La Terre du Milieu : L'Ombre de la Guerre planne encore

Antoine Petit Publié le - Mis à jour le

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Il y a trois ans, Shadow of Mordor nous avait plu, ce qui était une bonne surprise puisque le titre ressemblait un peu trop sur le papier à un ersatz d’Assassin’s Creed en Terre-du Milieu. Manette en main, il s’est prouvé en fait très beau à regarder et très agréable à jouer malgré un scénario et un contexte prenant trop de libertés avec l’univers plutôt strict de Tolkien. Fidèle à cette formule, sa suite, Shadow of War, continue sur cette lancée tout en améliorant les mécaniques qui avaient fait l’intérêt du premier opus.

Dans Middle-Earth Shadow of War, vous incarnez Talion, ancien Ranger du Gondor ayant perdu la vie lors de la prise du mur qui protégeait le royaume des hommes des orcs du Mordor. Banni du monde des morts par un des agents de Sauron et condamné à errer sans fin dans le Mordor, Talion est également habité par l’esprit de Celebrimbor, qui était un elfe, mais pas n’importe lequel puisqu’il fût successivement best friend forever de Sauron, créateur de l’Anneau Unique puis finalement ennemi juré de Sauron.

Après les événements de Shadow of Mordor, le duo dévastateur (et immortel) décide de forger un nouvel anneau de pouvoir, totalement vierge de l’influence de Sauron. Malheureusement, Talion trébuche et fait tomber l’anneau dans une bouche d’égout.

Non, ce n’est pas vraiment comme cela que ça se passe, mais vous vous doutez bien que forger un Anneau ne va pas sans complication.

Afin d’obtenir leur vengeance sur Sauron, la stratégie de Talion et de Celebrimbor est maintenant de conquérir le Mordor et, pour ce faire, il leur faut une armée. C’est autour de ce plan que s’articule Shadow of War et son gameplay. Vos objectifs et votre schéma de progression sont assez simples : dans chaque région, il vous faudra conquérir le fort local en tuant son seigneur local. Le problème, c’est que ces forts seront imprenables si vous n’éliminez pas d’abord les chefs de guerre qui l’habitent. Et chaque chef de guerre sera très compliqué à tuer si vous n’éliminez pas d’abord leurs gardes du corps, eux-mêmes protégés par des hordes d’orcs dans lesquelles il faudra joyeusement trancher.

Si tout ce processus semble à première vue redondant, c’est qu’il l’est. Heureusement, il est aussi incroyablement fun et punitif.

Capable de grimper et de parcourir des grandes distances avec vitesse et agilité, Talion est également le genre de Ranger qui peut massacrer un régiment d’orcs en une bonne demi-douzaine de minutes et avec une brutalité inouïe. Constamment encerclé, il vous faudra esquiver, parer, contrer et taillader pour vous frayer un chemin jusqu’à la victoire. Si une dizaine d’orcs ne posera aucun problème, il vous faudra rester très concentré pour venir à bout de certaines rencontres qui pourront vous placer face à plusieurs capitaines orcs et une cinquantaine de leurs soldats.

Vous ne serez pas totalement seul en Mordor, puisque la conquête passe aussi par la domination. Pour mettre la main sur le fort d’une région, il vous faudra exercer le pouvoir de l’anneau sur un maximum de capitaines orcs. Ceux-ci rejoindront alors vos rangs et combattront avec vous contre les forces de Sauron.

Conclusion inévitable de certains combats, la mort de Talion n’est jamais un Game Over et constitue un des aspects charnières de Shadow Of War. À chaque fois qu’un orc parviendra à vous tuer, celui-ci gagnera en puissance et cela mettra fin à un « tour » de jeu, ce qui permettra aux capitaines et chefs de guerre de la région de poursuivre leurs luttes intestines. Ces êtres vicieux et fourbes ont en effet un bon nombre d’activités lorsqu’ils ne tentent pas de vous tuer : ils s’assassinent entre eux, attaquent les camps de leurs rivaux ou pillent leurs richesses. Le tout sera évidemment d’utiliser ces actes à votre avantage.

Plus développé que dans Shadow of Mordor, le système de personnalité des orcs permet de créer des situations intéressantes et des retournements de situation souvent inattendus. Dans notre session, il est par exemple arrivé ceci : alors que nous tentions de profiter d’un duel entre deux capitaines orcs pour les dominer tous les deux, nous nous sommes retrouvés en pleine embuscade, tendue par un capitaine que nous pensions avoir réussi à tuer. Ayant perdu le bras, mais pas la tête, la créature nommée Grisha le Maraudeur était bien décidée à se venger. Seul contre trois capitaines orcs, Talion a fini par succomber, permettant à Grisha de devenir un des chefs de guerre les plus puissants de la région (et notre ennemi juré). Dans sa narration, Shadow of War n’atteint pas de sommet. Aucun personnage secondaire n’est exploité suffisamment longtemps pour devenir attachant ou même engageant. Ceux-ci servent majoritairement de prétexte à lancer des quêtes dont l’intérêt varie grandement, mais qui parviennent à ce que le joueur ne se sente pas totalement perdu. Talion et Celebrimbor eux même manquent de substance et aucun n’arrive à se hisser au niveau des héros du Seigneur des Anneaux.

Paradoxalement, l’univers de jeu est aussi riche que l’histoire qui y prend place est pauvre. Ouvrez la carte de n’importe quelle région du Mordor et vous ne saurez rapidement plus par quelles mission principale, quête secondaire, chasse à l’artefact ou quête annexe commencer. En ayant voulu faire bien plus que son prédécesseur, Shadow of War en fait parfois un peu trop et l’on se cantonne plutôt à ce que le jeu a de plus fun : la conquête des forts et les interactions avec les orcs. Étonnement, ceux-ci sont les personnages les plus drôles et engageants du jeu. Si bien qu’on se sent mal de devoir les découper en morceaux.

Visuellement irréprochable et artistiquement intéressant à certains moments clés, Shadow Of War semble souffrir de sa propre ambition : le défaut principal du jeu est son trop-plein d’informations, d’armes et de personnages différents. C’est dommage, puisqu’à son cœur, le jeu est une expérience riche et incroyablement fun. À la limite de la redondance parfois, la conquête des forts reste excitante de par ses aspects épiques et stratégiques. De plus, chaque combat est d’une brutalité jubilatoire qui est parfaite quand on veut se défouler. Les quelques libertés prises par le scénario sur l’univers étendu de Tolkien pourront en agacer certains, mais l’exploration du Mordor est plus intéressante et rafraîchissante qu’il n’y paraît pour les fans désireux d’en savoir un peu plus sur cette période de temps entre Bilbon le Hobbit et La Communauté de l’Anneau.

Antoine Petit