre créature.

Fe est violemment relaxant pour les yeux comme pour les oreilles. La direction artistique est réussie, avec une gestion générale de l’ambiance qui frôle la perfection. Mention spéciale aux moments où les ennemis apparaissent à l’écran : la tension est palpable !

Là où Fe peut décevoir, c’est dans son incapacité à développer son concept de gameplay original, qui se targue pourtant d’être l’élément central du jeu. Les séquences de chant avec d’autres animaux s’avèrent rapidement redondantes et anecdotiques dans le déroulement global de l’action. Il est d’ailleurs possible de terminer le jeu sans posséder tous les pouvoirs de notre héros. La raison incombe à un système basé sur un monde ouvert et des cristaux disséminés un peu partout, qu’il faudra donc tout retrouver pour faire évoluer notre créature jusqu’au bout.

Il en va de même pour les fresques scénaristiques dissimulées dans l’environnement, qui mettent un peu de lumière sur la menace autrement très vague des Silencieux. Les quelques ennemis rencontrés peinent à apporter un réel challenge pour un joueur aguerri. De bout en bout, le scénario de Fe reste un prétexte pour l’exploration d’un univers graphiquement très réussi. On regrettera néanmoins quelques bugs et une progression parfois ardue, à cause d’un level design mal orienté ou d’un manque de précision dans les actions effectuées par notre héros de la forêt.

En conclusion, malgré quelques faiblesses techniques et un gameplay épuré qui n’apporte pas de nouveauté, Fe reste une magnifique ballade dans un univers beau et riche. Adeptes d’action et de rebondissements, passez votre chemin. Fe est une ode poétique qui invite les joueurs à la relaxation.