Livres/BD Astérix et Obélix rétablissent la vérité sur La guerre des Gaules.

Aux oubliettes le latin et autres cours de désinformation antique. Pour leur deuxième album d’Astérix, Le papyrus de César (en librairie dès aujourd’hui), Ferri et Conrad balancent un scoop destiné à rétablir la vérité historique : Jules César raconte des salades dans La guerre des Gaules . Sous la pression de son éditeur, Bonus Promoplus, il a volontairement supprimé le chapitre sur sa conquête manquée d’un petit village d’irréductibles en Armorique. Et oublié d’agrémenter ses écrits d’un erratum dicté par Abraracourcix.

Manque de chance pour ce vieux Jules, grâce à la fuite d’un Numide ("Il ne faut jamais parler sèchement à un Numide", avait déjà prévenu Goscinny en son temps), le Colporteur Sans Frontières Doublepolémix a mis la main sur le dernier rouleau non expurgé des scribes de César. Et même si les Gaulois s’y intéressent moins qu’à leur horoscope, cette nouvelle pourrait faire du bruit dans l’Empire. Qui va contre-attaquer, cela va de soi.

Pour sa 36e aventure, Astérix se transforme donc en pourfendeur de la censure et en défenseur de la liberté d’information. Cela sert d’ailleurs de premier running gag à l’album (Pneumatix livre l’Écho de Condate à Zerowifix, Doublepolemix préfigure Julian Assange, l’information est piratée en haute mer et le légionnaire Antivirus protège les nouvelles technologies, à savoir le pigeonnier qui accélère l’échange de renseignements).

L’horoscope gaulois et ses conséquences morales désastreuses (une référence à la guerre psychologique menée à coups de gourdin par Savancosinus dans La Zizanie) tiennent lieu de second fil rouge. Et font de cet opus un mélange étonnant de modernité (et pas seulement grâce à une montre solaire dernier cri), de références classiques et de jeux de mots à la Goscinny ("C’est connu : pas de roseau, pas d’appel" ou "Toujours en pointe, hein, Aspargus").

Un tourbillon de gags incontournables (les baffes, les pirates, le poisson pas frais), de trouvailles (un trio de Romains fuit la forêt à la manière des oiseaux du Domaine des dieux), de clins d’œil cinématographiques ("C’est du brutal", lance le druide Tonton flingueur Panoramix après une rasade de potion magique très ancienne), de caricatures (les deux meilleures : Franck Ribéry en centurion Ultrarépandus ou Alfred Hitchcock en fauconnier) et de surprises puisque l’aventure ne se termine pas, une fois n’est pas coutume, par un banquet.

Et alors, c’est bien ? Voilà la question que tout le monde se pose. La réponse est oui. Mais avec quelques nuances. Astérix et Obélix occupent des places un peu plus secondaires que d’habitude, le retour final tient du raccourci facile et l’intervention des animaux n’est pas heureuse. L’esprit galopin du duo Uderzo-Goscinny se retrouve aussi parfois enseveli par la volonté trop évidente de multiplier les hommages.

Ces quelques points négatifs n’empêchent cependant pas de rire de bon cœur des états d’âme d’Obélix, d’apprécier la beauté graphique, de déguster les gags cachés en arrière-plan, de savourer les situations cocasses et de saluer l’inventivité des références.

À l’instar d’Astérix chez les Pictes, cette Guerre des Gaules revisitée devrait donc globalement séduire les inconditionnels de la première heure et ravir sans réserve ceux de la dernière…