Livres/BD Dans L’ennemi, les sacrifices rituels aussi sauvages que mystérieux se ramassent à la pelle

BRUXELLES Dans sa collection Ligne rouge Casterman livre généralement des albums riches en découverte. Les Mouches, le premier tome de la nouvelle série baptisée L’ennemi, ne fait pas exception à la règle. Des découvertes mais aussi une confirmation. Thierry Robberecht est un scénariste très inventif de grand talent.
Son occupation principale est consacrée depuis longtemps à l’écriture de livres pour la jeunesse, des tous petits aux ados. Mais quand il n’écrit pas des paroles de chansons pour la radio, heureusement il scénarise aussi des bandes dessinées. Son nom se retrouve ainsi derrière des séries telles que Beluga (l’Arsène Lupin en blouson de cuir), Deep Maurice et Gologan ou encore La Smala.

Autant dire qu’en signant L’ennemi, Robberecht plonge dans un genre tout à fait différent. Certes il s’agit d’une enquête policière pour le moins classique mais l’objet de cette enquête est pour le moins spécial. L’ennemi, c’est le nom que l’on donnait à Satan au Moyen-âge. Et le personnage principal de cette série, c’est bien lui. Ou à tout le moins ses suppôts qui commettent des crimes en son nom.

Des crimes sauvages, sanglants, extrêmement violents. Des crimes qui ressemblent à de véritables sacrifices rituels au cours desquels les victimes subissent les pires outrages. Outre la barbarie de ces rituels, une autre constante de ces crimes est la présence d’une quantité phénoménale de mouches sur la scène du crime comme dans le corps des malheureuses victimes.
L’horreur totale. Une horreur à laquelle la caricature de flic new-yorkais qui est chargé de mener l’enquête semble roder mais pourtant totalement désarmer. Et ce ne sont pas les trois petits universitaires qui lui ont été imposés qui vont en tout cas changer quoi que ce soit. Pourtant ce sont eux qui vont faire progresser l’enquête eux qui comptent dans leurs rangs Yasmine Giggs, la criminologue à travers les yeux de laquelle l’histoire est vécue et dont le père énigmatique joue un rôle non négligeable.
Car le nœud de l’intrigue est là. Yasmine, mignonne à croquer, est au centre d’un vaste complot lié à ses origines et ses liens profonds - qu’elle ignore encore - avec L’ennemi.

Une histoire terriblement simple et pourtant diablement efficace dans laquelle il est difficile de ne pas plonger à corps perdu. D’autant que la mise en image de ce scénario inquiétant est faite avec brio. Elle a été confiée à deux Italiens dont l’illustration contemporaine fait merveille.
Alberto Pagliaro, Florentin de 30 ans, a une formation d’illustrateur et de styliste. Bien qu’actif en BD depuis environ dix ans, il travaille aussi comme illustrateur pour des sites Internet et dans la publicité. Des expériences qui ont indubitablement une influence sur son travail dans L’ennemi. Un dessin très épuré, très clair, qui va à l’essentiel mais qui reste beau tout en étant très cru et très réaliste. Cela est aussi dû à son complice Pancini qui a, dans une palette de couleurs assez réduite mais toujours juste, réussi à rendre les ambiances glauques et oppressantes voulues par le scénario.

L’ennemi est somme toute une collaboration plus que réussie qui débouche sur une série dont tous les éléments de sa réalisation font que l’on brûle d’une avide impatience d’en lire la suite.